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Auteur : Samir Amghar
Date de saisie : 20/11/2011
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Michalon, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-84186-563-5
GENCOD : 9782841865635
Sorti le : 08/09/2011
Depuis les attentats du 11 septembre, les pouvoirs publics s'inquiètent de l'influence du salafisme en Europe et en Amérique du Nord. Ce mouvement fondamentaliste ne saurait pourtant se réduire à ses dérives terroristes. Il est désormais une référence pour une partie des musulmans qui vivent en Occident, puisqu'il propose une réponse aux questions morales, sociales et politiques que se posent les populations d'origine immigrée.
À la complexité du monde moderne, aux incertitudes morales et identitaires, aux difficultés sociales et économiques des quartiers de relégation, le salafisme oppose la voie des pieux ancêtres, ces premiers disciples du Prophète qui connurent un destin hors du commun. Ce n'est pas le moindre de ses paradoxes que de se prêter à une lecture générationnelle : en s'engageant dans l'étude du Coran et de l'arabe classique, les jeunes salafis prennent l'ascendant sur leurs pères illettrés et fondent ainsi une nouvelle identité sociale.
Cette enquête passionnante, menée sur deux continents à la lumière des travaux de Max Weber sur les sectes, reconstitue l'univers social et idéologique des groupes salafistes, en analysant leurs techniques de mobilisation et leur travail de socialisation auprès des jeunes.
Savoir Amghar est docteur en sociologie à l'EHESS. Il est chercheur au Centre d'études et de recherches internationales de l'université de Montréal et consultant au ministère suisse de la Défense.
C'est un ouvrage hybride que propose le chercheur Samir Amghar. Dans une même trame, ce spécialiste du salafisme présente une approche didactique des diverses branches de ce courant littéraliste et ultraorthodoxe de l'islam, et invite à une plongée vivante dans les milieux salafistes installés en Occident. Pour ce travail, mené principalement en France, Belgique et Suisse, le jeune homme a côtoyé les milieux salafistes, arborant l'apparence - barbe fournie et qamis ("longue chemise") - de ses sujets d'étude. Leur parole est éclairante. Ce mélange des genres donne un résultat plutôt convaincant...
L'approche sociologique est enrichie par la typologie que dresse l'auteur des différentes formes de cette pratique de l'islam, qui inquiète les sociétés occidentales.
Extrait de l'introduction
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les pouvoirs publics occidentaux s'alarment de l'influence du salafisme sur les pratiques religieuses des musulmans européens et nord-américains. Des librairies islamiques abritant un nombre important d'ouvrages de théologiens salafistes aux présentateurs charismatiques des chaînes satellitaires islamiques comme Iqraa, en passant par les tenues vestimentaires ultra-orthodoxes importées directement de la péninsule arabique (jilbâb, niqâb, qamîs), force est de constater que le salafisme tend à s'imposer comme la norme à partir de laquelle le musulman d'Occident doit juger sa pratique religieuse. Le mouvement a également défrayé l'actualité depuis quelques années. Même s'il reste minoritaire, il a gagné en visibilité : avec le Groupe islamique armé (GIA), le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), l'Armée islamique du salut, ce sont des organisations se revendiquant du salafisme qui ont été à l'origine des insurrections armées en Algérie durant la décennie 1990. Plus récemment, dans les Territoires occupés, c'est encore un groupuscule salafiste, Jund Ansar Allah (les soldats partisans d'Allah), qui s'est violemment opposé au Hamas, accusé de ne pas légiférer suffisamment au nom du Coran.
En Grande-Bretagne, la dynantique salafiste a pris une telle importance durant les années 1990 que Londres est devenu un pôle important de cette tendance en Europe. Néanmoins, sur l'ensemble des pays occidentaux, la France est sans doute le pays dans lequel elle est la plus active, depuis les attentats du RER B à Paris en 1995 et les actions du Gang de Roubaix la même année jusqu'aux jeunes volontaires partis en 2005 combattre les troupes américaines en Irak. La prégnance du phénomène est attestée par la multiplication des affaires liées à cette mouvance depuis plusieurs années : en novembre 2005, cent activistes avaient déjà été écroués dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, selon les chiffres présentés aux députés par le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy. On a également assisté, par presse interposée, à la neutralisation d'une «filière tchétchène» dans les banlieues lyonnaise et parisienne en 2002, au démantèlement du groupe de Farid Benyettou dans le 19e arrondissement de Paris en janvier 20053, à des arrestations ou identifications de volontaires partis en Irak en 2005, à l'arrestation en septembre 2005, dans les Yvelines, de militants proches du GSPC (mouvement armé algérien), dirigés par Safé Bourada, déjà impliqué dans les attentats de 1995 à Paris, à l'expulsion d'imams salafistes, ou encore à la création, en juin 2009, d'une mission d'information parlementaire sur le niqâb (voile facial).
Le salafisme connaît un réel écho auprès d'une partie des jeunes issus de l'immigration musulmane. De nombreuses études empiriques ont mis en évidence sa progression et son influence chez les musulmans d'Europe et d'Amérique du Nord, bien au-delà du cercle de ses sympathisants. Ceux-ci apparaissent ainsi comme des acteurs cardinaux de la réislamisation. Ils sont à la tête de nombreuses mosquées et de centres de formation islamique. Tandis qu'ils ne comptaient dans les différents pays européens et nord-américains que quelques dizaines d'adeptes au début des années 1990, ils disposent aujourd'hui d'une capacité de mobilisation s'élevant à plusieurs milliers de personnes.
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