Formé au métier de bibliothécaire qu'il a longtemps exercé. Guy Jimenes lui rend hommage avec ces drôles de contes. Le loup de porcelaine ou quand le fantastique fait irruption a la bibliothèque...
CONTES DE MÉDIATHÈQUE
Autrefois, au temps lointain des bibliothèques publiques, Véronique possédait un petit sac de toile qui se fermait par un lacet. Il contenait quelques figurines de porcelaine : celle d'une oie sauvage, celle d'un enfant rugbyman, celle d'un jeune écrivain chauve et bedonnant, celle d'un Robin des Bois en jogging blanc...
Suivant l'histoire qu'elle choisissait de conter, la bibliothécaire tirait de son sac l'une ou l'autre de ces figurines et la déposait devant elle sur la moquette...
Les courts extraits de livres : 10/12/2011
MIGRATEUR
Le jeune garçon avait passé un long moment à une table, absorbé dans la lecture d'un grand livre qu'il apportait maintenant à l'accueil.
- Je vous conseille d'y jeter un coup d'oeil, dit-il à Véronique.
- Eh bien, c'est très aimable à toi, Angelo, répondit la bibliothécaire. Il doit être drôlement intéressant, pour que tu me recommandes de le lire...
La couverture s'ornait d'une reproduction : un vol d'oies sauvages sur fond de ciel bleu.
- Le Grand livre des oiseaux migrateurs, lut-elle. Tu t'intéresses à ces oiseaux ?
- Pas spécialement, répondit Angelo.
Le livre était lourd et d'un format imposant. Véronique le posa à plat sur la banque de prêt et commença à le feuilleter.
- Non surtout pas ! s'écria Angelo.
Elle le considéra, surprise. Il avait presque crié, comme pour la mettre en garde.
- Ne l'ouvrez pas tout de suite, ajouta-t-il plus doucement, gêné d'avoir pris un tel ton. Attendez plus tard. Ce ne sont que des dessins. Vous les regarderez quand vous serez au calme.
Et le jeune garçon, l'air confus, quitta la médiathèque, laissant la bibliothécaire interloquée.
Véronique rangea le grand livre sur un coin de son bureau, s'interrogeant sur l'attitude d'Angelo : comment pouvait-il à la fois lui conseiller cette lecture et la dissuader de consulter le livre maintenant ?
Elle eut beaucoup de travail cet après-midi-là. Ce n'est que le soir, au moment d'éteindre les écrans de prêt et de consultation, qu'elle repensa au Grand livre des oiseaux migrateurs.
- J'ai quelque chose à finir, dit-elle à ses collègues. Partez sans m'attendre.
- Avant de sortir, assure-toi que les vasistas sont bien fermés, lui rappela Cathy. Et que des bouquins ne risquent pas de dégringoler de leur étagère...