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Auteur : Alain Schifres
Illustrateur : Alain Bouldouyre
Date de saisie : 05/12/2011
Genre : Dictionnaires, encyclopédies
Editeur : Plon, Paris, France
Collection : Dictionnaire amoureux
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 9782259214872
GENCOD : 9782259214872
Sorti le : 10/11/2011
J'ai publié naguère un Dictionnaire amoureux des menus plaisirs. Les gens étaient perplexes. Voilà ce que déteste un auteur : le client embarrassé. Je ne parle pas d'un éditeur. «Ce qu'il faut, m'a dit le mien, c'est parler aux gens. Les menus plaisirs, c'est bien joli, ça chatoie, mais il y en a tant et tant, cela se décline à l'infini ; au bout du compte, cela ne veut rien dire.» Ainsi, si le premier titre pouvait prêter à confusion avec certains divertissements à la cour de Versailles, le nouvel intitulé ne concerne que des bonheurs simples comme l'oeuf mayonnaise, la vibration de la lumière un matin d'été, le voyage en train, les coquillettes ou bien encore la nuque des femmes. Le bonheur, personne ne sait ce que c'est mais tout le monde l'éprouve de temps en temps. Au lieu d'empiler mes menus plaisirs comme des cubes, j'ai voulu partager mon bonheur comme un gâteau.
A.S.
Alain Schifres a été journaliste au Nouvel Observateur et à L'Express. Il a écrit plusieurs essais et romans, dont Les Parisiens, Les Hexagons, Le Nouveau Dictionnaire des idées reçues, La Chute des corps et Inventaire curieux des choses de la France.
Ceci n'est pas une préface
Plutôt un avertissement. Comme des tomates trop rouges, méfions-nous des beaux titres. J'ai publié naguère un Dictionnaire amoureux des menus plaisirs. Les gens étaient perplexes. Voilà ce que déteste un auteur : le client embarrassé. Je ne parle pas d'un éditeur. Un auteur, un éditeur aiment le lecteur qui au moment d'acheter se ravise et dit : «Mettez-m'en trois.» Là, il fallait s'en expliquer. Qu'entendais-je au juste par «menus plaisirs» ? C'est le bonheur, mais en petites coupures, disais-je dans ma préface, car, avec un grand B, c'est comme toutes les majuscules de nos jours, on s'en méfie : ne s'agit-il pas de fausse monnaie ?
Théophile Gautier se demande pourquoi, dans l'une de ses préfaces, alors que le lecteur les saute, on écrit des préfaces. On commence à percer le secret du Big Bang, l'énigme des préfaces demeure irrésolue. D'où l'utilité d'écrire des non-préfaces. Qui ne lirait, parmi ceux qui sautent les préfaces - et les introductions ! les avant-propos ! les prolégomènes qui font si peur ! -, une non-préface ? Pas vous, la preuve, vous êtes là. Bref.
Ce qu'il faut, m'a dit Jean-Claude Simoën, mon éditeur, c'est parler aux gens. Les menus plaisirs, c'est bien joli, ça chatoie, mais il y en a tant et tant, cela se décline à l'infini ; au bout du compte cela ne veut rien dire. Tandis que le bonheur...
«Ah ! le bonheur. Humant le mot, le faisant rouler dans sa bouche (du moins je l'imagine, nous étions au téléphone) : "Le bonheur, c'est rond, c'est plein, cela frappe les esprits. Tout le monde a son idée du bonheur. Pourquoi ne pas reprendre ton livre, l'augmenter, l'enrichir, changer le titre ?"»
(Qu'on me pardonne d'évoquer cette petite cuisine éditoriale, qui bien sûr n'aurait pas sa place dans une préface. Les éditeurs ont leur idée du bonheur : que ça morde. Ce sont de grands pêcheurs. Leur science des appâts est stupéfiante.)
«Réfléchis-y», conclut-il.
Les couvertures consacrées au bonheur des magazines les plus sophistiqués, y réfléchis-je, plaisent autant que leurs unes sur l'immobilier. C'est par ailleurs une source inépuisable de sujets de philo du bac, l'autre passion des Français avec acheter-ou-louer, et par là une occasion de citer des auteurs. Il y a des sujets à citations comme il y a des têtes à poux ou des coins à girolles. Je vous les épargne (dans une préface, vous y auriez droit), mais ne saurais vous cacher qu'elles ne vont pas sans réserves. Je passe sur Bernard Shaw, après tout c'est Bernard Shaw, qui déclare : «Une vie entière de bonheur ! Personne ne pourrait le supporter.» («Ce serait l'enfer sur terre», croit-il bon de préciser.) Retenons-en l'idée - le cliché - que l'aspiration au bonheur n'aurait pas touché à ce point le grand public sans le malheur pour toile de fond.
(...)
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