Officiellement fermé faute de président de la République, l'Élysée a été le théâtre durant ces années tragiques d'intrigues et de jeux de pouvoir qui sont passés totalement inaperçus dans l'opinion publique et ont été jusqu'ici méconnus des historiens.
Le 13 juin 1940, trois jours après que le président Albert Lebrun se fut évanoui en abandonnant son palais, la rumeur assure que Maurice Thorez, le secrétaire général du PCF, est sur le point de l'occuper pour y tenter un coup de force ! Le lendemain, à peine entrés dans Paris, les Allemands hissent sur le toit leur immense drapeau rouge à croix gammée. En mai 1942, l'énigmatique amiral Darlan y ouvre ses bureaux parisiens avant de décider finalement de s'envoler pour Alger où il sera assassiné. Dans les premiers jours d'août 1944, le maréchal Pétain envoie des émissaires à Paris et fait aménager des appartements à l'Élysée : il rêve de transmettre ses pouvoirs aux Américains et au général de Gaulle... Le rêve se termine dans les fourgons de la Gestapo.
A la Libération de Paris, les Américains vont-ils, à leur tour, occuper le palais comme les Allemands avant eux ? De Gaulle, lui, refuse de s'y installer, comme si les spectres du désastre de 1940 continuaient de l'habiter. Le palais va alors être remis en état et remeublé, pour être prêt à recevoir un nouveau président de la République. Il s'appellera Vincent Auriol et sera élu au mois de janvier 1947...
Pendant sept ans, l'Élysée sera donc apparemment resté vide. Son histoire secrète n'avait jamais été révélée. Elle l'est ici pour la première fois à travers des témoignages et des documents inconnus, inédits ou passés sous silence, les complots et les manoeuvres que l'Élysée fantôme abrita durant ces années noires.
François d'Orcival (né en 1942) est un journaliste et un homme de presse engagé. Il occupe, depuis le 23 juin 2008, le siège d'Henri Amouroux dans la section Histoire et Géographie à l'Académie des sciences morales et politiques. Il est également président du Comité éditorial et membre du Conseil de surveillance de Valeurs actuelles, ainsi qu'administrateur de la Revue des Deux Mondes.
La revue de presse Laurent Lemire - Le Nouvel Observateur du 24 novembre 2011
Ce lieu chargé de symbolique est, pour François d'Orcival, l'occasion de livrer une chronique du jeu d'orgueil entre Pétain et Laval, sur les magouilles de Darlan et les relations houleuses entre Vichy et Paris, sur cet Elysée que l'Etat français voudrait bien réinvestir pour asseoir un pouvoir que lui refuse Hitler. En fait, hormis la courte parenthèse Darlan, seul le concierge gouverne ce palais vide que l'on entretient pour le cas où... «Des années noires, nulle trace. Ni destruction apparente, ni pillage, ni incendie, ni éclat de balle ou d'obus...»