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.. En mémoire de la forêt

Couverture du livre En mémoire de la forêt

Auteur : Charles T. Powers

Traducteur : Clément Baude

Date de saisie : 27/12/2011

Genre : Policiers

Editeur : Sonatine éditions, Paris, France

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-35584-069-2

GENCOD : 9782355840692

Sorti le : 18/08/2011

L'éditeur François Verdoux au micro de Jean Morzadec


  • Les présentations des éditeurs : 02/12/2011

«Un roman d'une rare intensité, d'une puissance ahurissante... C'est un chef-d'oeuvre, de ceux qui marquent à jamais l'esprit de leurs lecteurs.»
R. J. Ellory

Pologne, quelques années après la chute du communisme. Lorsqu'on retrouve le cadavre d'un homme dans la forêt qui entoure le petit bourg de Jadowia, Leszek, un ami de la famille du disparu, décide de faire la lumière sur l'affaire. Il comprend vite que cet assassinat est lié à l'histoire trouble du village. Mais, dans cette petite communauté soudée par le silence, beaucoup ont intérêt à avoir la mémoire courte et sont prêts à tout pour ne pas réveiller les fantômes du passé. L'ère communiste a en effet laissé derrière elle bien des séquelles et personne n'a rien à gagner à évoquer cette période où la dénonciation était encouragée, la paranoïa et la corruption étaient omniprésentes, les comportements souvent veules. Sans parler de secrets plus profondément enfouis encore, datant de la Seconde Guerre mondiale, lors de la disparition brutale des Juifs établis à Jadowia depuis plusieurs générations. Leszek va devoir mettre sa vie en jeu pour venir à bout de cette chape de silence et faire surgir une vérité bien plus inattendue encore que tout ce qu'il avait imaginé.

Dans ce thriller hors norme, au style d'une beauté et d'une puissance rares, Charles T. Powers aborde avec un art magistral de l'intrigue et du suspense des thèmes aussi universels que la culpabilité collective et individuelle, la mémoire et l'oubli - et les répercussions de l'histoire dans la vie de chacun. Un véritable chef-d'oeuvre du genre, qui restera, hélas, l'unique roman de son auteur, décédé brutalement après avoir remis son manuscrit à son éditeur.

Né dans le Missouri, Charles T. Powers (1943-1996) a été rendant vingt ans collaborateur du Los Angeles Times. Il a en particulier dirigé, de Varsovie le département «Europe de l'Est» du journal, puis a démissionné pour commencer une carrière de romancier. En mémoire de la forêt est son seul roman.



  • La revue de presse Christine Ferniot - Télérama du 14 septembre 2011

Tout en ménageant la précision journalistique, l'auteur est porté par une écriture poétique et réussit à décrire les ambiguïtés de la vie collective sans imposer une morale réductrice.


  • La revue de presse Hubert Prolongeau - Le Monde du 25 août 2011

On n'avait pas eu dans le polar plus passionnante étude des régimes communistes depuis Parc Gorki, de Martin Cruz Smith. Powers plonge dans une nation qui se reconstruit après la chute du rideau de fer, prise entre son désir d'oublier et la volonté de purification de certains. Les trafics du temps du communisme (alcool, produits interdits...) ont trouvé d'autres débouchés, la démocratie naissante peine à déloger les anciens caciques, et chacun se retrouve confronté à ses petites hontes et à ses grandes compromissions. Tout ceci ne serait que passionnant travail de journaliste si Powers n'était aussi un écrivain. Avec des phrases sobres, simples, souvent envoûtantes, et au long d'un récit dont la lenteur est voulue et nécessaire, il fait renaître l'atmosphère feutrée et clandestine de ces temps où l'on s'essaie en vain à oublier.


  • Les courts extraits de livres : 02/12/2011

Leszek

J'aimerais pouvoir vous raconter une histoire remplie d'espions et de péripéties internationales, comme j'aimais à en lire autrefois, dans des décors que je me plaisais à imaginer. Mais je suis sûr que je me tromperais dans les détails, que j'installerais des croupiers aux tables de black-jack ou des coyotes à Miami. Donc je ne le ferai pas. Ici, il sera question d'un village polonais, de péripéties locales, de corruptions mineures en vue de profits douteux, de châtiment et de pardon, d'un passé que l'on respecte ou que l'on redoute. Un jour, mon père m'a expliqué que notre histoire est comme une force derrière nous, qui nous pousse, invisible, voire inconnue de nous, mais dicte notre manière de vivre. À l'image de tant d'autres choses qu'il me disait quand j'étais jeune, j'y voyais là une idée simple, incontestable, une question d'adulte, comme la manière dont il prédisait le temps d'après la brume autour de la lune. Ce n'est que plus tard que je fus troublé, comme un avertissement que je n'avais pas su entendre. Aussi les événements qui se sont produits ici, aussi dérisoires puissent-ils paraître, sont-ils devenus pour moi - et peut-être pour nous tous - un combat contre le passé et les prophéties, contre l'histoire et l'avenir. Avec ses bottes crottées et son visage face au vent, mon père ne se trompait jamais sur le temps qu'il ferait.
Le village où je vis s'appelle Jadowia. Le nom vient d'un ancien mot polonais qui signifie «venin», référence, peut-être, aux serpents qui ont dû infester l'endroit au Moyen Âge, ou plus vraisemblablement à l'odeur de moisi, d'humidité et de décomposition qui émane parfois des marais et des champs détrempés alentour. Nulle péripétie géopolitique ici, même si, à travers les siècles, nombre d'armées ont écume en tous sens nos forêts et nos fondrières, comme si notre terre pauvre était un trophée à elle seule plutôt qu'un rempart contre des pertes plus importantes. Ici, personne n'a plusieurs comptes en banque ni femmes fatales; ici, aucun client de casinos rutilants, aucun propriétaire d'hôtels tout en teck. Ces détails, je ne les retrouve que dans les thrillers occidentaux qui commencent à être traduits. Nos outils de mort, quoique parfois sophistiqués, ne sont pas à la pointe de la technologie. Je ferai donc avec ce que j'ai.
Je m'appelle Leszek. Comme mon grand-père, qui a aujourd'hui 74 ans et une tumeur grosse comme une amande au pouce droit. Et comme le fantôme de mon père, mort d'un cancer, je suis un paysan. Nous possédons en tout dix hectares et demi, répartis, à la polonaise, sur six champs; le plus éloigné - planté de seigle l'an dernier - est situé à dix kilomètres de la maison. Nous avons douze vaches, quatorze porcs, un cheval, un tracteur et une moissonneuse-batteuse d'occasion achetée il y a peu. À l'échelle locale, nous sommes raisonnablement riches, et en bons termes avec nos voisins, aux côtés desquels nous vivons depuis une époque dont même mon grand-père ne se souvient pas. J'ai 26 ans et il faut que je me marie.


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