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Auteur : Bernard Thomasson
Date de saisie : 17/10/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre rouge
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782021050561
GENCOD : 9782021050561
Sorti le : 18/08/2011
Une courte lecture de Bernard Thomasson
Berlin, la ville la plus fascinante d'Europe par son histoire et par ce qu'elle est devenue depuis la chute du Mur, est au coeur de ce roman. Hélène - «la petite Française» - y a séjourné dans les années 70 quand elle était jeune fille. Elle y avait de nombreux amis : le couple qui l'a hébergée, une fille délurée du monde «alternatif», un garçon de l'Est contraint de renseigner la Stasi. Devenue professeur d'université aux États-Unis, elle est invitée en 2009 dans la capitale allemande pour fêter les vingt ans de la chute du Mur. Elle rencontre David, un journaliste envoyé pour couvrir l'événement. Tous deux remontent alors sur les traces de leur passé berlinois : elle, durant son séjour d'adolescente, y a vécu un terrible drame ; lui est à la recherche de sa famille juive victime du nazisme. Leurs destins finiront par se confondre de manière inattendue et émouvante. Au-delà de l'intrigue, le livre interroge le passé, les questions d'identité, et témoigne de certaines barrières invisibles (mais tout aussi insupportables qu'un mur) qui s'érigent tout au long d'une vie.
Homme de radio et journaliste reconnu, Bernard Thomasson est rédacteur en chef adjoint à France Info, où il anime quotidiennement l'antenne et éclaire l'actualité avec de nombreux invités et reportages. Auteur d'un recueil de nouvelles (aux confins de l'étrange et du journalisme), Ma petite Française est son premier roman.
C'est évidemment la ville romanesque par excellence, point de transit entre l'Est et l'Ouest, capitale du nazisme hier et de l'Allemagne fédérée aujourd'hui, traversée, tranchée, coupée en deux, laminée, broyée, aimée, détestée, adorée...
Ce riche matériau d'une ville martyrisée ou martyrisante, Bernard Thomasson le reprend, le pétrit, le malaxe avec légèreté et talent, pour un premier roman qui témoigne d'une belle maturité. Tous les Berlin s'y mêlent : celui de la guerre froide, de l'Est contre l'Ouest, du Mur fracassé, du Mur ouvert, des nouveaux investissements immobiliers, de la bulle Internet et du musée juif signé Libeskind. Sans oublier le Berlin nazi, celui de Hans Fallada (Seul dans Berlin). Ses héros, nombreux, ne s'y promènent pas sans références.
L'ouvrage a beau être polyphonique, mêler destinées et générations, politique et fiction, c'est la capitale de l'Allemagne réunifiée qui en est le point focal, la raison même d'être : à la fois étude de caractères et leçon d'histoire contemporaine.
«Sam, mon Ange,
Je t écris du ciel.
Me voilà enfin dans cet avion vers Berlin, trente ans après ma première visite.
Je comprends que tu aies choisi de rester en Floride, mais j'aurais aimé t'avoir à mes côtés.
Je suis si partagée entre l'appréhension de recevoir mes dix-sept ans en pleine figure et l'impatience de retrouver cette ville incroyable.
Je ne pouvais quand même pas refuser l'invitation de mes collègues berlinois de l'université Humboldt pour le vingtième anniversaire de la chute du Mur !
À peine nous sommes-nous dit au revoir, hier soir à l'aéroport, que tu me manques déjà.
Je t'écris du ciel.
C'est beau, non ? Pense à cette phrase dans un roman : Je t'écris du ciel.
Enfin, dans un roman seulement, parce que, dans la vraie vie, être au ciel...
Chaque fois que je prends l'avion, je ne peux m'empêcher d'imaginer le pire : un crash qui me ferait traverser le miroir (continuerais-tu en paix ?).
Ne pars pas non plus en premier, je t'en prie.
Sam, j'ai trop peur de vieillir sans toi.
J'ai beau regarder à travers le hublot, je ne parviens pas à deviner comment c'est au ciel...»
Oui, avouons-le, j'avais été long à convaincre. Il avait fallu toute l'insistance et toute la patience d'Olga qui n'arrêtait pas de me répéter : «Karl, nous devons accepter !» Que de soirées tendues dans le grand appartement de Mehringdamm. Que de discussions sans fin. Olga était ainsi, incroyablement obstinée, revenant toujours à la charge. Elle n'eut de cesse de me harceler, jusqu'à obtenir satisfaction : une petite phrase anodine en fin de repas, une question perfide dès que je rentrais de ma journée épuisante sur les bateaux, des reproches perpétuels sur mon manque de générosité, ma crainte de voir bouleverser ma routine quotidienne, l'étroitesse de mon horizon et de mes sentiments. Elle m'accusait : «Karl, tu es presque devenu inhumain.»
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