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Auteur : Lyonel Trouillot
Date de saisie : 27/08/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France | Leméac, Montréal, Canada
Collection : Babel, n° 1069
Prix : 7.50 € / 49.20 F
ISBN : 9782742799497
GENCOD : 9782742799497
Sorti le : 12/08/2011
Jeune avocat d'affaires dévoré d'ambition, Mathurin D. Saint-Fort a voulu oublier ses origines pour se tenir du meilleur côté possible de l'existence. Jusqu'au jour où fait irruption dans sa vie Charlie, un adolescent en cavale après une tentative de braquage, qui vient demander son aide au nom du passé. Débusqué, contraint de renouer avec le dehors, avec la douleur du souvenir et la misère d'autrui, l'élégant Mathurin D. Saint-Fort embarque, malgré lui, pour une aventure solidaire qui lui fait re-traverser les cercles de la pauvreté, de la délinquance, de la révolte - voire de la haine envers tout ce que lui-même incarne.
Mathurin, Charlie, Nathanaël, Anne : quatre voix se relaient pour dire le tribut que chacun doit un jour payer à ses origines, qu'il s'agisse de tirer un trait sur elles, de les assujettir à une idéologie - ou, plus rarement, et quoi qu'il en coûte, de demeurer fidèle au "yanvalou", ce salut à la terre ancestrale, afin de retrouver les liens qui fondent une communauté.
Voyage initiatique au coeur de la désespérance, roman de l'abandon des hommes par les hommes, Yanvalou pour Charlie s'élève comme un chant qui réaffirme les vertus de rédemption d'un "être-ensemble" - en Haïti comme ailleurs.
Romancier et poète, intellectuel engagé, acteur passionné de la scène francophone mondiale, Lyonel Trouillot est né en 1956 dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, où il vit toujours aujourd'hui. Son oeuvre est publiée chez Actes Sud.
Je viens d'un tout petit village. Cela fait partie des choses que j'avais oubliées. Pour un homme qui a gagné longtemps sa vie au jour le jour et qui grimpe tranquillement les barreaux de l'échelle sociale, le souvenir est un luxe, pas une nécessité. Ma collègue Francine, au cabinet nous l'appelons la sainte, se livre, elle, à ces jeux de mémoire qui prennent la tête jusqu'à la perdre. Elle remonte loin dans son passé et redescend dans le présent le visage plein de larmes. Elle est la seule de notre équipe qui se fatigue à ce genre d'exercice. Elle est très engagée sur le front de la complainte. C'est une jeune femme triste qui pleure sur hier. Tout le contraire d'Elisabeth, mon autre collègue. Je ne crois pas Elisabeth capable de pleurer. Au besoin, elle sait faire semblant et parvient à tromper tout le monde. Dans la vie comme au tribunal, Elisabeth prend l'attitude qui défend au mieux ses intérêts. C'est une grande comédienne qui simule tout, même la beauté. Elle passe pour jolie, contrairement à Francine qui est pourtant une vraie belle femme, et le serait plus encore si ne traînaient sur son visage, comme une sorte de faire-valoir, les souffrances de sa grand-mère maternelle, de sa mère, de ses tantes, de toute sa famille proche et éloignée, des clients qui n'ont aucune chance de gagner leur procès même lorsqu'ils sont dans leur droit, des piétons renversés par les voitures de luxe... Francine est très sensible et se fait un devoir d'avoir mal à la place des autres. Son ambition est de diriger un jour une ONG. Les hommes la fuient, effrayés par la somme de malheurs qu'elle trimballe avec elle. Elisabeth a appris à jouer la beauté, comme elle a appris à jouer le désir pour obtenir ce qu'elle veut des hommes qui partagent son lit. Elisabeth, c'est un immense savoir-faire au service de ses intérêts. C'est pour cela que le chef l'apprécie tout en se méfiant d'elle. Le chef possède plusieurs maisons de résidence. Sa femme et lui ont choisi d'habiter la plus éloignée de la ville. Il est des pays où l'on construit des villes, des routes qui mènent vers les villes, et des banlieues. Ici, l'on construit des banlieues, et surtout pas de routes qui y mènent, jusqu'à ce que les banlieues, se prenant pour des villes, gonflent comme un ballon trop plein de monde, de mortier et d'ordures. Les premiers habitants quittent alors leur banlieue pour en construire une autre où personne, au moins pour quelque temps, ne viendra les déranger. Le chef et son épouse habitent loin de la vieille ville, dans les hauteurs, "plus près du ciel" comme dit la patronne. Ils louent les autres immeubles qu'ils possèdent à des étrangers. Ils vivent ainsi sur un sommet interdit aux piétons, et contraignent leurs connaissances à grimper jusqu'à eux. La patronne adore recevoir les gens qui lui ressemblent, et surtout qu'ils la complimentent sur l'éclatante beauté de son univers domestique. Sous l'avalanche des compliments, son sourire et son ton ne varient jamais, et comment ne pas applaudir à ses réponses, elles ont la candeur de gentilles phrases toutes faites qui attendaient depuis la veille l'occasion d'être prononcées : "Vos orchidées sont splendides." "Elles ont besoin de calme pour s'épanouir." "Quels beaux chiens !" "Ils sont grands pour leur âge."
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