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Auteur : David Foenkinos
Date de saisie : 25/10/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 978-2-07-013459-5
GENCOD : 9782070134595
Sorti le : 18/08/2011
Une courte lecture à voix haute de David Foenkinos
«Je voulais dire à mon grand-père que je l'aimais, mais je n'y suis pas parvenu. J'ai si souvent été en retard sur les mots que j'aurais voulu dire. Je ne pourrai jamais faire marche arrière vers cette tendresse. Sauf peut-être avec l'écrit, maintenant. Je peux le lui dire, là.»
David Foenkinos nous offre ici une méditation sensible sur la vieillesse et les maisons de retraite, la difficulté de comprendre ses parents, l'amour conjugal, le désir de créer et la beauté du hasard, au fil d'une histoire simple racontée avec délicatesse, humour, et un art maîtrisé des formules singulières ou poétiques.
David Foenkinos est l'auteur de neuf romans dont Le potentiel érotique de ma femme, Nos séparations et La délicatesse. Ses romans sont traduits dans plus d'une vingtaine de pays.
Enquêteur de son propre passé, des légendes qui ont fondé son histoire, sa famille et son avenir, David Foenkinos, de retour de son terrain de jeu, s'installe sur le perron de notre vie pour nous interroger, la main sur la barbe et l'air décontracté, sur l'importance de nos origines. Et tout en montrant, avec l'irrésistible obstination d'un enfant et l'humilité d'un vieil homme, que «la vie est une machine à explorer notre insensibilité», voire parfois notre superficialité, il dévoile toutes les promesses de notre mémoire.
l faut être un écrivain horloger de haute compétence pour fabriquer un roman qui, sonnant les heures sans relief qui rythment une vie, parvient à ajouter du charme à la banalité et de la magie au prévisible. Tel est bien le talent très spécial de David Foenkinos, qui avait déjà signalé son savoir-faire drolatique avec La délicatesse et Le potentiel érotique de ma femme...
Certes, des nuages sombres, parfois houellebecquiens, planent autour de cette fable, mais Foenkinos, l'angoissé heureux, ne leur permet pas d'y injecter leur noirceur facile. Très malin, ce lutin...
Comment, diable, s'y prend-il, David Foenkinos, pour nous retenir avec des personnages ordinaires, des vies banales, des histoires minuscules ? On ne lâche rien parce qu'on est en bonne compagnie. C'est toi, c'est lui, c'est elle, c'est nous. Avec nos petits bonheurs et nos chagrins, nos pudeurs et nos audaces, nos bêtises et nos rêves...
Le nouveau roman de David Foenkinos est plus grave que ses précédents (Nos séparations, La Délicatesse) parce qu'il y aborde une période de l'existence qui n'est pas la plus joyeuse : la retraite, la vieillesse, la mort. Cependant Les Souvenirs ne sont pas un roman triste, loin de là. David Foenkinos a cet art - cette grâce - de savoir glisser de la fantaisie, de l'humour, de la tendresse, des digressions plaisantes jusque dans le récit de ce qui nous serre le coeur.
Appeler un roman «les Souvenirs», il fallait oser. Ce pourrait en effet être le titre générique d'une grande partie de la littérature. Surtout, son auteur ne devait pas rater un livre ainsi nommé... Et David Foenkinos s'est surpassé. Depuis «Inversion de l'idiotie» ou «le Potentiel érotique de ma femme», ce jeune écrivain, qui s'est imposé par sa fantaisie et sa légèreté, a évolué vers une certaine gravité. Le sujet qu'il aborde ici -le vieillissement, la vie après la retraite- n'est pas des plus aisés. Mais David Foenkinos, toujours sur le fil, s'en sort grâce à son sens de la dérision et à un art du dérapage contrôlé.
De livre en livre, David Foenkinos gagne en épaisseur. Il signe aujourd'hui un roman léger et grave, drôle et profond. Cette chronique de la vie moderne - ou prétendue telle - le hisse au rang des écrivains, des vrais. Le titre, d'abord. Excellent. Les Souvenirs (Gallimard), c'est bien mieux que l'oubli. C'est de cette guerre pour la vie, de cette bataille féroce entre souvenirs et oubli, qu'il est véritablement question, au fond, dans ce roman, dont on se moquera bien de savoir s'il est ou non autobiographique.
Il pleuvait tellement le jour de la mort de mon grand-père que je ne voyais presque rien. Perdu dans la foule des parapluies, j'ai tenté de trouver un taxi. Je ne savais pas pourquoi je voulais à tout prix me dépêcher, c'était absurde, à quoi cela servait de courir, il était là, il était mort, il allait à coup sûr m'attendre sans bouger.
Deux jours auparavant, il était encore vivant. J'étais allé le voir à l'hôpital du Kremlin-Bicêtre, avec l'espoir gênant que ce serait la dernière fois. L'espoir que le long calvaire prendrait fin. Je l'ai aidé à boire avec une paille. La moitié de l'eau a coulé le long de son cou et mouillé davantage encore sa blouse, mais à ce moment-là il était bien au-delà de l'inconfort. Il m'a regardé d'un air désemparé, avec sa lucidité des jours valides. C'était sûrement ça le plus violent, de le sentir conscient de son état. Chaque souffle s'annonçait à lui comme une décision insoutenable. Je voulais lui dire que je l'aimais, mais je n'y suis pas parvenu. J'y pense encore à ces mots, et à la pudeur qui m'a retenu dans l'inachèvement sentimental. Une pudeur ridicule en de telles circonstances. Une pudeur impardonnable et irrémédiable. J'ai si souvent été en retard sur les mots que j'aurais voulu dire. Je ne pourrai jamais faire marche arrière vers cette tendresse. Sauf peut-être avec l'écrit, maintenant. Je peux lui dire, là.
Assis sur une chaise à côté de lui, j'avais l'impression que le temps ne passait pas. Les minutes prétentieuses se prenaient pour des heures. C'était lent à mourir. Mon téléphone a alors affiché un nouveau message. Je suis resté en suspens, plongé dans une fausse hésitation, car au fond de moi j'étais heureux de ce message, heureux d'être extirpé de la torpeur, ne serait-ce qu'une seconde, même pour la plus superficielle des raisons. Je ne sais plus vraiment quelle était la teneur du message, mais je me rappelle avoir répondu aussitôt. Ainsi, et pour toujours, ces quelques secondes insignifiantes parasitent la mémoire de cette scène si importante. Je m'en veux terriblement de ces dix mots envoyés à cette personne qui n'est rien pour moi. J'accompagnais mon grand-père vers la mort, et je cherchais partout des moyens de ne pas être là. Peu importe ce que je pourrai raconter de ma douleur, la vérité est la suivante : la routine m'avait asséché. Est-ce qu'on s'habitue aux souffrances ? Il y a de quoi souffrir réellement, et répondre à un message en même temps.
1) Qui êtes-vous ? !
J'aimerais bien le savoir.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Les souvenirs. Et d'une manière générale, les liens entre les générations, et le rapport que nous avons avec nos parents et nos grands parents.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Le coeur a quitté le corps avec politesse" quand la grand-mère meurt (mince, je n'aurais pas du raconter ça !).
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
L'amour en fuite de Souchon. Ou : Je suis venu te dire que je m'en vais de Gainsbourg.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le plaisir.
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