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.. Eloge des jardins anarchiques

Couverture du livre Eloge des jardins anarchiques

Auteur : Bruno Montpied

Préface : Rémy Ricordeau

Date de saisie : 01/07/2011

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : L'Insomniaque, Montreuil, France

Prix : 29.00 € / 190.23 F

ISBN : 978-2-915694-48-2

GENCOD : 9782915694482

Sorti le : 15/03/2011

  • Les présentations des éditeurs : 11/08/2011

Ce livre est un tour de France des environnements spontanés créés par des autodidactes - jardins populaires et anarchiques, anciens et actuels, drôles et surprenants, enchanteurs et émouvants.
Il est constitué d'articles rédigés depuis vingt ans par Bruno Montpied, bien connu pour son engagement en faveur de la création populaire. Il y évoque les bâtisseurs excentriques de jardins bruts ou naïfs avec rigueur et respect, sans se priver pour autant d'une approche poétique de leurs oeuvres.
De brèves monographies voisinent avec des écrits plus généraux sur l'histoire et les traits distinctifs d'un mode d'expression qui hésite entre art et passe-temps. Ces textes pointent un nouvel usage social de la création, qui va jusqu'à dynamiter la notion d'art elle-même, en tant qu'activité vouée au vénal et séparée de la vie quotidienne.
Plus de 250 photos montrent les oeuvres de ces inspirés qui n'ont d'autre prétention que de s'accomplir eux-mêmes en donnant forme à leurs rêves.

DVD inclus BRICOLEURS DE PARADIS (le gazouillis des éléphants)
Film de Rémy Ricordeau, écrit en collaboration avec Bruno Montpied

Défense et illustration des jardins de création spontanée en tant que pratique et enjeu symbolique de la liberté, ce road movie dans le Nord et l'Ouest de la France part à la découverte de drôles de sites et de créateurs prolifiques. Une plongée dans l'univers, trop méconnu, voire dédaigné, de ces environnements singuliers...

Ce livre est une suite de petites monographies de créateurs autodidactes ayant décoré leurs jardins de statues naïves, de fresques en mosaïques, de monuments étranges, de moulinets et de girouettes loufoques, d'inscriptions hésitant entre plaisanteries et proverbes, d'accumulations en colonnes d'objets et matières de rebut, de maquettes d'avions ou de canons assemblés avec des matériaux recyclés...

Ces environnements ne se limitent pas à ceux, très réputés, créés par le facteur Cheval ou Picassiette. On découvrira dans ces pages une trentaine de sites supplémentaires, déjà anciens ou plus contemporains. Pour prés de la moitié, ces créations de plein air sont inédites, tels que les sites étonnants créés par Alexis Le Breton, André Pailloux ou Madame C.

Art ou créativité ? Derrière cette activité de loisir - souvent menée dans la plus grande discrétion et ne cherchant généralement pas une reconnaissance publique étendue - se profile un autre usage de l'art qui remet en question les pratiques culturelles dominantes.

L'auteur est un chercheur, lui-même autodidacte, travaillant à l'archivage et à la sauvegarde sous forme de documentations multiples de cette mémoire des créateurs populaires.

Une bibliographie complète utilement l'ouvrage, à l'usage de chercheurs curieux d'un champ de la création artistique trop peu documenté, comme des défenseurs des patrimoines populaires et de tous les amateurs en quête d'informations sur ces formes de création alternative.


  • Les courts extraits de livres : 11/08/2011

Extrait de l'avant-propos de Rémy Ricordeau

A PREMIÈRE IMPRESSION ressentie au moment de la rencontre ou de la découverte d'un environnement spontané tel que ceux évoqués dans ce livre, au-delà de la curiosité liée à leur caractère insolite, relève d'une sorte d'envoûtement ou de sidération. Non pour des raisons «artistiques» à propos desquelles on peut être plus ou moins sensible, comme à l'égard de toute création qui en appelle à l'imaginaire, mais d'abord pour ce que suggère leur audace singulière dans l'expression formelle de la liberté la plus absolue.
Face à de telles créations s'impose en effet l'évidence que si elles ont pu être conçues, construites et ainsi exposées au regard de tous, alors, la possibilité d'une liberté commune et partagée, dans toutes ses implications sociales et humaines, n'est peut-être pas aussi chimérique que ce que veut bien nous en dire la sagesse résignée. Leur existence en est une manifestation autant qu'une confirmation, ainsi que l'éprouve l'enfant, lorsque ses jeux assujettissent le monde entier à ses désirs et à son imagination.
Ma sidération à leur égard est de cet ordre, comme, dans d'autres domaines d'expression, l'envoûtement que l'on peut ressentir à la découverte de Lautréamont ou de Rimbaud, à celle des manifestes et pamphlets surréalistes ou des écrits situationnistes : la liberté de ton et l'audace de l'expression frappent d'abord par leur capacité à formuler ce qui semblait auparavant inconcevable ou relevant de l'indicible. De manière tangible la liberté devient alors possible comme hypothèse et, ce faisant, comme perspective. Les uns comme les autres sont ainsi pour moi le témoignage que les hommes, en transgressant ici et maintenant les déterminismes de toute nature, ne sauraient être condamnés à la médiocrité des désirs et de l'imaginaire auxquels la société marchande, quelles qu'en soient les formes, voudrait les astreindre.
Certes, les créateurs de ces environnements ne revendiquent rien et ne prétendent à rien d'autre qu'à l'expression de leur fantaisie. Ils se contentent de créer des royaumes à leur mesure, dont ils sont les seuls maîtres et les seuls habitants, avec les humbles moyens qui sont à leur disposition. Mais si leurs ambitions sont modestes et leur inspiration quelquefois prosaïque, la singularité qu'ils manifestent dans l'affirmation de leur souveraineté sur ces «territoires libérés» du conformisme les amène assurément à se faire les messagers involontaires d'une poésie faite par tous telle que revendiquée en d'autres temps par Lautréamont. Comme s'ils étaient en quelque sorte investis d'une mission inconsciente, les éclaireurs solitaires d'un monde utopique qui ne demanderait qu'à éclore. Comment au vu de leurs «bricolages» ne pas ressentir en effet tout ce qu'il y a d'implicite dans cette expression transgressive qui se démarque si ouvertement des critères esthétiques dominants, fussent-ils les plus contemporains ?


