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Auteur : Véronique Bizot
Date de saisie : 01/12/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 9782742799510
GENCOD : 9782742799510
Sorti le : 17/08/2011
La couverture ! Comme toujours avec Actes Sud, c'est la couverture qui m'a attirée. Puis le titre. Un avenir. Et la quatrième. Bref rien que du très banal dans la vie d'une lectrice. Par contre ce roman ne l'est pas du tout...banal. La quatrième dit que la noirceur y est délicieuse. Oui c'est vrai. Elle y est aussi étrange. Je me demandais en lisant où j'étais. Un peu déroutée. Pas complètement sûre de ce que je lisais mais avec l'intuition que quelque chose m'attendait au bout. Insidieusement je me faisais prendre. Et la fin m'a gagnée à la cause du livre. Un peu plus de 100 pages "pleines" ont fait aimer la lecture. Je me suis rendue compte à quel point les personnages, tous, sont importants. Que les paroles qu'ils prononcent sont riches de sens. Que les lieux, les situations parfois un peu absurdes sont bien choisis. Que tout cela m'a amenée à une évidence dans mes réflexions et dans la fin. Oui évidente et pourtant surprenante...ramenant bien à Un avenir...
Et dire que Paul, le narrateur allait là-bas juste pour vérifier un robinet...très fort !
LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS
Paul reçoit une lettre de son frère Odd qui lui annonce qu'il "disparaît pour un temps indéterminé" et lui demande en post-scriptum s'il peut passer chez lui pour vérifier que le robinet d'un lavabo du deuxième étage de la maison familiale a bien été purgé. Malgré un "rhume colossal", Paul prend sa voiture et parcourt les trois cents kilomètres qui le séparent dudit robinet.
Un avenir est une histoire de famille, une cascade narrative, un engrenage existentiel qui, sur une intrigue faussement fluette, nous entraîne d'un triplex monégasque (où l'art animalier fait bon ménage avec le cours de l'acier) à la jungle malaise sans quitter le vieux canapé de la bibliothèque familiale - ou presque. Mais c'est aussi un road-trip en tracteur, une balade aux abords inquiets de l'enfance, une épique séance de natation, un caprice écossais, une vue en coupe de la neurasthénie masculine - entre autres.
Véronique Bizot déploie un style irrésistible, miracles de phrases en fugue jamais alourdies par leur insondable richesse. Son univers est singulier, unique, joyeusement déroutant : la noirceur y est délicieuse parce que toujours saturée d'incongruité drolatique, de lucidité étonnée, de souriant désarroi et de métaphysique légèrement récalcitrante.
Véronique Bizot est l'auteur de deux recueils de nouvelles, Les Sangliers (Stock, 2005) et Les Jardiniers (Actes Sud, 2008). Son premier roman, Mon couronnement (Actes Sud, 2010), a été lauréat du prix Lilas et du Grand prix du roman de la SGDL.
Jeudi 17 novembre, le Prix du Style 2011 a été décerné à :
Véronique Bizot
Pour : Un Avenir
Dans son second roman, Un avenir, la romancière imagine que Paul, un homme enfermé durant plusieurs jours dans la maison de famille, en revit les histoires...
C'est la mémoire, au sein de sa solitude forcée, qui le mène par le bout du nez.
On le vérifie à chaque nouveau livre depuis Les sangliers (Stock 2005, repris en Livre de poche), Véronique Bizot possède un talent particulier pour les situations et les personnages étranges. Le dernier en date, Un avenir, met en scène une famille pour le moins singulière...
Lancinant, Un avenir montre comment il est difficile de trouver sa place, de faire table rase du passé.
Véronique Bizot est une virtuose du moyen-métrage romanesque. En s'immergeant dans la vie d'un homme pendant seulement trois jours et quelque cent pages, elle raconte l'histoire tumultueuse d'une famille nombreuse. L'air de rien, elle déploie une vision du monde qu'illustre à merveille le joli téléphérique suspendu au milieu du nulle part dessiné sur la couverture du livre...
