L'heure présente est le recueil des poèmes et des principales proses poétiques écrits par Yves Bonnefoy depuis la publication de La longue chaîne de l'ancre en 2008. Les proses sont pour remuer le sol de la conscience qu'on prend du monde, où restent vives des impressions et des intuitions que la pensée diurne réprime, les poèmes tentent d'employer les mots ainsi rénovés pour mieux poser les problèmes de l'être, et du non-être, du sens et du non-sens, comme ils assaillent notre époque, «l'heure présente». Poèmes qui sont des questions, ou même se laissent pénétrer par des fragments de réponse. Parmi eux le plus important est celui qui donne son titre au volume. L'auteur y reconnaît ses inquiétudes et ses espérances.
Né le 24 juin 1923, à Tours. Études secondaires, puis de mathématiques et de philosophie à Tours, Poitiers et Paris. Il vit à Paris depuis 1944. Voyages, notamment en Méditerranée et en Amérique. Travaux sur l'histoire des formes et des moments de la poétique. Invitations de diverses universités depuis 1960.
Professeur au Collège de France de 1981 à 1993. Il est traduit dans une trentaine de langues, dont l'anglais, le japonais, l'italien et l'allemand.
La revue de presse Wajdi Mouawad - Le Monde du 17 novembre 2011
Yves Bonnefoy est un des plus grands funambules si le poète est celui qui marche dans le vide laissé par le désastre dont nous cherchons encore les mots justes pour dire les maux injustes, infligés et reçus dans le silence. C'est un alpiniste qui grimpe depuis longtemps le long d'une paroi aride vers des sommets dégagés du brouillard. On dirait un magique insecte, sublime scarabée, à l'ascension d'une statue de Giacometti. Cette montagne invraisemblable, à l'instar de celle du Mont Analogue, de Daumal, à laquelle on ne parvient que par une forme d'inattention qui nous jette dans le visible d'un monde invisible, est celle du sens et de la valeur d'une image. Depuis plus d'un demi-siècle, comme un sculpteur qui revient aux mêmes gestes, Yves Bonnefoy déplie cette notion, l'éviscère, pour retrouver ses fondements et reconstituer son mystère...
Le présent est rare. Et si l'art permet le raccourci pour retrouver une image qui resurgit vers la surface du présent, Yves Bonnefoy nous rappelle que les ravins du factice sont là à chaque pas puisque, comme il l'écrit en page 81, "L'éclair, une illusion/Même l'éclair".
Les courts extraits de livres : 01/12/2011
UNE PHOTOGRAPHIE
Quelle misère, cette photographie !
Une couleur grossière défigure
Cette bouche, ces yeux. Moquer la vie
Par la couleur, c'était alors l'usage.
Mais j'ai connu celui dont on a pris
Dans ces rets le visage. Je crois le voir
Descendre dans la barque. Avec déjà
L'obole dans sa main, comme quand on meurt.
Qu'un vent se lève dans l'image, que sa pluie
La détrempe, l'efface ! Que se découvrent
Sous la couleur les marches ruisselantes !
Qui fut-il ? Qu'aura-t-il espéré ? Je n'entends
Que son pas qui se risque, dans la nuit,
Gauchement, vers en bas, sans main qui aide.