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Auteur : Andrew O'Hagan
Traducteur : Cécile Deniard
Date de saisie : 15/12/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Points, Paris, France
Collection : Points
Prix : 7.00 € / 45.92 F
ISBN : 978-2-7578-2400-9
GENCOD : 9782757824009
Sorti le : 27/10/2011
Élevé par une soeur de Virginia Woolf, recueilli par la mère de l'actrice Natalie Wood puis récupéré par Sinatra, Maf échoit finalement à Marilyn Monroe. L'égérie de Hollywood s'entiche très vite de cet espiègle bichon savant, qui cite Keats aussi bien que Freud ! Et dans cette actrice qui affecte le sérieux en dépit d'un grand talent comique Maf trouve une femme qui a du chien.
«Les êtres humains s'inquiètent souvent à idée que le règne animal, comme on dit, les observe, parle d'eux et...»
Andrew O'Hagan est né à Glasgow en 1968. Journaliste et écrivain depuis une quinzaine d'années, il a été distingué par la revue Granta, en 2003, comme l'un des 20 meilleurs romanciers britanniques.
«Un régal d'érudition littéraire, de plaisanteries, de pastiches.»
La Quinzaine littéraire
Mon histoire commence vraiment à Charleston, idéal séjour de lumière et de création en pleine campagne anglaise. Il faisait chaud cet été-là et les matinées se prolongeaient jusque tard dans l'après-midi, où le meilleur du jardin entrait dans la maison, ces fleurs arrangées dans des pots et auxquelles Vanessa offrait une seconde vie à ses heures fertiles. Elle était toujours là avec ses peintures, son regard, et la lumière tombait de la verrière pour embraser la possibilité de quelque chose de neuf. Elle avait ses bons et ses mauvais jours. Les bons jours, elle disposait ses pinceaux et savait que le moment était propice pour travailler lorsque tous ses souvenirs se changeaient en une apparence de sommeil.
Nous étions en juin 1960. Le jardinier venait d'apporter un plateau de digitales dans la cuisine, les fleurs mutines mais étourdies après une ou deux semaines d'abeilles. Je me trouvais dans un panier près du four lorsqu'une coccinelle traversa la table. «Il est mal tourné ou bien ? demanda l'insecte en grimpant sur une miette de pain.
- Il est juste fatigué, répondis-je. Il aurait besoin d'un thé.»
D'une gifle, M. Higgens balaya la terre de la table et la malheureuse bestiole avec. «Foutue dégueulasserie ici, dit-il. Grâce ! Tu les veux où ?»
Les hommes n'ont pas le sens du miracle. C'est la force de la réalité qui les façonne - une calamité, si vous voulez mon avis. Mais peu importe : j'ai eu la chance de connaître mon couple de peintres, Vanessa Bell et Duncan Grant, deux êtres qui, malgré toutes leurs différences, avaient en commun la volonté de rêver le monde dans lequel ils vivaient et de lui donner une forme permanente. Et quel bonheur ce fut de courir pataudement sur ces dalles du Sussex et de pourchasser les guêpes jaunes, pendant que je devenais peu à peu cet être délicieux que je suis : un de ces chiens que des aventures attendent à l'étranger et qui sont destinés à en faire le récit.
Il y a plusieurs choses que toute personne de goût se doit de savoir sur le chien moyen. D'abord, que nous adorons le foie et trouvons que c'est un schlurp, un miarm, un romph, un régal, surtout avec des saucisses. Ensuite, que nous détestons en général les chats, non pas pour les raisons habituelles, mais à cause de la préférence exclusive qu'ils montrent pour la poésie par rapport à la prose. Aucun chat n'a jamais fait de longs discours emporté par une belle prose. Alors que le plus grand talent du chien consiste à s'imprégner de tout ce qui présente de l'intérêt : nous nous pénétrons du meilleur de ce que savent nos maîtres et nous nous souvenons des pensées de ceux que nous croisons. Nous avons plutôt bonne mémoire et nous ne souffrons nullement de ce funeste travers des hommes qui les pousse à établir de grandes distinctions entre le réel et l'imaginaire.
Tout cela revient au même, plus ou moins. La nature nous en fournit un bel exemple, mais ce n'est plus là que les hommes vivent. Ils vivent dans un monde de leur invention.
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