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.. Claude Simon, une vie à écrire

Couverture du livre Claude Simon, une vie à écrire

Auteur : Mireille Calle-Gruber

Date de saisie : 09/11/2011

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Biographies-Témoignages

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 9782021009835

GENCOD : 9782021009835

Sorti le : 05/09/2011

  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2011

Écrire une biographie est une chose étrange et sans fin. C'est toucher à du secret - et Claude Simon, prix Nobel de littérature en 1985, était un homme singulièrement secret.
Il faut, entre enquête et fiction, vigilance et intuition, faire que le langage et ses images s'emparent de la pensée, et que nous parvienne l'héritage d'une magistrale leçon de littérature et de vie.
Car la plus grande fidélité aura été, peut-être, que cette biographie de Claude Simon soit, résolument, comme lui-même le fut, du côté du vivant.

Mireille Calle-Gruber

MIREILLE CALLE-GRUBER est Professeur des Universités à la Sorbonne Nouvelle-Paris 3. Elle a publié une vingtaine de livres sur la littérature française contemporaine. Elle est l'auteur également de cinq romans. Elle travaille depuis de nombreuses années sur l'oeuvre de Claude Simon et a notamment collaboré à son édition dans la Pléiade, chez Gallimard.



  • La revue de presse Alexandre Fillon - Lire, novembre 2011

Universitaire et romancière, Mireille Calle-Gruber a connu Claude Simon pendant les seize dernières années de sa vie. Une amitié qui ne l'a pourtant pas fait céder à la tentation de l'hagiographie. L'imposante biographie qu'elle consacre aujourd'hui au Prix Nobel de littérature 1985 vient éclairer avant tout avec une rare acuité une oeuvre qui représente pour elle "une magnifique leçon de littérature et de vie, et qui mieux qu'un essai philosophique explore dans la chair des phrases et la tension extrême des vocables appelés à la ligne les apprentissages du vivre et du mourir"...
Une oeuvre que l'on n'a pas fini de relire et à laquelle le travail documenté et passionnant de Mireille Calle-Gruber peut servir de porte d'entrée idéale.


  • La revue de presse Nadine Satiat - le Magazine Littéraire, novembre 2011

Compacte, intense, grave, nuancée, précise, cette première biographie de Claude Simon, bourrée de documents inédits et de citations, est un livre complexe : à la fois récit très sobre d'une vie tôt marquée par les deuils et les épreuves, où l'écriture s'est imposée comme une raison de vivre, interrogation d'une oeuvre autobiographique où le «vécu» cependant ne préexiste pas à son écriture, et description concrète et minutieuse de l'évolution d'une pratique romanesque parfaitement singulière. Pour avoir bien connu l'écrivain dans les quinze dernières années de sa vie, sa réserve, son mépris du tapage et de toute compromission, Mireille Calle-Gruber savait que Claude Simon aurait apprécié qu'elle écrive ce livre, profondément empathique et sérieux.


  • La revue de presse Josyane Savigneau - Le Monde du 26 octobre 2011

Nobélisé en 1985, "pléiadisé", et pourtant toujours mal connu, trop peu lu, et détesté par ceux qui applaudissent à tous les fielleux articles de presse, qui est donc Claude Simon (1913-2005) ? Comment expliquer le sort étrange de l'un des meilleurs écrivains français de la seconde moitié du XXe siècle ?...
On comprend encore mieux tout cela grâce à cette première biographie de Simon, sous-titrée "Une vie à écrire". Mireille Calle-Gruber a fait un travail précis, documenté, une enquête minutieuse - elle a eu aussi accès aux archives privées de Claude Simon. Ce n'est pas une hagiographie, mais un exercice d'admiration et d'empathie...
L'"inlassable réancrage du vécu" est le propos de cette biographie, dont le premier mérite, qui prouve sa qualité, est de donner envie de lire Claude Simon.


  • La revue de presse Francine de Martinoir - La Croix du 28 septembre 2011

A quelle distance doit se placer le biographe qui veut évoquer la vie et les textes d'un écrivain ? À l'opposé des simples comptes rendus de faits et gestes, de la vie extérieure d'un créateur, qui laissent justement de côté «les sentiers de la création», ce rapport singulier, si difficile à cerner, entre le vécu du romancier et ses fictions, l'ouvrage de Mireille Calle-Gruber est une démonstration magistrale de ce que doit être une biographie réussie : une exploration intérieure, s'approchant au plus près du mystère d'une oeuvre, du secret d'une vie, grâce à des passerelles entre le vécu et l'écrit. Mireille Calle-Gruber a connu Claude Simon durant les seize dernières années de sa vie, au moment où il atteignait vraiment la célébrité - prix Nobel en 1985, il est mort en 2005 - et elle a instauré alors avec lui un dialogue d'autant plus riche et passionnant qu'elle se promène en même temps dans ses pages comme dans une terre familière.


