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Auteur : Pascal Quignard
Date de saisie : 25/04/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 978-2-07-078479-0
GENCOD : 9782070784790
Sorti le : 06/10/2011
En Bretagne, de nos jours, près de Dinard, une femme d'une quarantaine d'années retrouve par hasard le professeur de piano de son enfance.
Cette femme âgée lui propose de venir habiter chez elle. Petit à petit, elle se réinstalle dans la petite ville où elle a vécu autrefois, retrouve son premier amour, se lie comme jamais elle ne l'avait fait avec son frère plus jeune, redécouvre les lieux, les chemins, les roches, se passionne pour la nature, le mer. Soudain, un jour, sa fille, qu'elle n'avait plus vue depuis des années, revient vers elle.
De façon polyphonique, tous les personnages qui la côtoient (un prêtre, la bonne du professeur de piano, son frère Paul, un cultivateur, la factrice, un cousin qui vit près de là, la conductrice du car de ramassage scolaire, la masseuse de la thalassothérapie, sa fille Juliette) évoquent cette femme dont la destinée paraît de plus en plus étrange. Chacun a son interprétation. Chacun essaie de comprendre les rapports troublants, mystérieux, silencieux, sauvages que Claire se met à entretenir avec sa famille, l'amour, la falaise, le ciel, les oiseaux, l'origine.
Romancier, poète et essayiste, Pascal Quignard est né en 1948.
Après des études de philosophie, il entre aux Éditions Gallimard où il occupe les fonctions successives de lecteur, membre du comité de lecture et secrétaire général pour le développement éditorial. Il enseigne ensuite à l'Université de Vincennes et à l'École Pratique des Hautes Études en Sciences Sociales. Il a fondé le festival d'opéra et de théâtre baroque de Versailles, qu'il dirige de 1990 à 1994.
Par la suite, il démissionne de toutes ses fonctions pour se consacrer à son travail d'écrivain. L'essentiel de son oeuvre est disponible aux Éditions Gallimard, en collection blanche et en Folio.
Pascal Quignard, loin de Tous les matins du monde, signe une grande intrigue familiale en Bretagne sur le mystère du lien...
Et d'autres apparitions et disparitions viendront rythmer Les Solidarités mystérieuses - quel beau titre ! Dans une écriture tenue et très élégante, l'auteur de Tous les matins du monde tente de percer l'énigme des liens entre les individus (et les animaux, à l'occasion), par essence insaisissable. Et il nous livre une leçon de contraction romanesque.
Portrait d'une femme brûlante ; réflexion sur les liens indestructibles ; hommage à la nature. Les Solidarités mystérieuses sont une longue épure. Pascal Quignard y retrouve le thème du dépouillement. Ses personnages désirent s'alléger du poids de la civilisation. Claire Methuen a été quittée (ses parents sont morts dans un accident de voiture alors qu'elle avait 9 ans) puis a quitté (elle ne voit plus son mari et ses deux filles). Elle se cherche et se trouve dans l'immensité des lieux...
Les Solidarités mystérieuses sont un roman sensuel, sec, sauvage.
Les Solidarités mystérieuses, dernier roman de Pascal Quignard, engage une polyphonie qui trouble les identités et les certitudes...
Quignard possède un talent unique : se répétant, il ne se répète jamais. Depuis plusieurs années déjà, il tient différentes rênes, et son char ne se renverse pas. D'un côté, il y a «Dernier royaume», dont il a publié en 2009 le sixième tome, La Barque silencieuse. (S'y ajoutent de courts textes, comme des blocs de marbre séparés de ces grandes falaises : Medea, ou Boutès.) De l'autre côté, il y a des romans contemporains, comme L'Occupation américaine ou Les Escaliers de Chambord, ancrés dans une époque, faussement classiques, véritablement ambigus. Villa Amalia donnait déjà la parole à une femme qui cherchait à fausser compagnie à tout le monde ; Les Solidarités mystérieuses reprennent cette même veine, en la rendant plus apparente encore. Qui est vraiment Claire ? «Marie-Claire, ou Claire, ou Clara, ou Chara.» Le roman se construit comme une déconstruction de toutes les identités ; et cette déconstruction n'est visible que par la multiplication des voix. Chacun a son mot à dire, et chacun le dit : le récit se divise dès lors en autant de focalisations,
L'hypothèse implicite du roman, ce qui lui donne son élan et son mouvement, c'est que les liens de la famille, ou ceux de la nature, ne comptent pour rien dans le destin des personnes - ou pour pas grand-chose. Que seule importe cette «solidarité mystérieuse», «lien sans origine dans la mesure où aucun prétexte, aucun événement, à aucun moment, ne l'avait décidé ainsi». On peut avoir lu des dizaines de livres de Pascal Quignard, l'effet d'étonnement, qui frise parfois l'angoisse, on le ressent à chaque fois. Ce qui le produit (singulièrement dans les romans) passe par les irrégularités formelles concertées du récit : brusques accélérations de la narration ou au contraire grands blancs et silences, ellipses, changements impromptus du temps des verbes... Mais ce qui agit avec le plus de force, c'est une intense mélancolie : celle qui préside à la vision du monde et des êtres de l'écrivain. Une mélancolie qui n'a certes plus la force négative qu'elle avait dans Le Lecteur (1976), premier et bouleversant récit de l'écrivain, matrice secrète de l'oeuvre, mais qui se déploie encore ici avec toutes ses sombres, et lourdes, et superbes draperies.
Il y a de l'inquiétude, un sentiment d'intense et alarmante étrangeté, mais aussi de la douceur et une forme d'apaisement à suivre au fil des pages du roman le processus de dénuement dans lequel Claire s'est engagée - sa dissolution, identité, corps, âme et mémoire, dans ce décor fait de pierre, de landes, de bois et d'eau mêlés. Une capitulation qui est aussi un dénouement : une résolution des conflits, un relâchement des tensions, un abandon de soi. Que le romancier orchestre en une succession d'épiphanies - instants limpides, sensuels et immobiles, extraits du cours du temps, contemplatifs comme des moments de prière...
Sous des dehors extrêmement concrets (descriptions minutieuses de la nature, lents travellings sur un visage, un corps, un geste quotidien) et terriblement romanesques (secrets de famille, jalousies amoureuses...), c'est un roman profondément méditatif et recueilli, irrigué de mystère, que nous offre à lire Pascal Quignard. Une fiction d'une sobre beauté, d'une profondeur entêtante, qui s'inscrit avec une évidence saisissante dans l'oeuvre d'un écrivain dont l'hétérogénéité n'est qu'apparente.
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