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Auteur : Jacques-Etienne Bovard
Date de saisie : 24/05/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Bernard Campiche, Orbe, Suisse
Collection : CamPoche, n° 53
Prix : 9.00 €
ISBN : 9782882413017
GENCOD : 9782882413017
Sorti le : 03/11/2012
Cette amitié improbable, ces méchancetés quotidiennes, Jacques-Étienne Bovard les écrit tour à tour avec tendresse ou avec l'humour pince-sans-rire qui lui est propre. Surtout, il prouve qu'il n'est pas qu'un pourfendeur de la médiocrité suisse. Dans un style toujours sobre, il excelle dans l'art de dépeindre des personnages. Sa finesse d'observation lui permet de leur donner une réelle épaisseur psychologique. Au point que chacun peut se reconnaître - ou reconnaître son voisin - dans ces pentes lâchetés, ces émois ou ces simples plaisirs de la vie.
Eric Bulliard
La Gruyère
Jacques-Etienne Bovard est né à Morges en 1961. Parallèlement à son métier de maître de français, il bâtit une oeuvre composée essentiellement de romans et de nouvelles, la plupart ancrés dans les paysages et les mentalités de Suisse romande, qu'il considère comme un terreau hautement romanesque à maints points de vue. Menant une vie des plus ordinaires, mais passionné de beaucoup de choses, Bovard nourrit ses livres de ses visites transfigurées dans divers mondes, notamment l'équitation (Demi-sang suisse, 1994), l'enseignement (Les Beaux Sentiments, 1998), la photographie (Le Pays de Carole, 2002), la musique (Une leçon de flûte avant de mourir, 2000), la pêche (Ne pousse pas la rivière, 2006). Son penchant pour le comique l'a poussé aussi à commettre les nouvelles de Nains de jardin (1996), dont le succès ne faiblit pas, de la même veine que son roman La Griffe (1992) récemment réédité. Première approche autobiographique, La Pêche à rôder (2006) conjugue écriture et photographie.
Couronné de nombreux prix, Jacques-Etienne Bovard fait partie des auteurs suisses romands les plus réguliers et les plus largement reconnus par le public. Son dernier roman, La Cour des grands (2010), rencontre un vif succès.
- En tout cas, par les temps qui courent, on peut dire que c'est une sacrée chance, pour vous !
C'est bien ce qu'elle a dit, ou plutôt crié dans le tintamarre du chantier voisin, les premiers mots qui ont salué mon arrivée. «Une sacrée chance», j'entends encore sa voix de clarinette glacée, l'accent gaillard, la nuance de dépit et de suspicion néanmoins qui trahissaient son impression de scandale...
- Parce qu'avec les prix de fous qu'ils font pour des studios de rien du tout, à présent...
J'étais bien d'accord avec elle : un deux-pièces cuisine pour trois cent quatre francs par mois, elle aurait pu aussi bien parler d'un miracle, j'ai même prononcé le mot, façon de glisser une réplique dans le flot de ses paroles, mais j'étais à cent lieues de penser sérieusement à la chance, à la chance de ma vie.
Ni elle, malgré sa méfiance, au drame de la sienne.
- Bon, il faut quand même dire que là où vous serez, juste sous le toit qui est pas isolé, avec le bruit, et pas seulement celui du chantier... Enfin je sais pas, mais vous auriez dû visiter avant de signer, moi je dis...
Place de parc comprise, libre de suite, pas besoin de mendier l'hospitalité à quiconque, ni de revenir chez papa-maman - la liberté, ce merveilleux royaume pour trois cent quatre francs par mois, est-ce qu'on perdait une heure à visiter ?
- Et puis autant que vous sachiez tout de suite que c'est pas toujours drôle, ici, rapport forcément au voisinage...
- Bah, je m'en accommoderai.
Mon bon sourire d'heureux gagnant semblait l'agacer.
- Je sais pas si vous vous rendez compte, mais c'est que c'est comme qui dirait une maison de vieux, ici. Enfin pas un home, mais presque, un endroit pas cher pour ceux qui ont que l'AVS, vous voyez, pas cher mais tenu en ordre, je précise, ça veut dire pas d'enfants, pas de chiens, pas de bruit, on est toujours assez verni avec le chantier et le reste !
Alarmée, criarde déjà, la vieille concierge acariâtre, pas besoin de chercher plus loin. Ce nom, d'ailleurs, Mme Malamondieu... Elle étendait du linge dans le jardinet quand j'étais arrivé au volant de ma camionnette de location. Grisonnante, presque sans rides, les joues rondes, tout l'air en effet de la brave femme un peu fruste mais qui avait tant de mérite dont avait parlé Pierre-Paul; or qu'annonçaient cette voix tendue, ces mains fouillant le tablier gonflé de pinces à linge, ces yeux clairs fébriles qui me parcouraient de haut en bas ?
- Rassurez-vous, madame, je n'ai ni l'intention ni le temps de faire du tapage. J'ai des examens à préparer.
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