  • La revue de presse Baptiste Liger - Lire, septembre 2011

Alliant brillamment les faits biographiques et l'analyse des textes, cette spécialiste du nouveau roman revient sur la carrière du cousin minimaliste de Proust et de Faulkner...
Outre la qualité du travail biographique, on appréciera la présence de deux cahiers iconographiques contenant des photos d'époque et, surtout, des fac-similés des curieux manuscrits colorés de Claude Simon illustrant la prépondérance de l'image dans son oeuvre littéraire, décidément visionnaire et à redécouvrir...


  • La revue de presse Philippe Sollers - Le Nouvel Observateur du 8 septembre 2011

Les écrivains doivent-ils craindre leur biographie posthume ? La plupart, sans doute, mais pas celui qui a fait de sa vie une écriture permanente, continuée malgré tous les obstacles sociaux. Une bonne biographie ? En voici une, passionnante, fouillée, précise, qui démontre la force de la littérature pour la compréhension de l'Histoire. Les historiens peuvent raconter l'Histoire, un romancier, lui, la vit.


  • Les courts extraits de livres : 10/09/2011

1. LE SURVIVANT

Madagascar, Tananarive, 10 octobre 1913. La naissance de Claude ne vient pas seulement combler l'attente du couple que forment le capitaine Louis Simon, du 24e régiment d'infanterie coloniale (RIC), et Suzanne Denamiel, époux depuis le 8 février 1910, après quatre années de fiançailles. Cette naissance les console du deuil d'un premier enfant, un garçon, prénommé Claude, déjà. Mort du croup.
Le fait est inconnu, l'état civil de Madagascar (est-ce oubli ? est-ce perte ? ce ne sera pas, on le verra, la seule lacune administrative) ne l'a pas enregistré. Mais les notes personnelles de Claude Simon, et le témoignage de Réa, sa femme, à qui il s'était confié, l'attestent : «Il porte à sa naissance le nom d'un mort. Usurpation d'identité», écrit-il le 7 mars 1981 dans ses notes personnelles, insistant sur le fait que «longtemps la pensée de ce frère dont il porte le nom» l'aura hanté. Jusque dans certains récits de rêves qu'il a retranscrits et conservés.
Survivant, Claude l'aura été à plus d'un titre. D'abord, de ce frère aîné, l'homonyme disparu qu'il substitue. Puis du père, mort au champ d'honneur - il a tout juste dix mois -, dans l'hécatombe de 1914, le 27 août. Mort dont on ne cessera de lui faire le récit héroïque. Puis de la mère qui succombe à un cancer, le 5 mai 1925, alors qu'il est dans sa douzième année, le laissant seul, tragique descendant d'une famille fantomatique et le dernier porteur du nom des Simon qui ont fait souche à Arbois, Jura.

Ainsi, dès les commencements, Claude aura été l'enfant des temps d'urgence, de la vie brève arrachée à la mort, à une époque où le devoir-mourir de l'humaine condition se double du devoir-de-mourir, pour la patrie, la liberté, l'honneur. Et comment aurait-il pu échapper à la violence de la mémoire, alors que, bambin de six ans, sa mère l'entraîne à sa suite, sitôt la guerre finie, dans une région de ruine et de dévastation, aux confins de la France et de la Belgique, dans les parages de Stenay, Laneuville-sur-Meuse, puis vers la forêt de Jaulnay, à la recherche de la tombe de l'époux et du père, sur les lieux de combats où la vie est assignée au deuil ? Ce voyage de l'Apocalypse, il en fera le récit soixante-dix ans après, comme si c'était hier, à l'ouverture de L'Acacia, avec une puissance hallucinatoire qu'anime le souffle de la prose épique.
Et plus tard, sur la route des Flandres, il est une fois encore le survivant de son régiment anéanti lors de l'offensive allemande de mai 1940 ; survivant, lui qui est mobilisé le jour anniversaire de la mort du père, le 27 août 1939, et qui marche dans ses pas, la géographie de la Seconde Guerre mondiale recouvrant la géographie de la Première - la «Grande» -, lui qui s'attend à être abattu d'un moment à l'autre : «Maintenant. Maintenant. Maintenant...»
Tous sont partis, aucun, presque, n'est revenu.
Cet événement - ou plutôt ce non-événement : qu'il ne meurt pas - aura mis toute une vie à lui arriver. Une vie d'écrivain passée à écrire la vie après la mort qui ne l'atteint pas, et qui le tient au travail d'anamnèse, des jours des années des pages de labeur.
Claude Simon sera à jamais le cavalier du désastre de la route des Flandres. Comme réengendré par le retour de l'Histoire qui, se répétant, s'inverse et le voue à son histoire familiale par l'expérience de la mort imminente, de la guerre et de la captivité. Il lui faudra vingt ans - vingt années durant lesquelles il ne cesse pas de ne pas écrire La Route des Flandres -, avant qu'il puisse donner forme à ce roman qui chemine en lui cependant qu'il publie six livres, de 1945 à 1958. Et après avoir publié La Route des Flandres, en 1960, il ne cessera plus d'écrire encore la route des Flandres, reprenant en des constellations textuelles différentes, dans ses livres suivants, le récit chaque fois unique de cette «m


