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Auteur : Guillaume Guéraud
Date de saisie : 08/02/2012
Genre : Jeunesse à partir de 13 ans
Editeur : Rouergue, Arles, France
Collection : DoAdo. Noir
Prix : 9.50 € / 62.32 F
ISBN : 9782812603020
GENCOD : 9782812603020
Sorti le : 11/01/2012
Marco est seul chez lui en train d'essayer de faire ses devoirs quand deux policiers frappent à sa porte pour lui annoncer que sa mère est morte. Ils ne sont pas plus tôt partis que la porte s'ouvre à nouveau... sur sa mère vivante. En vérité, ce n'est pas sa mère qui est morte, mais la femme officielle de son père, avec qui ce dernier a contracté un mariage blanc il y a dix ans. Mariage resté secret : son père avait alors besoin d'argent et a été mis en contact avec une jeune roumaine, à la recherche de papiers. Contre 1500 euros.
Marco est un ado en révolte, un de ceux qui ont envie de faire tout sauter. Le dernier conseil de classe de 3e s'approche et on doit décider de son orientation : CAP ? redoublement ? Mais l'annonce de la mort de cette jeune femme vient occuper sa tête, et il ne comprend pas pourquoi : «Les mêmes questions tournaient en boucle - à quoi ça rime ? Pourquoi je me soucie de cette fille ? comment se fait-il que je ne tienne pas à l'oublier alors que je viens à peine d'apprendre son existence ? qu'est-ce que ça peut me foutre ?». Peut-être est-ce le visage rayonnant de cette jeune femme, Anka, qu'il découvre sur son permis de séjour, quand son père récupère le sac qu'on a trouvé à ses côtés, sur un banc du parc Longchamp. Car elle est morte sur un banc, sans domicile et tuberculeuse à 29 ans. Alors, dans un double mouvement, on va remonter jusqu'aux sources de cette histoire «méchante et brutale» qui a mené cette jeune femme à mourir dans la rue.
Comme un enquêteur, Marco part à la recherche de ceux qui ont pu la connaître et des lieux qu'elle a fréquentés : le dernier studio où elle a vécu et dont elle s'est fait virer brutalement un matin par le propriétaire, l'épouse d'un notaire qui l'employait comme femme de ménage etc. En parallèle, de courts textes écrits à la troisième personne racontent par flashbacks de brefs épisodes du parcours de cette immigrée.
À nouveau, Guillaume Guéraud nous bouscule. Roman noir, très noir, car personne ne sort blanchi de cette histoire, qui dresse un tableau saisissant d'une ville, Marseille, violente et pauvre, magouilleuse et sans scrupules. On s'enfonce dans cette histoire le souffle suspendu, sur les pas de cet adolescent criant de vérité.
Ce nouveau roman est de la force de Je mourrai pas gibier. Incontestable.
Du très grand Guéraud.
Né en 1972 à Bordeaux, Guillaume Guéraud vit désormais à Marseille. Au Rouergue, il est l'auteur de douze romans dans la collection doAdo, dont le dernier, Sans la télé (2010), de trois albums, Ma Rue, Arc-en-Fiel et Raspoutine, d'un Zig Zag, Arrête ton cinéma, et d'un roman pour adultes, Dernier Western (La brune, 2001). Il a aussi publié le premier titre de la collection doAdo Noir : Je mourrai pas gibier (2006, Prix Sorcières 2007, adapté en bd par Alfred chez Delcourt, 2009), La Brigade de l'oeil (2007, Folio SF, 2009), Le Contour de toutes les peurs (2008), Déroute sauvage (2009) et Sans la télé (2010).
Le livre est brutal, à l'image de la société qu'il interpelle en la saisissant au col. Le lecteur est empoigné de la même façon, bousculé, captivé...
Jamais complaisant, d'une rare puissance littéraire, le nouveau livre de Guillaume Guéraud dégage une salutaire énergie. Il se situe clairement du côté de la vie.
Personne ne frappe jamais de cette façon à une porte.
Hormis les flics - mais je l'ignorais.
Je torchais des exercices de géométrie dans la cuisine quand la rafale de coups a fait vibrer le loquet. Même les murs ont tressailli. J'ai lâché mon crayon et il a roulé sous la table.
Merde - qui se permet de cogner comme ça alors que la sonnette fonctionne ?
Sûrement un des rigolos que fréquente ma soeur, je me suis dit, un de la clique du club de boxe, elle est déjà sortie avec trois de ces connards, rien que des mules.
Les coups ont redoublé pendant que je ruminais.
Je me suis levé en traînant des pieds - genre «tout me fait chier».
Les rafales bourdonnaient entre mes tempes.
Je suis pas du genre trouillard. Sauf que le théorème de Thalès me collait la pression. Sauf que ces vilains coups exigeaient de la prudence. Ou peut-être que, finalement, ouais, peut-être bien que j'avais la trouille. J'ai pas ouvert tout de suite. J'ai d'abord regardé par le judas.
Derrière la porte - deux mecs d'une quarantaine d'années, un gros rougeaud aux yeux méchants et un moustachu fatigué qui bombait le torse pour donner le change.
Pas des mecs du club de boxe. Pas des représentants. Pas des connaissances.
J'ai fini par ouvrir - genre «c'est quoi le problème ?»
- Monsieur Fontan ? a demandé Moustachu Fatigué.
- Mon père n'est pas encore rentré... j'ai dit.
Ça devait être pour mon père, forcément, vu que moi personne ne m'appelle «monsieur Fontan» - à part les profs quand je les fous en rogne.
- Police nationale ! a fait Gros Rougeaud. On peut ?
Il a désigné l'intérieur de l'appartement pour me faire comprendre que sa question «on peut ?» signifiait «on veut !»
J'ai dû m'écarter pour les laisser passer. Ils ne m'ont pas montré le moindre insigne, pas comme les flics qu'on peut voir dans les films, ils se sont juste avancés et j'ai dû m'écarter pour les laisser passer.
- Bon... a soufflé Moustachu Fatigué.
Ils ont refermé la porte derrière eux et, comme je savais pas quoi faire, ni s'il fallait leur proposer de passer à la cuisine ou au salon, on est restés là dans le vestibule et je les ai regardés en cogitant.
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