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Auteur : Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
Date de saisie : 06/10/2011
Genre : Ethique
Editeur : PUF, Paris, France
Prix : 27.00 € / 177.11 F
ISBN : 978-2-13-058139-0
GENCOD : 9782130581390
Sorti le : 07/09/2011
Monique Labrune, directrice éditoriale des PUF, au micro de Jean Morzadec
La conduite des hommes à l'égard des animaux fait depuis toujours l'objet d'une évaluation morale par ceux d'entre nous que la souffrance indigne. La philosophie officielle en Occident, qui justifie l'exploitation des bêtes pour manger, travailler, expérimenter, nous divertir et nous tenir compagnie, n'a jamais fait l'unanimité. L'éthique animale est l'étude de la responsabilité morale des hommes à l'égard des animaux et cette anthologie est son histoire.
Une contre-histoire des animaux, dans laquelle Pythagore, Vinci, Cyrano de Bergerac, Rousseau, Voltaire, Sade, Schopenhauer, Lamartine, Darwin, Wagner, Hugo, Tolstoï, Zola, Gandhi, Russell, Colette, Claudel, Yourcenar, Singer, Lévi-Strauss, Derrida, Houellebecq, Onfray et beaucoup d'autres prennent position sur les droits des animaux, les devoirs de l'homme à leur égard, le végétarisme, la chasse, l'expérimentation, la corrida, les zoos et d'autres questions théoriques et pratiques.
Réunissant 180 auteurs, plus de 40 traductions et plusieurs textes inédits, ce livre de référence est la première et la seule anthologie francophone sur le statut moral des animaux.
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, philosophe et juriste, est maître de conférences en relations internationales au département de War Studies du King's College de Londres. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, dont Éthique animale (PUF, 2008, préface de Peter Singer), Textes clés de philosophie animale (Vrin, 2010) et L'éthique animale («Que sais-je ?», 2011).
Extrait de l'introduction
Lorsqu'en 1732, Gilles Morfouace de Beaumont, avocat et trésorier de France, publie en vers une Apologie des Bêtes, ou leurs connaissances et raisonnement prouvés contre le système des philosophes cartésiens, il a une ambition :
Il faudra sur la Scène introduire une Bête
Qui de son Genre Brute en réclamant les droits,
Viendra de la Nature interpeller la voix ;
Et de ses Actions tirant la conséquence,
Démontrer que son Âme a quelque connaissance.
Réhabiliter l'animal, invoquer ses droits, contre la tradition qui prétend qu'il n'est qu'une machine incapable d'avoir des sensations. Lorsque l'auteur, dans les premiers mots de sa préface, affirme «J'ose ici le premier m'ouvrir une carrière / Que nul autre, avant moi, n'avait osé tenter», il mesure à juste titre la difficulté de sa tâche, qui consiste à nager à contre-courant. Mais il se trompe sur sa nouveauté, car d'autres avant lui ont eu le même courage. Ce sont quelques-uns de leurs textes que nous aimerions présenter, et c'est pourquoi nous parlons d'Apologies au pluriel.
Ce livre est une anthologie historique - c'est-à-dire un recueil de morceaux choisis, de l'Antiquité à nos jours, présentés dans l'ordre chronologique - de ce qu'on appelle l'éthique animale. L'expression n'est pas nouvelle, puisqu'elle est apparue au XIXe siècle. Mais, et c'est sans doute la faute de son ambiguïté grammaticale, sa signification a varié. Certains auteurs ont employé «éthique animale» dans le sens d'éthique des animaux entre eux, c'est-à-dire l'étude des actions morales qui, s'il y en a, sont à l'oeuvre dans le monde animal. En 1829, un magazine littéraire britannique intitule «éthique animale» un paragraphe décrivant le comportement d'une grive. L'expression passera moins inaperçue lorsqu'elle sera utilisée, en 1892, par le philosophe anglais Herbert Spencer pour désigner l'étude de la conduite qui, au sein de chaque espèce, est considérée comme «relativement bonne». Cora May Williams va dans le même sens lorsqu'elle justifie l'existence d'une éthique animale par le fait que «nous ressentons de l'approbation ou de la désapprobation à l'égard de nombreuses actions des animaux». Cet usage, souvent le fait d'évolutionnistes désireux de mettre au jour la genèse d'un sens moral chez l'animal, est bien entendu controversé. Certains parlent donc, à la même époque, d'«abus de langage» ou se demandent s'il n'y a pas une «contradiction dans les termes» à parler d'éthique animale - présupposant ainsi qu'il ne peut y avoir d'éthique qu'humaine. En France et un peu plus tard, Alfred Fouillée oppose l'éthique animale, qui ne serait que le droit du plus fort, à l'éthique humaine.
D'autres auteurs ont employé «éthique animale» dans le sens d'éthique des hommes à l'égard des animaux. En 1854, un mensuel religieux américain estime que la cruauté humaine à l'égard des oiseaux est «une question d'éthique animale». En 1894, le philosophe allemand Ignaz Bregenzer publie un livre dont le titre même définit l'éthique animale [Thier-ethik] comme l'étude des rapports moraux et juridiques entre les hommes et les animaux. Quatre ans plus tard, Richard Weltrich confirme que «l'expression "Éthique animale", comme l'emploie Bregenzer, est un génitif d'objet : elle ne désigne pas le comportement éthique des animaux eux-mêmes [...] mais le comportement éthique ou les relations éthiques des hommes à l'égard des animaux». En anglais, à la même époque, plusieurs auteurs utilisent également «animal ethics» dans ce sens d'éthique humaine à l'égard de l'animal, et citent souvent l'exemple des doctrines antiques et orientales.
De ces deux significations initiales, la seconde s'est définitivement imposée au XXe siècle. On ne parle plus, aujourd'hui, d'éthique animale au sens d'éthique des animaux entre eux. Des recherches sont menées en éthologie sur le sens moral des animaux, mais pas sous cette appellation. On parle d'éthique animale - surtout d'animal ethics et de Tierethik car l'expression en français ne s'est répandue que très récemment et compte beaucoup moins d'occurrences - au sens d'éthique des hommes à l'égard des animaux. Elle peut être définie comme l'étude du statut moral des animaux, ou de la responsabilité morale des hommes à l'égard des animaux pris individuellement. «Pris individuellement» car son objet n'est pas l'espèce : les questions de biodiversité et les menaces pesant non pas sur des individus mais des espèces relèvent en principe de ce que l'on appelle l'éthique environnementale.
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