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Auteur : Ahmed Kalouaz
Date de saisie : 10/12/2011
Genre : Jeunesse à partir de 9 ans
Editeur : Oskar, Paris, France
Collection : Histoire et société
Prix : 9.95 € / 65.27 F
ISBN : 9782350007823
GENCOD : 9782350007823
Sorti le : 28/10/2011
De la région d'Oran aux bidonvilles de Marseille et Nanterre, l'auteur raconte la vie de son grand-père émigré de la faim en 1959 avec sa famille, leurs espoirs et leurs désillusions sur fond de guerre d'Algérie. Il raconte leurs conditions misérables d'accueil dans cette France en reconstruction, l'industrie avide de main-d'oeuvre et dévoreuse de vies, mais qui permet de soutenir les proches encore plus pauvres restés au bled, il dit le rejet et le mépris, mais la solidarité des proscrits. Et surtout, dans ce contexte politique exacerbé de l'année 1961, la grande manifestation des Algériens, à Paris, en faveur de l'indépendance, organisée par le F.L.N. et réprimée dans le sang, le 17 octobre. Des centaines d'Algériens ont été assassinés à Paris par des fonctionnaires de police aux ordres de leurs supérieurs sous l'autorité du préfet de Police de l'époque, Maurice Papon Un devoir de mémoire, un hommage d'amour filial...
L'Algérie de papa
Je n'ai jamais connu mon grand-père Belkacem, il a disparu avec beaucoup de ses amis au mois d'octobre 1961. Grand-mère Sélima ne m'a jamais raconté cette histoire. Chez nous on ne fête pas les anniversaires, et lorsque quelqu'un évoquait cette date en famille, les visages devenaient graves, le silence s'installait dans la pièce, aucun adulte ne parlait de ces événements à leurs enfants. Bien sûr, au fil du temps, les gens savaient par la rumeur qu'il y avait eu des morts pendant cette période. Même si elle ne portait pas ce nom, c'était pourtant la guerre. Mon père s'appelle Rachid, avait onze ans à l'époque, vivait en France avec Tarik son frère cadet, sa soeur Anissa et ses parents depuis à peu près deux ans.
Leur exil avait commencé dans la région d'Oran au début de l'année 1959. Les soldats français occupaient les villes et les villages et cela a d'abord amusé les gamins dépenaillés, qui recevaient quelques carrés de chocolat, une boîte de sardines lorsqu'ils s'agrippaient aux véhicules de l'armée. Les adultes interdisaient à leurs enfants de s'approcher des militaires, de leurs camions, en leur racontant que ces hommes arrêtaient des habitants pour aller les perdre, ou pire, les tuer dans les collines alentour. Mais ces menaces ne pesaient pas lourd contre l'idée de croquer quelques friandises. Mon père comme les autres bien souvent n'écoutait pas ces recommandations. Il entendait parler de la guerre, de manière laconique, parfois une explosion déchirait le silence de la nuit, on racontait chez l'épicier qu'un garçon du douar devait être au maquis car on ne l'avait pas vu reparaître depuis des semaines. D'autres disaient que les soldats l'avaient emporté pour une «corvée de bois». Lorsque les femmes se réunissaient à l'occasion d'une fête, elles ne riaient plus comme auparavant. Leurs visages portaient désormais un masque grave, malgré le maquillage et les dessins au henné sur leur front. On croisait de moins en moins d'hommes sur les chemins, les terrasses des cafés maures devenaient de plus en plus silencieuses. Tout homme, de l'adolescent au vieillard, passait aux yeux des militaires pour un terroriste probable. La plupart avaient fui, car les rafles étaient fréquentes. Mon père entendait malgré tout, ce qui se racontait dans les pénombres des lampes à pétrole, ce quinquet qu'il fallait éteindre très vite le soir, pour éviter d'attirer l'attention des patrouilleurs. Il savait que dans certaines régions, des populations entières avaient été déplacées, parquées dans des camps, sous le froid de l'hiver, ou les ardents rayons du soleil, avec simplement l'ombre d'un branchage pour s'abriter la nuit, des racines pour unique repas. Les hommes étaient parfois autorisés à aller cultiver des champs tellement éloignés de leur lieu de détention, qu'à peine arrivés ils étaient contraints de rebrousser chemin sous bonne garde. Personne n'osait protester, et encore moins se rebeller. La rafale d'un fusil-mitrailleur étant fréquemment la seule réponse à une plainte. Peu de monde savait lire au village, car seuls de rares garçons se rendaient régulièrement à l'école publique, la plupart des autres passaient leur temps à psalmodier la religion à l'école coranique.
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