Un livre se penche sur son passé, de la sortie des presses à son départ plein d'espoir vers l'Afrique. Vingt ans d'une vie mouvementée. Il aime, est aimé, risque sa vie, rencontre des lecteurs et des lectrices, discute avec d'autres livres dans les librairies et les bibliothèques, s'interroge sur la marche chaotique du monde.
Tout cela donne un roman picaresque et une méditation drôle sur notre finitude, doublés d'une variation à la Queneau sur le mot «pilon». L'humour, comme toujours, quand il n'est pas un confort, affleure au tragique.
Paul Desalmand est né en 1937 en Haute-Savoie. Il vit à Paris. Le Pilon est traduit en six langues.
«Un merveilleux exercice de style.» Jérôme Garcin, le Nouvel Observateur
«Un petit bijou.» Patricia Martin, France Inter
Les courts extraits de livres : 03/12/2011
Extrait de la préface de Patrick Cauvin
Nous sommes voisins. Au hasard des escaliers de la Butte Montmartre, nous nous croisons parfois. On se prend, aux printemps venus, un café en terrasse rue Caulaincourt, les acacias ont verdi et on devine dans le bas de la pente les tumultes tamisés de la place Clichy. C'est là qu'un jour il m'a donné Le Pilon pour savoir ce que j'en pensais.
C'est une sacrée bonne idée. C'est un bouquin hors normes. Double raison qui explique cette préface.
On nous bassine beaucoup avec des théories sur la vie des livres («Il y en a trop», «On ne lit plus», etc.) toutes plus abstraites et fumeuses les unes que les autres, appuyées sur de pseudo statistiques et des prévisions d'autant plus vacillantes qu'elles sont péremptoires. Et voici que Desalmand arrive et qu'une voix s'élève. Laquelle ? Celle d'un bouquin né le 17 juin 1983 à 16h37 sur les presses de La Manutention. Deux cent trente grammes à la naissance. Contrairement aux humains qui le lisent il ne grandira pas. Il gardera toute sa vie un étrange tatouage qui défigure un peu son apparence : il a un code-barres sur le cul. Personne n'est parfait. C'est le héros du Pilon.
Et ce livre va raconter ses aventures. Ses voyages au tond d'un sac, ses lecteurs, ses rencontres la nuit avec ses copains de bibliothèque. Que croyez-vous que font la nuit, les livres sur les rayons des étagères ? Ils conversent bien sûr, ils s'engueulent, sympathisent. C'est le moment où par le jeu des proximités, Anna Karénine rencontre San-Antonio qui papote avec un dictionnaire des citations qui fait du gringue à Virginia Woolf.
Que d'aventures depuis la première sortie en librairie ! Abandonné au fin fond d'un entrepôt, protégeant du soleil une lectrice affalée sur une plage l'été, embarqué pour l'Afrique, compagnon d'un clochard sous les ponts de Paris, au garde-à-vous dans la bibliothèque de Nevers jusqu'à ce que vienne l'usure qui est la vieillesse des livres et le dénouement enfin, un bouquin jeté dans le fleuve qui déployant ses pages doucement s'enfonce. Et si les livres comme leurs lecteurs étaient également mortels ?