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.. Une étoile aux cheveux noirs

Couverture du livre Une étoile aux cheveux noirs

Auteur : Ahmed Kalouaz

Date de saisie : 25/01/2012

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Rouergue, Arles, France

Collection : La brune

Prix : 12.80 € / 83.96 F

ISBN : 9782812602634

GENCOD : 9782812602634

Sorti le : 02/11/2011

Des deux rives de la Méditerranée, les voix et les sentiments de fils pour leurs mères s'abreuvent aux sources jumelles de l'amour et du respect.
Dans ces sentiments vécus «aux tripes», nul besoin d'une culture commune, d'un parcours braconnant sur les mêmes chemins, l'émotion est un sentiment universel qui se décline dans toutes les langues, sous toutes les latitudes où brille le feu de l'amour filial.
Dans son dernier livre, «Une Etoile aux cheveux noirs» paru aux éditions du Rouergue, Ahmed Kalouaz parcourt, à mobylette, de Bretagne jusqu'aux portes de Grenoble, un chemin d'amour vers son étoile qui lentement s'éteint.
Son père, endormi pour l'éternité dans le village algérien qu'il quitta pour la France à l'aube des années 50, partait travailler au guidon d'une mobylette bleue. Ce père, héros d'un précédent récit comme il s'en lit rarement sur le thème des relations père-fils «Avec tes mains» (Editions du Rouergue, 2009) habite encore en creux ce livre émouvant, imprégné d'amour pour une mère et une femme que la vie n'aura pas épargnée.
Sur la mobylette de son père, à hauteur d'homme et de coeur, Ahmed Kalouaz prend la route buissonnière, celle qui convoque les souvenirs et s'ouvre aux autres, en simplicité et en attention.
La brume ne s'invite pas seulement dans les plis des paysages traversés, elle cueille aussi le lecteur en lisière de paupières tant est soyeuse l'écriture et profonde l'humanité d'Ahmed Kalouaz.
«On reconnait le bonheur au bruit qu'il fait en partant», Ahmed Kalouaz a voulu écouter et entendre encore une fois le doux murmure de l'amour filial, le bonheur de retrouver, au bout d'un chemin d'humanité et à l'hiver d'une vie maternelle, un sourire sur un visage fatigué s'ouvrant sur une pièce «où d'anciens parfums d'épice et de miel doivent l'attendre».


  • Les présentations des éditeurs : 17/10/2011

Aux portes de l'automne, un homme entreprend un lent voyage à mobylette à travers la France, d'un port de Bretagne jusqu'à Grenoble. Au bout de la route, sa mère. Sera-t-elle là pour lui ouvrir la porte ? Descendue d'un bateau à Marseille dans les années cinquante, une valise à la main et de l'autre un enfant, elle va subir à 84 ans un dernier déracinement. L'appartement dans lequel elle vit depuis quarante ans, au huitième étage d'une cité, doit être rasé, et tous ses souvenirs emportés dans des cartons.
Le long de ces mille kilomètres, le fils remonte le cours de l'histoire de sa mère. L'enfance confisquée, les premiers taudis lors de l'arrivée en France, le racisme mais aussi les parfums épicés de sa cuisine, l'amour porté à ses quatorze enfants.
A cette mère illettrée, dépossédée dès l'enfance de son destin, Ahmed Kalouaz écrit une lettre bouleversante et pudique. Après l'évocation de son père dans Avec tes mains (Rouergue 2009, prix Beur FM - Méditerranée, prix Léo Ferré), il poursuit l'exploration de sa mémoire familiale, semblable à celle de nombreux Français descendants d'immigrés.

Né en 1952 en Algérie, Ahmed Kalouaz vit dans le Gard. Il a publié une vingtaine de livres, nouvelles, romans, théâtre, pour les adultes et la jeunesse. Il intervient dans des lectures publiques, en atelier d'écriture ou de parole, notamment en prison.


  • Les courts extraits de livres : 17/10/2011

Quitter le pays

Là-bas, au pays minier, nous avions l'âme charbonnière, même les mésanges portaient ce nom. Et l'hiver venu, les oiseaux se prenaient le plumage aux pièges du givre, dans ce minuscule hameau accoudé aux puits et aux chevalements, à La Mure, en Isère, là où tout a commencé. Notre vie ici, la vôtre, nouvelle, inconnue et incertaine. Près de la petite maison du hameau de Simane, se dressait, attenante, une petite chapelle. C'est là qu'en apprenant à lire, j'ai déchiffré pour la première fois une phrase entière. Une inscription au-dessus de la porte d'entrée. «Cherchez Dieu en toute chose.»
Mais cette étrange formule ne pesait finalement pas lourd face à l'attrait procuré par la bergerie voisine. Il suffisait de descendre une marche ou deux pour se retrouver nez à nez avec un troupeau de moutons retenus là par la nuit, ou par les grands froids. Un bélier aux cornes impressionnantes venait se faire caresser le museau et quémander un quignon de pain, si précieux à cette époque. Un jour viendrait où il faudrait pourtant manger ces compagnons de jeu.

Depuis ces premiers frimas, frêles souvenirs, le soleil a passé sa langue chaude dans ton cou, pris quelques secrets au passage, un parfum d'enfance, emporté ton coeur vers l'automne. Tu as vieilli et ton visage est un miroir pour moi. Fleur fragile, précieuse, tu es devenue au fil du temps ce sourire fatigué qui savait jadis calmer une angoisse, une faim inassouvie. La nuit venue nous appelions pour trois gouttes de lait, affamés ou perclus de peur, chacun à sa manière. Peur de l'abandon, de la place prise par un autre plus jeune que nous. Le soleil s'est posé tant de fois sur ton épaule, ainsi la vie va, la nôtre après la tienne. Bien souvent dans les arbres nous emportions des semblants de rêve, des bouts de révolte, des mots pour faire de nous un jour de beaux parleurs. Le soleil a parsemé les heures, il ne faut plus s'étonner de voir le temps faire son oeuvre. Ton visage d'abord, finalement marqué mais si peu, au regard des épreuves, puis les mêmes phrases qui se succèdent, parce que la mémoire fait place au vide. Tu redis cinq ou six fois la même chose, des faits récents ou revenus de l'enfer. Un monde que tu nommes malgré tout avec bienveillance, alors qu'il fut longtemps celui des lessives à l'eau froide, des nuits de veille au chevet de ton chapelet d'enfants, de ta remuante ribambelle.


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