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Auteur : Elena Bonner | André Glucksmann
Date de saisie : 07/10/2011
Genre : Philosophie
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Littérature
Prix : 21.90 € / 143.65 F
ISBN : 9782268071947
GENCOD : 9782268071947
Sorti le : 02/10/2011
Deux Juifs ayant échappé à la mort pendant la Seconde Guerre mondiale discutent à coeur ouvert. Une femme et un homme, deux générations. Elle fut infirmière dans l'Armée rouge ; lui, enfant traqué, a subi l'occupation nazie en France. Elle a vécu à l'Est, lui à l'Ouest. Ensemble, ils évoquent les grands sujets d'actualité et les relations internationales, questionnent l'évolution de la démocratie, examinent l'exemple de la dissidence anticommuniste d'hier et antipoutinienne d'aujourd'hui, s'inquiètent de l'ascension du terrorisme, du nihilisme et d'un nouveau type d'antisémitisme, s'interrogent sur l'avenir d'Israël et de la Palestine.
Elle, c'est Elena Bonner, médecin, infatigable militante des droits de l'homme, qui fut la compagne d'Andreï Sakharov (prix Nobel de la paix). Lui, c'est André Glucksmann, philosophe engagé, au risque de déplaire. Deux Juifs laïques, avides d'universel et peu soucieux des tabous, qui retracent ici leur destin hors du commun et partagent leurs découvertes, leurs combats, leurs erreurs et leurs conversions.
Leur dialogue a été initié par Galia Ackerman, journaliste et essayiste, qui a recueilli et traduit ces propos.
En guise d'avant-propos
COMMENT CE LIVRE EST NÉ
Par Galia Ackerman
Le sort m'a donné le privilège de connaître personnellement beaucoup de grands de ce monde. Fin 1985, l'écrivain russe Vladimir Maximov me proposa de travailler à l'Internationale de la Résistance (dont il était le directeur exécutif), une organisation qui regroupait plusieurs associations d'émigrés politiques en provenance de pays totalitaires : Union soviétique, Cuba, Pologne, Chine, Cambodge, Vietnam, Bulgarie, etc. À l'époque, une partie de l'intelligentsia française était antitotalitaire et anticommuniste : les grandes «actions» que nous organisions jouissaient du soutien de personnalités telles que Eugène Ionesco, Elie Wiesel, Simone Veil, Yves Montand, Simone Signoret, André Glucksmann, Bernard-Henri Lévy, Milovan Djilas, Annie Kriegel, Branko Lazitch, Jean-François Revel, Pierre Daix, Marco Panella, Marek Halter et tant d'autres.
Au fil des années, André Glucksmann est devenu un ami proche. A l'époque soviétique, nous avons milité, avec nos amis dissidents Vladimir Boukovski, Léonid Pliouchtch, Edouard Kouznetsov, Alexandre Guinzbourg et d'autres, qui s'étaient retrouvés en Occident après de longues années passées en prison ou à subir des traitements psychiatriques forcés à l'asile. Nous nous sommes battus pour des prisonniers politiques détenus dans des camps soviétiques ; pour les libertés en URSS, notamment le droit à l'émigration (c'était l'époque des refuzniks, ces Juifs soviétiques qui aspiraient à partir en Israël) ; pour la libération de l'académicien Andreï Sakharov, assigné à résidence à Gorki ; pour le retour des Tatars de Crimée déportés de leur terre natale sous Staline ; contre l'invasion soviétique de l'Afghanistan dont nous ressentons à ce jour les lourdes conséquences ; et pour bien d'autres causes.
À la fin de la période gorbatchévienne et après l'éclatement de l'URSS, nous avons cru, pendant une courte période, que la Russie allait connaître un développement démocratique. À l'exception, peut-être, de ce grand pessimiste de Boukovski, nous étions tous éblouis par la liberté de la presse, par l'ouverture des archives, par l'ébullition d'une société avide de découvrir son passé et d'instaurer le multipartisme et l'économie de marché. Le combat que nous avions mené à l'époque soviétique semblait appartenir définitivement au passé. Beaucoup d'entre nous ont même «gobé», en 1993, l'assaut de la «Maison Blanche» (siège du Parlement) par des unités fidèles au président Eltsine pour mettre fin à l'insurrection des députés procommunistes. Nous ne savions pas que cet épisode marquait le début de la dérive autoritaire du régime russe. Ce fut ensuite la première guerre de Tchétchénie, déclenchée par le gouvernement de Moscou en 1994 ; les assassinats d'opposants ou de personnalités indépendantes comme Vladislav Listiev (1995) ou Galina Starovoïtova (1998) ; la distribution par le gouvernement des fleurons de l'industrie russe à une poignée de nouveaux riches ; la réélection truquée du président Eltsine en 1996, pour ne citer que quelques grands événements marquants survenus avant même l'arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir et qui incitèrent une partie des nôtres à déchanter.
André Glucksmann fut de ceux-là, particulièrement ému par la guerre qu'un petit peuple montagnard, les Tchétchènes, a livrée pour son indépendance, et indigné par la cruauté indicible de la répression russe. Ensemble, nous avons rencontré plusieurs officiels du gouvernement indépendantiste tchétchène de passage à Paris, rédigé des lettres, soutenu des réfugiés. Plus généralement, la maison d'André et de sa femme Fanfan - des passionnés de la Russie de Pouchkine et de Soljénitsyne - fut et reste toujours ouverte aux opposants au régime de Poutine, aux Tchétchènes, aux intellectuels et journalistes russes, aux démocrates ukrainiens et géorgiens. À la différence de plusieurs autres personnalités médiatiques qui composèrent avec le régime russe ou se désintéressèrent de lui, André a gardé la flamme de sa jeunesse : il est toujours prêt à défendre les libertés en Russie, à soutenir les révolutions démocratiques dans les ex-républiques soviétiques, à clamer haut et fort son soutien à Mikhaïl Saakachvili, le président géorgien pro-occidental qui a réussi l'exploit de vaincre la corruption dans son petit pays et de braver «l'Empire du Nord» (son expression) ayant amputé à la Géorgie 20 % de son territoire. À ce jour, lorsque je fais la connaissance d'un Russe intéressant, je lui fais toujours rencontrer André. Par exemple, dès son premier séjour à Paris, en mai 2000, à l'occasion de la sortie en France de son premier livre - que j'ai traduit -, j'ai amené chez André et Fanfan Anna Politkovskaïa, qui allait devenir elle aussi une chère amie.
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