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Auteur : Jean-Pierre Otte
Date de saisie : 20/06/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Julliard, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-260-01513-0
GENCOD : 9782260015130
Sorti le : 07/04/2011
Jean-Pierre Otte se plaît à prendre le contre-pied de notre époque, dans un désir de vivre autrement, animé d'un esprit rebelle et de nouvelles audaces. Cette fois, il s'est joint à un groupe de personnes d'horizons divers, réuni tous les mois dans une commune retranchée de France pour partager une passion commune : les livres. Le rituel est simple : une poêlée de châtaignes, le doux bruit des bouteilles qu'on débouche, quelques mets du cru - et la discussion à bâtons rompus peut reprendre là où on l'avait laissée. Devenu membre assidu de cette turbulente confrérie, notre écrivain se passionne pour les visages, les échanges d'idées, les confidences livresques et les récits de vie. Au gré de chroniques drôles et savantes, se dessine un magnifique éloge de ce cercle littéraire à la campagne, dicté par le goût du partage, de la gastronomie et de l'érudition. On en sort joyeux, surpris, revigoré.
Jacques Lacarrière, qui le comparait à Ernst Jünger, disait de Jean-Pierre Otte qu'il est «l'homme des commencements, le chroniqueur des genèses et le jardinier de l'amour».
Voici un livre enchanteur qu'il faut offrir et faire circuler le plus possible. Le genre d'ouvrage qui procure une joie communicative à qui en tourne les pages. Il faut dire que son auteur, Jean-Pierre Otte, n'en est pas à son coup d'essai en matière de livres écrits pour le bonheur des lecteurs et de la littérature...
Antidote au cynisme et à la médiocrité dont l'époque nous gave si souvent, l'oeuvre de Jean-Pierre Otte devrait être prescrite à quiconque souffre de voir la langue française, la culture et la vie régulièrement insultées. Allez, prenez ce livre, ouvrez une bonne bouteille et n'hésitez plus : entrez dans le cercle !
Au cours d'un cocktail
C'était à un cocktail où je n'aurais pas dû aller, où je n'avais pas vraiment envie d'aller, ni poussé par la curiosité ni porté par un désoeuvrement (je ne suis pas coutumier de l'ennui), mais cette fin d'après-midi-là, à mon insu, la main dérobée du hasard avait ménagé pour moi une rencontre en croisant certains fils sur le réseau des affinités électives, et je m'étais laissé entraîner.
Une foule en bel habit, bruyante, se pressait autour des tables où l'on servait le Champagne et le kir, tout en enfournant des amuse-gueules et en devisant avec aisance sur des sujets futiles. Égaré dans le nombre sans faire partie du nombre, sans reconnaître rien ni personne, je me demandais ce que j'étais venu foutre là, lorsque quelqu'un m'avait interpellé :
- Vous êtes Jean-Pierre Otte, n'est-ce pas ?
Me tournant de côté, je découvris un personnage mince et gracile, de si peu de poids qu'un coup de vent d'autan aurait pu l'emporter. Il offrait un visage fascinant, de conciliation et d'ouverture, les traits doux comme émoussés ou burinés, avec cette même humanité qui émane de l'acteur Morgan Freeman. Assurément - ce fut ma première impression - un de ces êtres fluides capables de se jouer de toutes les serrures et même, en empruntant l'aspect d'un chameau, de passer par le chas d'une aiguille. Il était philosophe d'origine tunisienne, cultivait ses idées et créait ses concepts sur le divan Orient-Occident; il se nommait Mehdi Mansour, et il allait devenir l'un de mes proches amis.
Dès que Mehdi se mit à parler, le monde autour de nous commença à se brouiller insensiblement et à se fondre dans le flou. Le brouhaha devenait une rumeur de mer au loin. J'eus l'impression d'être enlevé sur un tapis volant pour me retrouver bientôt avec lui en plein désert, sous un arbre à palabres, dans le partage d'une ombre fraîche, lui discourant et moi l'écoutant en bon auditeur, alors que, apparemment, nous étions toujours au milieu du cocktail.
Sous un air amusé, qui est l'air qu'il adopte le plus souvent, Mehdi me parla du cercle de lecteurs qu'ils avaient créé à Lespinas, un hameau dans le haut Quercy, en bordure du Cantal, lequel figurait pour lui comme pour moi l'un des derniers camps de la consanguinité quand partout ailleurs en France on cédait enfin au métissage et à la variété culturelle.
1) Qui êtes-vous ? !
Jean-Pierre Otte, une appellation d'origine contrôlée, quand l'écriture est à la vie ce que le vin est à la vigne, et ce que la voix est au corps dans son contact sensible avec le monde.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le plaisir d'exister partagé dans un cercle d'amitié quand les livres n'existent vraiment que dès lors que des lecteurs les ont recréés à travers leur sensibilité et leurs prismes personnels.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Un livre est pour moitié à celui qui l'écrit, pour moitié à celui qui le lit (inspiré de Montaigne : «La parole est pour moitié à celui qui la dit, pour moitié à celui qui l'escoute»)
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Comme le cercle de lecteurs auquel j'ai assisté s'est déroulé sur trois saisons, je penserais à un montage hétéroclite de Schubert pour l'automne, de Bela Bartok («Sonate pour violon seul») pour l'hiver et de Mozart pour la période d'été. Et Bob Dylan, T-Rex et Incredible String band pour les trajets en voiture.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Une audace de livre et vie - de l'ivre vie - au milieu de la mêlée mimétique et du clonage intérieur des foules.
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