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Auteur : Collectif
Date de saisie : 07/07/2011
Genre : Bandes dessinées
Editeur : Casterman, Bruxelles, Belgique
Collection : Univers d'auteurs
Prix : 22.50 € / 147.59 F
ISBN : 9782203035171
GENCOD : 9782203035171
Sorti le : 08/06/2011
Pascal Delannoy, grande voix de France Info, au micro de Jean Morzadec
Des deux côtés de l'Atlantique, nous avons sollicité des éditorialistes, des dessinateurs, des personnalités afin qu'ils échangent leurs points de vue. Sans être, loin de là, tous d'accord, ils sont tous passionnés par une Amérique qui les surprend, les inquiète parfois, les intrigue toujours.
New York n'est plus New York. L'Asie s'impose, l'Afrique arrive, l'Europe se cherche.
Où va l'Amérique ?
Dix ans après le 11 septembre 2001, cette date que personne n'oubliera plus, quel regard peut-on porter sur les États-Unis ?
Dix ans après le 11 septembre 2001, cette date que personne n'oubliera plus, quel regard peut-on porter sur les États-Unis ?
De part et d'autre de l'Atlantique, des auteurs, des journalistes et des artistes concernés par l'évolution des États-Unis apportent leur témoignage en images et en mots, chacun avec son média de prédilection : bandes dessinées, chroniques, dessins de presse, illustrations, photos, etc. Pour la circonstance, nombre d'entre eux ont travaillé en binôme, donnant à leur travail l'aspect d'un dialogue au long cours, nourri de réflexions, de rebonds et des mille et un événements de notre actualité des dix dernières années.
Un état des lieux pluriel et pertinent pour un album évènement en partenariat avec Radio France, qui donnera lieu à des expositions à Paris et à New York.
Retrouvez 12 SEPTEMBRE L'AMÉRIQUE D'APRÈS dans la chronique de Jean-Christophe Ogier, chaque samedi du mois d'août sur France Info, en partenariat avec Le Monde Magazine.
Et sur toutes les antennes de Radio France.
Extrait de l'avant-propos de Russell Banks
LE FUTUR : LETTRE A MON PETIT-FILS
Mon cher Bedelu, j'écris cette lettre en février 2011 pour que tu la lises dans vingt ans, en 2031. Tu viens juste d'avoir 3 ans, toi, le magnifique petit orphelin noir né dans un poussiéreux village d'Éthiopie et élevé à Los Angeles par ma fille et mon gendre, qui t'ont adopté quand tu n'étais encore qu'un nourrisson. Tes parents sont des Américains blancs issus de la classe aisée, ils t'aiment profondément et te font bénéficier de tous les avantages et privilèges auxquels un enfant peut avoir accès en Amérique. Naturellement, j'espère qu'en 2031 tu auras l'envie et la possibilité de lire ma lettre, de préférence sous sa forme manuscrite originale. Nul doute qu'elle te parviendra numériquement grâce à un appareil de lecture que je ne peux pour l'instant imaginer, pas plus que les Sumériens ne pouvaient concevoir l'existence de l'ordinateur portable lorsqu'ils prenaient des notes sur des tablettes d'argile avec un stylet.
Je t'écris aujourd'hui, Bedelu, car, en plus d'être mon petit-fils adoré, tu représentes une Amérique idéalisée, pluriraciale, pluriethnique, pluriculturelle, qui n'existe pas encore tout à fait. On en prend tout de même le chemin en ayant récemment élu un président métis dont le père est kenyan et la mère américaine. J'essaie d'imaginer le monde dans lequel tu vas vivre dans vingt ans, quand tu seras devenu un homme. D'ici là, mon Amérique - la vraie, pas celle que l'on idéalise - sera devenue la tienne, et j'aimerais savoir si cela est censé me rassurer ou si, au contraire, je dois envisager ton avenir, et celui de l'Amérique, avec effroi, voire avec regret.
Alors que j'écris ces lignes, notre pays mène une guerre vieille de dix ans en Irak, en Afghanistan et ailleurs. Notre prétendue guerre contre le terrorisme. Et je me demande si, au moment où tu liras ces mots, cette guerre aura pris fin. En septembre 2001, quand l'administration Bush a déclaré la guerre à cette chose appelée «terrorisme», j'étais bien loin de m'imaginer qu'elle puisse durer aussi longtemps. Au passage, j'avais jusqu'alors toujours compris que le terrorisme était une tactique, et non un ennemi. J'étais également loin de m'imaginer que cette guerre puisse transformer notre société plus ou moins ouverte en un État sécuritaire complètement tétanisé. Pourtant, suffisamment d'Américains étaient bel et bien terrorisés (non par des kamikazes fanatiques mais par le gouvernement américain, par les lobbyistes des multinationales et par les médias traditionnels) pour que l'ensemble du pays se mette à voir l'ennemi partout. Ainsi nous avons cru nécessaire de devoir faire la guerre partout, même sur notre propre sol, de façon plus ou moins permanente. En conséquence, en plus d'être un État policier, nous sommes devenus un État-garnison.
Il y a deux ans et demi, nous avons élu un président qui prétendait être contre la guerre. En réalité, il s'est révélé être seulement en désaccord avec la gestion et la planification de la guerre par l'administration précédente. Et ainsi, d'un président à l'autre - et cela ne s'arrêtera probablement pas de sitôt - la guerre contre le terrorisme s'éternise : on passe d'un front à l'autre, de l'Irak à l'Afghanistan. Peut-être que la semaine prochaine, cela sera au tour de la Libye ou du Yémen. Ou n'importe quel autre pays islamique arriéré qui dispose d'importantes réserves pétrolières. Alors si en 2031 il s'avère que l'Islande et la Nouvelle-Zélande sont assises sur des milliards de barils de pétrole, l'Amérique pourrait bien y ouvrir deux nouveaux fronts dans sa guerre contre le terrorisme.
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