Les temps sont rudes pour Louis. Ses parents se séparent, ses frères et soeurs sont dispersés. Il se retrouve seul avec sa mère dans la maison désertée. Heureusement, habitant la cité d'à côté, il y a Anissa, avec ses petites tresses, ses yeux de miel derrière ses grosses lunettes, Anissa si belle et déterminée, qui va apprendre à Louis que pour mériter l'amour, la première personne à vaincre, c'est soi-même.
Les courts extraits de livres : 10/12/2011
Papa m'a dit :
- J'ai à te parler, fils !
Il m'énerve à toujours vouloir mettre sa vie en mots. Je ne lui ai rien demandé. Ce n'est pas parce qu'il est mon père qu'il doit se croire obligé de tout me dire. Ses états d'âme le regardent. Les miens aussi. A chacun ses problèmes insolubles. Inutile d'additionner.
Je n'ai pas répondu.
Mais il a répété d'une voix sourde, étranglée :
- Fils, j'ai à te parler !
Il a son idée. Me parler. Message reçu, cinq sur cinq.
- Plus tard !
Je n'ai même pas eu besoin de crier, puisqu'il était derrière la porte de ma chambre. C'est une porte à trous avec verrou intérieur. Une porte déliquescente, pas étanche du tout. Je suis retranché derrière une passoire. Avec mon père de l'autre côté.
- J'ai à te parler.
Qu'est-ce qu'il a encore à me raconter depuis le temps qu'on se connaît par coeur ? C'est du harcèlement.
Moi, je dois enregistrer «Spring in the night» des Moon Beat pour Anissa. Ingurgiter «La Légende de l'éternité» de Torvic Gohu quatre cents pages pour le contrôle de mercredi... Téléphoner à Aliou pour qu'il me rende mon awalé avec toutes les pierres, j'insiste, toutes. J'ai fait ma liste. Et maintenant, il faudrait que je l'écoute, lui, le pater, qui a sans doute des révélations de haut niveau à me faire, comme toujours. Avec ce ton confidentiel qui s'immisce par les trous de ma porte décatie.
Que faire ? Où disparaître ? Les toits ?
Ma chambre s'ouvre vers le ciel. Je prends la fuite par une fenêtre. Personne ne m'obligera à entendre ce que je ne veux pas. Les tuiles, le vide et ne pas tomber. Je rampe. J'ai le vertige. Regarder vers le haut. Narguer le bleu-nuage. Bleu céruléen. Je veux bien m'envoler, mais que mon père devienne muet. Qu'il arrête de me débiter sa logorrhée de vie.
Peindre le ciel couleur ocre plutôt, et le visage d'Anissa, ton sur ton avec ses petites tresses.