Paul brosse les tableaux de ses souvenirs avec un crayon très noir, incisif et laconique. Tout lui apparaît banalement absurde ou absurdement banal. Mais son ironie ne grince pas. Il n'est habité par aucune rancoeur, plutôt par un désarroi interrogateur, presque enfantin. Contrairement à son frère aîné, Harald, avocat, qui méprise l'échec et le malheur, c'est avec une sorte de tristesse tendre qu'il évoque l'effondrement de sa famille.
Le mercredi notre frère m'écrivit qu'il disparaissait pour un temps indéterminé, un bref courrier posté d'une gare que j'ai reçu le jeudi, dont j'ai aussitôt transmis copie aux autres, qu'ils n'aillent pas se lancer dans d'inutiles recherches, et j'ai ensuite parcouru sous la neige, le cerveau embrouillé par un rhume colossal, les trois cents kilomètres qui séparent mon domicile du sien afin de vérifier, comme il me le demandait en post-scriptum, que le robinet d'un lavabo du second étage, à propos duquel il conservait un doute, avait bien été purgé par lui avant son départ. Une fois sur place et trouvant une maison glaciale, j'ai poussé la conscience jusqu'à contrôler la totalité des robinets, après quoi j'ai allumé un feu dans la cheminée de la bibliothèque et passé là deux ou trois heures, assis avec une boîte de kleenex dans le canapé, face au fauteuil de vieux velours jaune qui avait gardé l'empreinte du corps de notre frère et dans lequel il avait probablement médité son projet de disparition, à moins qu'il n'ait été pris d'une subite impulsion, comme autrefois notre père, que nous avons connu assis en pyjama dans ce même fauteuil jusqu'à ce qu'un matin on ne l'y voie plus, ni là ni nulle part, et qu'il nous ait fallu recevoir, cinq ans plus tard, un avis de décès en provenance d'un gouvernement de Malaisie pour cesser de l'attendre. Cet avis de décès avait à l'époque révolté nos soeurs, qui les a fait toutes les trois se ruer sur un atlas afin de localiser l'endroit précis et, soupçonnaient-elles, paradisiaque pour lequel notre père non seulement nous avait tous les six abandonnés après avoir vidé ses comptes bancaires, mais où, comme elles l'ont dit en martelant la péninsule malaise de leurs index, il n'avait vraisemblablement fait que couler cinq idylliques et indignes années, après quoi, refermant définitivement l'atlas, elles ont déclaré qu'il était hors de question de faire rapatrier son corps. Et si notre frère Odd, que je n'avais pas vu depuis longtemps, laissait maintenant entendre dans son courrier qu'il n'était pas certain de revenir un jour, je n'en ai pas pour autant conclu qu'il s'installait là-bas en Malaisie, bien que l'idée m'ait naturellement effleuré. Ce que j'en ai conclu, c'est qu'il nous incombait désormais d'assurer les frais d'entretien de la maison, lesquels, comme je venais de le constater en parcourant les étages, avaient à ce stade occasionné la vente d'un assez grand nombre de meubles et de tableaux. Assis face à la cheminée et voyant par les fenêtres la neige qui continuait de tomber, compromettant mon retour, je me faisais la réflexion qu'il aurait mieux valu vendre la maison au lieu d'y laisser notre frère, qui avait mené là une existence certainement effarante, bien qu'il fût le seul d'entre nous, après le mariage de deux de nos soeurs et l'internement de la troisième, à avoir déclaré vouloir y vivre. Nous savions cependant tous qu'il n'avait, à ce stade de sa vie, d'autre solution que de rester dans cette maison, laquelle ne pourrait maintenant être légalement vendue sans^ son accord, nous l'avions sur les bras avec ses quelque vingt pièces et le double de fenêtres, ses murs lézardés, sa toiture instable et son parc qui ne ressemblait plus qu'à un vague pâturage cerné par les orties.
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