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Auteur : Stephen Davis
Traducteur : Philippe Paringaux
Date de saisie : 26/10/2011
Genre : Musique, Chansons
Editeur : Mot et le reste, Marseille, France
Collection : Attitudes
Prix : 26.00 € / 170.55 F
ISBN : 9782360540310
GENCOD : 9782360540310
Sorti le : 22/09/2011
L'époque était satanique. Les facéties de Led Zeppelin n'étaient guère plus que les petits jeux sadiques de jeunes artistes anglais lâchés à travers les États-Unis avec leur esprit pervers et leurs ressources financières illimitées. Si les membres du groupe établirent un critère de dépravation, de mystique, de luxure et d'excès impossible à surpasser par tous les ensembles de rock qui allaient tenter de les imiter, dans la froide lumière du jour ils se montraient tous on ne peut plus aimables, presque des gentlemen. [...] Et il n'y avait aucun artifice. Ni entrée en scène, ni entracte, ni première partie obligatoire, ni chaussures à semelles compensées, ni mise en scène, ni danseuses, ni vaisseau spatial, ni sequins, ni baratin. Seulement quatre garçons et deux heures et demie de leur musique...
Jimmy Page, Robert Plant, John Paul Jones, John Bonham... Les quatre musiciens de Led Zeppelin ont enflammé et révolutionné le monde de la musique dans les années 1970. Entre histoire et rumeurs, scandales et chronique patiemment reconstruite, cet ouvrage retrace les grandes heures du Zeppelin, de l'adolescence de ses protagonistes et de la formation du groupe jusqu'à sa dissolution puis, en 1995, son inscription au Rock and Roll Hall of Famé qui permit de réunir de nouveau Jimmy Page et Robert Plant pour une tournée mondiale.
Stephen Davis est un journaliste musical américain, auteur de biographies réputées de plusieurs grands noms du rock (Jim Morrison, Aerosmith...).
OUVERTURE
Les malédictions, les effrayantes diffamations et les fâcheuses rumeurs à propos de Led Zeppelin commencèrent à circuler comme du sang empoisonné en 1969, pendant la troisième tournée américaine du quatuor de rock britannique. D'horribles récits se transmettaient à voix basse d'une clique de groupies à une autre tandis que Led Zeppelin mettait les villes à sac puis poursuivait tranquillement son chemin. Il est possible que ce soit Devon et Emaretta qui les aient entendues les premières, à New York ; elles téléphonèrent à la superbe Miss Pamela et aux autres GTOs de Los Angeles, peut-être aussi aux Plaster Casters de Chicago, et bientôt l'ensemble des courtisanes du rock, depuis le Tea Party jusqu'au Whiskey, se racontèrent les unes aux autres ces histoires... qui parlaient d'un Led Zeppelin se revigorant pendant ses tournées en buvant directement à la source des sécrétions vaginales ; d'un Led Zeppelin mangeant des femmes avant de jeter leurs os par les fenêtres; de filles tumescentes immergées avant le coït dans des baignoires pleines de haricots à la sauce tomate. À Los Angeles, au petit matin, des filles sortaient en titubant des hôtels du Sunset Strip et s'en retournaient répandre leur grotesque savoir dans Hollywood et la Valley, scabreux comptes rendus d'invocations et de gyromancie dans des suites d'hôtel éclairées à la bougie, récits de jeunes vierges déflorées en public sur des tables au cours de lubriques séances tenues dans des boîtes de nuit, de femmes battues, de magie sexuelle et d'orgies sans fin.
Elles racontaient la fille ivre qui, dans un hôtel de bord de mer de Seattle, avait laissé Led Zeppelin la rouer de coups avec un requin mort tandis que la caméra Super 8 de Vanilla Fudge filmait la scène. À la Nouvelle-Orléans, on racontait d'improbables histoires à propos du flirt de Led Zeppelin avec la flamboyante population de travestis du Quartier Français. Dans un documentaire intitulé Groupie, une fille vantait avec enthousiasme les prouesses qu'accomplissait le guitariste avec son fouet.
Les groupies racontaient à leurs petites soeurs. Les histoires se répandirent dans les lycées. Led Zeppelin avait un faible pour les sucreries. Led Zeppelin était dangereux.
Mais ces rumeurs-là n'étaient après tout pas si terribles, si l'on considère l'endroit et l'époque : les États-Unis, et plus particulièrement la Californie du Sud, en 1969. Nixon à la Maison-Blanche ; le génocide du Vietnam; Charles Manson tapi dans la Vallée de la Mort, frustré par l'industrie musicale et attendant d'envoyer un de ses commandos de hippies guerriers à Beverly Hills pour y tuer des producteurs de disques et les découper en morceaux. L'époque était satanique. Les facéties de Led Zeppelin n'étaient guère plus que les petits jeux sadiques de jeunes artistes anglais lâchés à travers les États-Unis avec leur esprit pervers et leurs ressources financières illimitées. Si les membres du groupe établirent un critère de dépravation, de mystique, de luxure et d'excès impossible à surpasser par tous les ensembles de rock qui allaient tenter de les imiter, dans la froide lumière du jour ils se montraient tous on ne peut plus aimables, presque des gentlemen.
Mais il était une autre chose que l'on chuchotait sans cesse à propos de Led Zeppelin, une chose plus sinistre encore que les vices auxquels pouvait s'adonner un groupe de rock à ses moments perdus. La pire des rumeurs était celle que toutes les filles du pays avaient entendue. Ne citez pas mon nom, disaient-elles (et continuent-elles de dire), mais Led Zeppelin a vendu son âme au diable en échange de son succès fulgurant, de son irrésistible charisme et de son incroyable fortune. Les filles y croyaient avec dévotion. À ce supposé marché faustien de Led Zeppelin avec Satan. Durant sa décennie entière de prédominance des années 1970, Led Zeppelin fut le plus grand groupe du monde, le vaisseau amiral d'une industrie musicale en pleine effervescence. Il y avait quelque chose de magique et de contre-nature dans l'ascension de Led Zeppelin vers la gloire. Le groupe ne pouvait pas y être arrivé tout seul, voilà ce que l'on disait.
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