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.. Le Glacis

Couverture du livre Le Glacis

Auteur : Monique Rivet

Date de saisie : 14/03/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Métailié, Paris, France

Prix : 14.00 € / 91.83 F

ISBN : 9782864248491

GENCOD : 9782864248491

Sorti le : 26/01/2012

  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2012

Laure a vingt-cinq ans lorsqu'au milieu des années 50 elle est nommée, en pleine guerre d'Algérie, professeur de lettres dans un lycée d'une petite ville de l'Oranais. Cette guerre, qu'elle ne comprend pas, la désoriente, puis lui fait horreur. Elle ne comprend pas davantage la société qu'elle découvre, une société cloisonnée où les conformismes se côtoient en toute hostilité et qu'elle choque par la liberté de ses réactions ; d'emblée elle s'y fait des ennemis, au point de se mettre en danger.
«Le temps où j'ai habité la ville était le temps de la violence. Le temps de ce que le langage officiel déguisait d'un intitulé pudique : les "événements", quand l'homme de la rue disait : la guerre. La guerre d'Algérie.
Ce pays, je ne lui appartenais pas, je m'y trouvais par hasard. J'y étais de guingois avec tout, choses et gens, frappée d'une frilosité à fleur de peau, incapable d'adhérer à aucun des mouvements qui s'y affrontaient. Cette guerre, je ne la reconnaissais pas, elle n'était pas la mienne. Je la repoussais de toutes mes forces. Si j'avais eu à la faire... - s'il avait fallu que je la fasse, aurais-je pu la faire aux côtés des miens ?»

Monique Rivet avait l'âge de Laure quand elle a écrit ce texte, vibrant, sobre et vital, témoin de son regard de femme très jeune sur une guerre que personne ne voulait reconnaître. Ce roman n'a jamais été publié auparavant.

Agrégée de lettres classiques et aujourd'hui retraitée, Monique Rivet partage son temps entre la région parisienne et les Cévennes. Elle est l'auteur, entre autres, de Caprices et Variations (Flammarion), Les Paroles gelées et La Caisse noire (Gallimard). Elle a écrit Le Glacis à la fin des années 50, sans le publier.



  • La revue de presse Gilles Heuré - Télérama du 13 mars 2012

Publié enfin aujourd'hui, Le Glacis est pourtant un magnifique roman, qui a valeur de témoignage, de document même, tant l'ambiance à la fois sensuelle et purulente de cette ville est retranscrite avec justesse...
Laure ressent l'état de guerre, mais s'étonne de la fracture qui divise les communautés, elle qui ne sait quel parti adopter dans ce climat où l'on peut se faire assassiner de tous côtés et où l'Etat de droit a disparu.


  • La revue de presse Philippe Lançon - Libération du 19 janvier 2012

Elle n'a passé qu'un an, 1956-57, à Sidi Bel Abbès. Elle découvre ce mélange de juifs, d'Espagnols, d'Arabes, que les Français ne doivent pas fréquenter. La société est dans un état d'apartheid, d'immaturité et de guerre, que le Glacis révèle par l'expérience, le regard, l'ingénuité sensible et agressive de son double, Laure...
Le Glacis flotte dans les points de vue, mélange les temps narratifs, vit par les maladresses qui font sa vertu, son état de découverte et d'innocence froissée : l'Algérie française s'ouvre et se ferme par les yeux et le coeur d'une jeune femme qui ne comprend les choses qu'à mesure qu'elle les vit, toujours un peu trop tard. Ce naturel dans le décalage, dans la perception d'une société par hoquets, surprises et à corps défendant, rend la petite ville coloniale aussi intime que révoltante.


  • Les courts extraits de livres : 15/12/2011

- À bas la France ! Tu le comprends, ça, oui ou merde ? Alors tu le cries ! Crie, bordel !
Il le tire à lui par l'épaule, la veste usée se déchire. Alors il le renvoie comme une balle dégonflée. L'homme faillit tomber. Christo cracha par terre.
- Laisse donc, dit-il à son camarade, tu vois bien que c'est une lopette.
- Je veux qu'il crie.
Ils se mirent à le secouer violemment. L'homme perdait l'équilibre, se rattrapait, voltigeait de nouveau, très maigre, pitoyable, avec des yeux affolés et ternes à la fois, se protégeant de son bras quand les coups menaçaient son visage.
Martin le lâcha le premier.
- Même pas le courage de ses opinions, dit-il avec mépris. Pourquoi tu cries pas, con ? Tu as peur ? Ça c'est vrai qu'il y a des tas de gens par ici, à bas la France, ils aimeraient pas. Même pour rigoler. Mais nous ça nous plairait de t'entendre dire ça, tu vois, histoire que pour une fois les choses soient claires. On en a marre de vos sales gueules d'hypocrites, hein, Christo ?
L'homme restait muet. Christo se mit à rire :
- Dix, non, quinze coups de pied au cul si tu cries pas, raton.
Ils avaient lâché l'homme, mais celui-ci ne chercha pas à s'enfuir. D'une bourrade Christo lui fit faire un demi-tour sur lui-même et lança à toute volée le premier coup de pied. Martin d'abord se contenta de compter : un, deux, trois... Puis il finit par se mettre de la partie. A chaque coup de pied l'homme trébuchait vers l'avant et, docile, faisait un pas en arrière pour se retrouver à la portée de ses persécuteurs, tassé sur lui-même, recroquevillé presque, comme s'il avait cherché à offrir le moins de prise possible aux coups. Mais il ne criait toujours pas. Martin s'arrêta.
- Peut-être que vraiment il comprend pas ce qu'on lui dit. Christo haussa les épaules :
- Tu parles ! C'est un têtu, c'est tout.
Et il le poussa violemment en hurlant soudain :
- Fous le camp, nom de Dieu, fous le camp, qu'on te voie plus jamais dans le coin, tu comprends le français, sale bougnoule ?
L'homme se redressa lentement. Il regardait les rues qui s'ouvraient devant lui en longs rayons noirs. Puis il se mit en marche. Il se dirigeait vers le glacis. Au-delà c'était ce qu'on appelait le village nègre. Des barbelés zigzaguaient dans la lumière de la lune.


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