  • Le courrier des auteurs : 11/08/2011

1) Qui êtes-vous Bruno Montpied ? !
Je suis un peintre autodidacte exposant dans la mouvance de l'art dit «singulier» et suis également écrivain chercheur, passionné de création dans la vie quotidienne. Je m'intéresse depuis les années 1980 à l'art brut, à l'art naïf, aux inspirés du bord des routes, à l'art populaire rural insolite. J'ai écrit depuis ces années-là de nombreux articles sur la création inventive non-professionnelle dans des revues comme Artension, Raw Vision, Création Franche, Plein Chant, Art et thérapie, Réfractions, SURR, Les Cahiers de l'Institut, l'Or aux 13 îles, Jardins... J'ai également participé à l'ouvrage collectif sur le sculpteur populaire creusois François Michaud aux éditions Lucien Souny à Limoges (1993), et j'ai plus récemment livré un important dossier sur le musée des bois sculptés de l'abbé Fouré à Rothéneuf, important site d'art brut en plein air (2010). Depuis 2007, j'anime un blog traitant des divers secteurs de mes recherches en arts populaires spontanés, intitulé le Poignard Subtil (). Il contient à ce jour plus de six cents notes sur l'art brut, les environnements spontanés, l'art naïf, le surréalisme inconscient, la poésie naturelle, l'art et la poésie involontaire, les graffitis, la littérature, etc.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Éloge des Jardins Anarchiques est avant tout consacré à ce que j'appelle des environnements populaires spontanés, ailleurs appelés sites «d' habitants-paysagistes», ou «d'inspirés du bord des routes», voire de «bâtisseurs de l'imaginaire». Une vingtaine de sites sont évoqués dans le livre, qui est par ailleurs illustré de 250 photos couleur, ainsi que doté d'une importante bibliographie sur le sujet et d'un index donnant l'état des lieux. Quelques chapitres généraux, apportant une perspective historique, encadrent des chapitres traitant, comme autant d'études de cas, de plusieurs sites peu connus. En dehors du Palais Idéal bâti par le Facteur Cheval entre le XIXe et le XXe siècle, les falaises sculptées de l'abbé Fouré en Bretagne (début du XXe siècle) ou le jardin couvert de mosaïques naïves de Raymond Isidore, dit «Picassiette» à Chartres (XXe siècle), le grand public connaît en effet mal les dizaines d'autres sites étranges en France, souvent ébouriffants, conçus par les autodidactes d'origine populaire que j'ai choisi de retenir dans cet ouvrage. Ce livre s'emploie à les faire mieux connaître.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Un homme simple a créé son univers, il s'est emparé du lieu qui lui était assigné et l'a métamorphosé en un mirage concret, glissant sa chimère au sein de la réalité commune à tous, sans permis de construire, exerçant ainsi la démocratie directe dans la création artistique, se passant de tout médiateur en théorie, ce qui est à l'évidence une forme d'art d'une portée tout à fait révolutionnaire.»

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Ce serait peut-être une musique bruitiste, celle qui émane du vélo extraordinairement décoré d'André Pailloux, un des créateurs inconnus (et pourtant -ô combien !- talentueux et insolite) que mon livre révèle pour la première fois avec ampleur. Lorsque ce vélo roule encore, toutes sortes de sonneries de clochettes, couinements, tintinnabulements divers se font entendre, ajoutant leur musique involontaire au concert de couleurs et de formes arachnéennes du décor de ce vélo unique. Mais cette musique pourrait être aussi ces complaintes et ces mélopées étranges, prophétiques, que profère un autre créateur étonnant (qui n'est pas dans mon livre mais qui aurait pu l'être), le creuseur frénétique Jean-Marie Massou que l'on voit chanter au fond de ses souterrains dans le beau film d'Antoine Boutet, Le Plein Pays, passé récemment sur Arte.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le goût d'une inspiration errante, primesautière, d'un art qui ne porte pas le nom d'art, qui surgit au détour d'un chemin de façon surprenante et quasi commotionnante. Le goût d'une création qui se déploie spontanément au delà de l'art professionnel spectaculaire, remettant en cause les hiérarchies en matière de créativité. Bref, j'aimerais partager avec mes lecteurs le goût pour une inspiration s'inscrivant dans l'immédiateté de nos vies quotidiennes, inspiration qui porte en germe l'occasion de bouleverser les habitudes et les contraintes imposées usuellement au sein de celles-ci.


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