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Auteur : Frédéric Roux
Date de saisie : 23/11/2011
Genre : Philosophie
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Eloge de
Prix : 12.90 € / 84.62 F
ISBN : 9782268072173
GENCOD : 9782268072173
Sorti le : 12/11/2011
"Il faut à Madame Figaro et à Monsieur de Fursac un fortifiant, un vulnéraire, un cataplasme, une friction au gant de crin... un bon petit éloge du mauvais goût."
«Tous les goûts sont dans la nature» est l'une des idées reçues les plus ressassées à propos de ce qui nous préoccupe et, sûrement, l'une de celles qui nous égarent en nous désignant la plus mauvaise direction possible.
La meute aux trousses de la connaissance n'est pas seulement désorientée, elle fonce dans le mauvais sens, celui où tous pataugent à l'envi, jusqu'à disparaître sur le versant opposé de l'intelligence.
Les goûts ne sont pas DANS la nature, et les dégoûts pas davantage, les goûts sont dans la culture et seulement dans la culture.
Frédéric Roux, artiste (sous différents pseudonymes) et écrivain. Derniers ouvrages parus : Et mon fils avec moi n'apprendra qu'à pleurer et L'Hiver indien (Grasset).
Mise
en bouche
Ce qu'il y a d'enivrant dans le mauvais goût, c'est le plaisir aristocratique de déplaire.
Charles Baudelaire
La paix règne sous nos cieux siglés Louis Vuitton, et nos deux sont vides. Le faire-part de décès nous ayant été adressé par des idéologues de qualité, il est raisonnable de penser que l'Utopie a tiré le rideau depuis belle lurette... a bisto de nas, les années 80 ! Peut-être même le 10 mai 1981, où le «socialisme à visage humain» a entamé sa descente au purgatoire. La mise en bière aurait lieu quelques jours plus tard avec François Mitterrand en momie pénétrée dans les caves du Panthéon et, au rez-de-chaussée, Dalida pâmée comme la sainte Thérèse du Bernin entre Gaston Defferre et Pascal Sevran. La scène faisait irrésistiblement penser à une autre grotesque bousculade : le 30 mai 1968, devant l'Arc de triomphe, sous une marée d'oriflammes tricolores, André Malraux et Michel Debré titubaient comme deux clochards avinés tandis que François-Marie Banier leur hurlait dans les esgourdes.
Depuis, les choses ne se sont pas arrangées, puisque les sacres de nos souverains ont désormais lieu au Fouquet's sur l'avenue la plus vulgaire du monde.
Gauche et droite diluées dans la mélancolie d'un temps où l'Histoire avait un sens. L'Hexagone roupille... l'esprit français, éventé comme un mousseux débouché de la veille, ne pétille plus lerche... Naguère batailleur comme pas un, le Français courbatu et pacifié sombre dans la dépression. Plouc absolu, il se recroqueville sur ce qu'il considère être son dû, son héritage : les Lumières, le bon goût, la mesure... Voltaire, Watteau, Boucher, Marivaux ! Tout ça depuis son lotissement qu'il prend pour Versailles, étendu sur sa chaise longue de chez Habitat au mitan de sa pelouse qu'il croit dessinée par Le Nôtre. Il faut à Madame Figaro et à Monsieur de Fursac un fortifiant, un vulnéraire, un cataplasme, une friction au gant de crin... un bon petit éloge du mauvais goût.
À moi Rabelais, Fernandel, Picabia !
À moi, François, Fernand, Francis !
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