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Auteur : Patrick Absalon | Roger Boulay
Postface : Edouard Glissant
Date de saisie : 27/06/2011
Genre : Arts
Editeur : Somogy, Paris, France
Prix : 35.00 € / 229.58 F
ISBN : 9782757204627
GENCOD : 9782757204627
Sorti le : 02/05/2011
«Augmenter notre faculté de percevoir le Divers, est-ce rétrécir notre personnalité ou l'enrichir ?
Nul doute : c'est l'enrichir abondamment, de tout l'univers.»
Victor Segalen (1878-1919)
Victor Segalen (1878-1919) débarque aux Iles Marquises en 1903, peu après la disparition de Gauguin, et s'installe dans la case désormais vide de l'artiste. La découverte d'un univers exotique et dénué de tout rapport avec le vieux monde s'avéra décisive sur la carrière littéraire du jeune homme qui publia en 1907 Les Immémoriaux. Premier roman écrit par un Européen et donnant la parole et le rôle du héros à un autochtone, l'oeuvre présentait aussi l'immense originalité de soulever le problème du déclin des cultures et des traditions extra-européennes sous l'effet de la colonisation, tout en valorisant les cultures dites exotiques. À l'époque considéré comme révolutionnaire, le point de vue de Segalen était tout simplement annonciateur de notre vision actuelle. Cet ouvrage mêle témoignages relatifs à la vie et à l'oeuvre écrit de Victor Segalen, objets d'art polynésiens et oeuvres européennes en rapport avec la Polynésie telle qu'elle fut vécue par les découvreurs de l'époque.
Avant-propos de Philippe Ifri, Directeur général de Chemins du patrimoine en Finistère
«Le Divers décroît. Là est le grand danger terrestre. C'est donc contre cette déchéance qu'il faut lutter, se battre - mourir peut-être avec beauté.»
Victor Segalen
«La saveur du Divers»
Qui sait si le collégien que fut Victor Segalen eut l'occasion de réciter par coeur le sonnet de Joachim du Bellay Heureux qui comme Ulysse..., où le poète angevin exalte son terroir natal dans un formidable élan de nostalgie ? Comme sans doute bien d'autres grands voyageurs, le médecin de la marine que fut l'auteur des Immémoriaux s'est trouvé ballotté durant sa courte vie entre fascination de l'Autre, différent et lointain, et attachement à la région qui l'a vu naître et mourir, encore jeune, dans la forêt de Huelgoat. Peut-être est-ce ce fort sentiment d'appartenance, si commun à tant de Bretons, qui l'a particulièrement bien destiné à vivre cette distance avec l'Autre dont il se délecte, comme une expérience riche, poétique et quasi mystique.
Mais comme déjà pour Segalen il y a cent ans, un parfum de mélancolie peut nous envelopper face à la crainte de voir disparaître la diversité. Dans notre monde globalisé, les distances se sont rétractées et l'uniformisation semble irrésistible ; incontestablement cette «saveur du Divers» s'affadit, les particularités paraissent vouées à la dissolution. La marche du monde peut ainsi nous effrayer, pousser au repli sur la petite patrie et, dans le même mouvement, accréditer l'idée de choc des civilisations.
Cette année, selon le projet culturel qui inspire la programmation de Chemins du patrimoine en Finistère et place en son coeur la diversité culturelle, l'exposition Rencontres en Polynésie, Victor Segalen et l'exotisme présentée à Daoulas s'est nourrie des pages étonnamment modernes qui composent notamment l'Essai sur l'exotisme, pour explorer cette relation à l'autre différent qui est - convenons-en, réellement ou virtuellement - désormais notre voisin immédiat.
N'est-il pas pertinent d'aborder en Bretagne, cette question de la diversité culturelle alors que tant d'expressions singulières y perdurent comme la langue ou, mieux encore, affichent une vitalité unique comme la musique traditionnelle ? Et même si le contexte a changé, le temps n'étant plus au triomphe de l'Occident mais à la peur de son déclassement, qui mieux que le Breton Victor Segalen peut nous servir de guide dans cette acceptation/ acception de la diversité ? En effet, en ce tournant du siècle, bien peu nombreux étaient les contestataires du «devoir de civilisation» dont la Troisième République comme l'Empire britannique avait fait le «fardeau de l'homme blanc» nécessaire - justification morale de la colonisation -, pour reprendre l'expression de Kipling.
En premier lieu, Segalen voit dans l'Autre notre égal absolu et appelle à la réciprocité pour nous faire admettre que l'étrangeté du regard porté sur lui vaut des deux côtés, de celui qui regarde comme de celui qui est regardé. À défaut d'être un touriste antipodique, le choc du visiteur de Daoulas, face aux objets exposés, lui dira un peu de cette étrangeté. Mais, aujourd'hui, il faut aller au-delà. La rupture littéraire et poétique qu'instaure Segalen dans notre regard sur le Divers nous livre certes les antidotes aux clichés et stéréotypes qui brouillent notre regard, mais elle nous dit aussi combien la différence est irréductible et appelle un travail sur nous-mêmes pour l'accepter.
Quel meilleur viatique, le lecteur de Segalen ou le visiteur de l'exposition pourrait-il trouver pour comprendre cet ordre du monde qui se dessine et admettre que, si les différences séparent, elles rapprochent aussi ? Comme Édouard Glissant le révèle, le secret étant de ne renier ni soi-même ni sa culture : «Le Divers n'est donné à chacun que comme une relation, non comme un absolu pouvoir ni une unique possession. Le divers renaît quand les hommes se diversifient concrètement dans leurs libertés différentes. Alors il n'exige plus que l'on renonce à soi. L'Autre est en moi, parce que je suis moi.» (Édouard Glissant, L'Intention poétique.)
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