  • Les courts extraits de livres : 10/09/2011

1. LE SURVIVANT

Madagascar, Tananarive, 10 octobre 1913. La naissance de Claude ne vient pas seulement combler l'attente du couple que forment le capitaine Louis Simon, du 24e régiment d'infanterie coloniale (RIC), et Suzanne Denamiel, époux depuis le 8 février 1910, après quatre années de fiançailles. Cette naissance les console du deuil d'un premier enfant, un garçon, prénommé Claude, déjà. Mort du croup.
Le fait est inconnu, l'état civil de Madagascar (est-ce oubli ? est-ce perte ? ce ne sera pas, on le verra, la seule lacune administrative) ne l'a pas enregistré. Mais les notes personnelles de Claude Simon, et le témoignage de Réa, sa femme, à qui il s'était confié, l'attestent : «Il porte à sa naissance le nom d'un mort. Usurpation d'identité», écrit-il le 7 mars 1981 dans ses notes personnelles, insistant sur le fait que «longtemps la pensée de ce frère dont il porte le nom» l'aura hanté. Jusque dans certains récits de rêves qu'il a retranscrits et conservés.
Survivant, Claude l'aura été à plus d'un titre. D'abord, de ce frère aîné, l'homonyme disparu qu'il substitue. Puis du père, mort au champ d'honneur - il a tout juste dix mois -, dans l'hécatombe de 1914, le 27 août. Mort dont on ne cessera de lui faire le récit héroïque. Puis de la mère qui succombe à un cancer, le 5 mai 1925, alors qu'il est dans sa douzième année, le laissant seul, tragique descendant d'une famille fantomatique et le dernier porteur du nom des Simon qui ont fait souche à Arbois, Jura.

Ainsi, dès les commencements, Claude aura été l'enfant des temps d'urgence, de la vie brève arrachée à la mort, à une époque où le devoir-mourir de l'humaine condition se double du devoir-de-mourir, pour la patrie, la liberté, l'honneur. Et comment aurait-il pu échapper à la violence de la mémoire, alors que, bambin de six ans, sa mère l'entraîne à sa suite, sitôt la guerre finie, dans une région de ruine et de dévastation, aux confins de la France et de la Belgique, dans les parages de Stenay, Laneuville-sur-Meuse, puis vers la forêt de Jaulnay, à la recherche de la tombe de l'époux et du père, sur les lieux de combats où la vie est assignée au deuil ? Ce voyage de l'Apocalypse, il en fera le récit soixante-dix ans après, comme si c'était hier, à l'ouverture de L'Acacia, avec une puissance hallucinatoire qu'anime le souffle de la prose épique.
Et plus tard, sur la route des Flandres, il est une fois encore le survivant de son régiment anéanti lors de l'offensive allemande de mai 1940 ; survivant, lui qui est mobilisé le jour anniversaire de la mort du père, le 27 août 1939, et qui marche dans ses pas, la géographie de la Seconde Guerre mondiale recouvrant la géographie de la Première - la «Grande» -, lui qui s'attend à être abattu d'un moment à l'autre : «Maintenant. Maintenant. Maintenant...»
Tous sont partis, aucun, presque, n'est revenu.
Cet événement - ou plutôt ce non-événement : qu'il ne meurt pas - aura mis toute une vie à lui arriver. Une vie d'écrivain passée à écrire la vie après la mort qui ne l'atteint pas, et qui le tient au travail d'anamnèse, des jours des années des pages de labeur.
Claude Simon sera à jamais le cavalier du désastre de la route des Flandres. Comme réengendré par le retour de l'Histoire qui, se répétant, s'inverse et le voue à son histoire familiale par l'expérience de la mort imminente, de la guerre et de la captivité. Il lui faudra vingt ans - vingt années durant lesquelles il ne cesse pas de ne pas écrire La Route des Flandres -, avant qu'il puisse donner forme à ce roman qui chemine en lui cependant qu'il publie six livres, de 1945 à 1958. Et après avoir publié La Route des Flandres, en 1960, il ne cessera plus d'écrire encore la route des Flandres, reprenant en des constellations textuelles différentes, dans ses livres suivants, le récit chaque fois unique de cette «matière à base de vécu».


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