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.. Les vélos de Bollo

Couverture du livre Les vélos de Bollo

Auteur : Jacques Bollo | Éric Fottorino

Date de saisie : 13/09/2011

Genre : Arts

Editeur : Gaussen, Marseille, France

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 9782356980380

GENCOD : 9782356980380

Sorti le : 29/08/2011

  • Les présentations des éditeurs : 15/10/2011

«On ne monte pas à bicyclette.
On devient la bicyclette.
On devient un de ces vélos de Bollo, épingle, cabossé, mais vivant.»

Éric Fottorino

Enfants, l'écrivain Éric Fottorino et le peintre Bollo rêvaient de devenir champions cyclistes. Depuis, la passion du vélo n'a cessé d'inspirer leur oeuvre. Ils étaient donc destinés à se retrouver. C'est ce rendez-vous qui fait l'objet de ce livre.

Journaliste spécialisé en économie, Éric Fottorino a été directeur du Monde entre 2007 et 2011. Auteur de nombreux romans, il a obtenu le Prix Fémina en 2007 pour Baisers de cinéma.
Cycliste endurci, il a couru en 2001, à 41 ans, les six étapes du Midi Libre aux côtés des professionnels. Auteur d'un Petit éloge de la bicyclette, il fait partie, avec Antoine Blondin, Louis Nucéra ou Jean-Louis Ezine, de la confrérie des écrivains amoureux de la Petite Reine.

Né à Monaco en 1931, Jacques Bollo a fréquenté l'Atelier des Beaux Arts de Venise et l'atelier d'André Lhote à Montparnasse, puis il s'est installé à Sommières, dans le Gard. Ayant commencé dans l'abstraction, il est revenu à la figuration, faisant du vélo l'un de ses thèmes favoris. Pour lui, le vélo, symbole de la liberté, est un objet merveilleux. Il le montre, l'analyse, le démonte, l'écartèle... lui fait subir toutes sortes d'avanies et de métamorphoses. Des peintres célèbres (Fernand Léger ou Hélion) ont représenté des vélos, mais aucun, avant lui, n'en avait fait, pour la postérité, un sujet noble de la peinture - comme Cézanne avec ses pommes ou Morandi ses bouteilles. Grâce à lui, comme l'écrit Fottorino : «Les coureurs passent, les vélos restent...»

Le tandem Bollo-Fottorino séduira tous ceux - randonneurs du dimanche ou amateurs de compétition - qui, une fois dans leur vie, se sont pris pour Fausto Coppi.


  • Les courts extraits de livres : 15/10/2011

Les coureurs passent, les vélos restent

Par Eric Fottorino

Lorsqu'on demandait au grand Fausto Coppi pourquoi, à presque 40 ans, il continuait de martyriser sa longue carcasse dans les pelotons de jeunots, pourquoi il supportait de terminer parmi les «etc.» dans les courses qu'il avait jadis dominées de la casquette et des épaules, il répondait en désignant d'un coup de menton une petite reine impérieuse, maîtresse indétrônable de son existence de «campionissimo». Une bicyclette qui avait fini par porter son nom, Coppi, cinq lettres d'or pour la gloire inscrites le long du tube vertical de sa bécane.
À contempler les oeuvres cyclistes de Jacques Bollo un nom qui rime avec Fausto -, une pensée métaphysique, ou vélosophique, nous traverse l'esprit à la vitesse d'un champion sans repos : les coureurs passent, les vélos restent. C'est ce qui frappe devant les toiles de Bollo consacrées à cette invention de liberté et peut-être libertaire que constitue la bicyclette.
A première vue, ses vélos ont quelque chose de froid et décharné, presque inquiétant. D'abord parce qu'il y manque le chaînon manquant : le cycliste. Mais surtout parce qu'ils constituent une épure, un écorché, une quintessence métallique. On dirait qu'ils n'ont que la peau sur les os... disons le vernis sur les haubans. C'est à peine si dépassent un câble de frein, une manette de vitesse du temps béni et bientôt héroïque où le changement de pignon était affaire de doigts et de doigté. Ces vélos réduits à leur plus simple expression (l'artiste a-t-il obtenu leur accord pour qu'ils posent nus ?), ces vélos donc relèvent de la quadrature du cercle, ou plutôt du triangle. Ils offrent au regard une géométrie pure et parfaite, les angles sévères du cadre abolissant leur pointu dans la rotondité des roues, des pneus et boyaux, ronds comme le monde, comme la terre sur laquelle on pédale en tournant les jambes autour d'un plateau pour boucler la boucle.
Il se dégage de ces postures vélocipédiques une grâce singulière née de l'humilité. Ces bécanes se présentent sans apparat, dans le dépouillement, le dénuement, dépourvues d'apprêt et de maquillage. On pourrait dire : dans le plus simple appareil. Ce sont des petites reines sans façon mais non sans contrefaçon. Bec de selle en l'air, selle carrément tournée ou qu'on imagine gondolée, guidon de traviole, roues avant détachée quand ce n'est pas le vélo en entier qui est suspendu en l'air comme pièce de viande à un croc de boucher. Le sang n'est pas loin. Des combats ont eu lieu, contre les kilomètres, contre les pentes, contre le vent, contre l'usure des jours qui frappe le maître et son chien, le coureur et sa monture. À examiner le vélo quand il a pris l'air d'un insecte éparpillé, cocottes de frein bayant aux corneilles, on devine à quoi ressemblait son usager. Un jeune coursier fringant, un vieux rémouleur bedonnant, un curé ingambe, une ancienne jouvencelle devenue grand-mère, et puis la Paulette de la chanson quand on partait sur les chemins, à bicyclette. Les vélos ici accrochés au temps qui passe, rangés des vélos comme on dirait des voitures, ces vélos ne racontent pas tant leur vie que celle des cyclistes qui les ont aimés. Même s'ils ne tournent plus bien rond, même s'ils ne tournent plus du tout ou presque, esquintés du bitume, relégués de la modernité, bornes-témoin d'époques révolues ou d'anciennes vélorutions à présent silencieuses : la pompe à pied a discrètement supplanté la bonne vieille pompe manuelle à huile de coude, la clé Allen a disqualifié la clé de 12, et voilà notre vélo tout retourné...


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