Inscrivez-vous àla Lettre des Bibliothécaires.
Bibliothécaires,partagez vos découvertes.
Clubs de lecture,envoyez vos choix.
Editeurs,valorisez vos livres.
Auteur : Yi Ch'ong-Jun
Traducteur : Kim Jung-Sook | Patrick Maurus
Date de saisie : 23/11/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Prix : 22.80 € / 149.56 F
ISBN : 9782330001971
GENCOD : 9782330001971
Sorti le : 12/11/2011
LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS
Dans ces brefs récits initiatiques, Yi Ch'ôngjun, le plus grand écrivain sud-coréen, interroge les mystères de la création à travers le prisme de la transmission. Ce processus douloureux croise son désir obsessionnel de faire revivre sa province d'origine, le Ch'ôlla, si souvent martyrisée au cours des siècles par le reste de la Corée. Il ne s'agit pas pourtant de pédagogie ou de racines, car Yi Ch'ôngjun n'est pas un écrivain confucianiste, comme tant de ses confrères. Le relais entre les générations n'est pas heureux ni facile, il n'est pas garant de vérité. On est bien davantage dans le registre chamanique, celui qui affleure dans le chant traditionnel p'ansori, sur lequel il s'est si souvent penché. S'il explore ainsi le cirque, le tir à l'arc, la céramique, la peinture et la photographie, c'est pour s'interroger, chaque fois, sur l'étrange façon qu'a un artiste, un créateur ou un artisan de transmettre son savoir à un élève ou à un disciple. Yi Ch'ôngjun rejoint une ancestrale tradition extrême-orientale qui oppose tout en les liant apprentissage auprès des maîtres et expression individuelle. En le forçant à se poser des questions essentielles ainsi que le fait ici le vieil arbre géant au seuil de la mort, le maître place l'élève dans une temporalité qui le dépasse, celle des générations précédentes, celle des oeuvres qui durent, là où se trouve la source du sens ou de l'interprétation existentielle.
Yi Ch'ôngjun (1939-2008) compte parmi les auteurs les plus respectés en Corée du Sud, où ses oeuvres complètes (quelque douze volumes) sont régulièrement réimprimées. Il est principalement l'auteur de romans et "novellas".
Le cinéaste Im Kwon-taek (Palme d'Or à Cannes en 2002 pour Ivre de femmes et de peinture) a adapté plusieurs de ses fictions, comme La Chanteuse de p'ansori (1995) ou Souvenir (2008). Actes Sud a déjà publié L'Ile d'Io (1991), Le Prophète (1991), Ce paradis qui est le vôtre (1993), L'Harmonium (2001) et Les Gens du Sud (2007).
Extrait de la préface
La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, j'étais venu faire signer à Yi Ch'ôngjun un contrat pour la traduction de ses oeuvres complètes. Une formalité, comme toujours avec lui, et nous étions rapidement passés, avant d'aller partager nos soju habituels, à ce qui m'amenait réellement : le tournage d'un court-métrage le concernant. J'avais réussi à le convaincre qu'à l'époque de l'image il fallait une autre politique de diffusion des livres. Grâce au soutien du directeur éditorial d'Actes Sud, Bertrand Py, et avec l'aide du CRIC, j'avais en poche les sous nécessaires à un travail modeste, mais sérieux. Même si ses livres ont souvent été adaptés au cinéma, et avec succès, Yi Ch'ôngjun n'était pas particulièrement convaincu par les images, mais, comme toujours, il laissait se développer les projets des autres.
Je lui avais envoyé différents canevas, un peu torturés, inutilement compliqués, à l'aune de mon souci de rendre justice à ses textes, mais tout aussi désireux de ne pas le déranger. La maladie qui devait l'emporter n'était pas encore officiellement déclarée, mais, sans être ni médecin ni voyant, son teint cireux et son alimentation ne pouvaient guère annoncer d'autre issue. Voler du temps à un écrivain est déjà difficile, à un écrivain malade, plus encore, alors que dire d'un écrivain malade auteur des Portes du temps et de toutes ces nouvelles consacrées, d'une façon ou d'une autre, à la mort et à l'énigme que représente celui à qui l'on transmet ?
Mon petit film allait s'appeler Yi Ch'ôngjun, un homme du Sud*, en référence au volume que nous venions de publier, Les Gens du Sud, et j'aurais dû savoir qu'il contenait la solution à mes hésitations : Yi Ch'ôngjun a été et reste emblématique de sa province d'origine, le Ch'ôlla.
Je ne vais pas répéter ici ce que nous avons présenté à plusieurs reprises dans diverses préfaces et postfaces de cette collection, et ce que, c'est tout de même plus important, les fictions de Yi Ch'ôngjun ne cessent de dire. Un mot seulement : de l'histoire, cette province du Sud-Ouest a hérité d'une mise à l'écart, d'une ostracisation, d'un rejet qui sont loin d'être oubliés. L'élection du président Kim Dae-jung, originaire de cette province, a mis fin symboliquement à mille ans d'interdits, au moins, depuis les débuts de la dynastie Koryô, excluant les gens du Ch'ôlla des fonctions officielles. Pour importante qu'ait été cette élection, le racisme intérieur n'a pas disparu pour autant, et ces provinciaux-là sont toujours accusés de fourberie, de dissimulation, de malhonnêteté, en particulier par leurs voisins du Kyôngsang, réservoir à dictateurs, qui trouvaient dans ces accusations la justification a posteriori des misères par eux infligées. On ne s'étonnera pas si, là comme ailleurs, les gens du Ch'ôlla se sont repliés sur eux-mêmes, développant des particularismes marqués, rejetant ceux qui les rejettent, y compris dans le domaine économique.
Copyright : lechoixdesbibliothecaires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia