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.. Cocktail sugar et autres nouvelles de Corée

Couverture du livre Cocktail sugar et autres nouvelles de Corée

Auteur : Collectif

Traducteur : Collectif

Date de saisie : 26/04/2012

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Zulma, Honfleur, France

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 9782843045691

GENCOD : 9782843045691

Sorti le : 30/10/2011

  • Les présentations des éditeurs : 09/11/2011

Cette brève et dense galerie de nouvelles écrites par des femmes d'aujourd'hui bouleverse et secoue le lecteur, soudain projeté dans un univers qu'il connaît et ignore en même temps : car s'il s'agit de la vie quotidienne, ces histoires d'amour et de désillusion ont une force d'évocation intensément charnelle, soucieuse de l'instant et comme ancrée dans les mémoires. Ainsi avec le Couteau de ma mère, montrant l'amour de la narratrice pour une mère identifiée à son couteau inoxydable manié pendant toute une vie de cuisine. Ou avec la nouvelle titre, Cocktail Sugar, qui illustre le goût décalé de la classe moyenne pour les modes de séduction à l'occidentale, à travers un mot d'esprit qui, à force d'être répété, trahit en cascade la vie adultère.
Mais laissons le bonheur de la surprise au lecteur de ces huit puissantes histoires de femmes écrites, qui éclairent magnifiquement le nouveau visage de la littérature et de la société coréennes.

Pour en savoir plus...
Ces huit nouvelles témoignent d'une rupture avec le patriarcat encore vivace qui longtemps inféoda corps et âme la femme coréenne aux pères et aux maris. On peut même dire que ce recueil révèle de manière exemplaire une société dissimulée sous sa culture de l'aliénation féminine, et plus encore qu'il montre crûment cette réalité commune de la soumission aux codes et aux rôles établis, de la misère sexuelle, de la prostitution quasi instituée, de l'importance étrangement fusionnelle de la nourriture dans le lien familial et la sociabilité, et enfin de cette folle aspiration à la liberté née du pôle féminin. Nos écrivaines s'autorisent une violence de témoignage et une crudité d'inspiration tour à tour pathétique ou désarmante. Ainsi avec le Couteau de ma mère, montrant l'amour de la narratrice pour une mère identifiée à son couteau inoxydable manié pendant toute une vie de cuisine. Ou encore avec les Chiens au soleil couchant, où l'on accompagne une fillette abandonnée à un père qui sombre dans le désespoir, la misère et l'ivrognerie... La nouvelle, cet art majeur au Pays dit du matin calme, prend toute la véhémence du roman naturaliste pour nous exposer le destin d'un pays, depuis la guerre coloniale jusqu'aux beaux jours du miracle économique, en passant par les années noires de la dictature, sur fond de bouddhisme, de christianisme, sans oublier ce chamanisme des mudang que les femmes perpétuent en secret : le monde des esprits cohabite ici avec la plus coriace réalité, celle de la subsistance et de la procréation.


  • Les courts extraits de livres : 09/11/2011

Le tranchant du couteau de ma mère avait hérité de la tranquille assurance de ceux qui ont passé leur vie à faire à manger aux autres. Pour moi, ma mère était une femme ni pleurnicharde, ni coquette, ni soumise, elle était celle qui avait toujours un couteau à la main. Belle, rayonnante de santé, elle était capable d'engloutir des eomuk, cette pâte de poisson qu'on mange sur les trottoirs, même lorsqu'elle s'était mise sur son trente et un. Cela faisait plus de vingt-cinq ans - presque autant que mon âge - qu'elle maniait le même couteau. A force de couper, trancher et hacher, la lame s'amincissait, et, dans le même temps, je mâchais, mastiquais et avalais, et mes entrailles, mon foie, mon coeur, mes reins poussaient à toute vitesse. Avec ce que ma mère me donnait à manger, j'avalais les traces laissées sur les ingrédients par son couteau. Au plus profond de mon corps sont gravées ces marques, elles circulent dans mes veines et me blessent. C'est pour cela que le mot «mère» me fait mal. Il porte une douleur que je ressens physiquement.
Ma mère l'affûtait souvent, son couteau, surtout quand il lui fallait fendre la carapace des crabes regorgeant d'oeufs au mois d'avril ou sectionner les cuisses des chiens. Alors, deux ou trois fois par semaine, parfois plus, elle sortait sa pierre à aiguiser pour affiler la lame. Accroupie sur le sol en ciment de la cuisine d'où montait en permanence une odeur d'humidité fétide, ma mère, pour affûter son couteau, se lovait en une sorte de grosse boule comme le font toutes les mères des animaux. Son T-shirt tiré vers le haut par ses bourrelets laissait paraître la raie des fesses au-dessus du slip... Spectacle qui me laissait entrevoir la disparition future de tout un peuple. Peut-être était-ce à cause de la langue de ma mère, celle de ces gens vivant dans un trou perdu d'un petit pays comme la Corée. Tout peuple a besoin de sa langue propre, les tigres du Bengale ont leur langue, ceux de Sibérie en ont une autre. Avec l'âge, j'ai réalisé que ma mère avait sa langue à elle. Et qu'elle était vouée à disparaître - tout comme les plus beaux paysages. Dans la plupart des cas, la mère décède avant ses enfants, emportant avec elle sa langue vieillotte. Voilà le genre d'idées saugrenues qui me traversaient l'esprit chaque fois que je voyais ma mère affûter son couteau.


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