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Auteur : Philippe Djian
Date de saisie : 18/08/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 17.50 € / 114.79 F
ISBN : 9782070134793
GENCOD : 9782070134793
Sorti le : 06/06/2011
Philippe Djian lit à voix haute un extrait de son roman
Marc, un peintre d'une cinquantaine d'années, est brusquement confronté au suicide inexplicable d'Alexandre, son fils de 18 ans, lors d'une soirée.
Un an après, Marc se remet tant bien que mal de la perte de son fils. Il boit encore un peu trop. Elisabeth, sa seconde femme l'a quitté, lassée. Mais il recommence à créer, entouré et soutenu par son agent Michel et sa femme Anne, ses amis depuis 30 ans. Un soir, Marc porte secours à une jeune fille complètement saoule. Elle casse tout chez lui avant de disparaître. Retrouvée par Michel, elle se révèle être la dernière petite amie d'Alexandre, se prénomme Gloria et n'a pas de domicile.
Espérant confusément réparer la mort de son fils, Marc lui propose de l'héberger. Gloria, sauvage, solitaire et démunie, accepte la proposition sans un remerciement ni un sourire. Michel se méfie aussitôt d'elle. Il la suspecte de vouloir se venger de Marc qu'elle estime responsable de la mort d'Alexandre. Mais ce sera Michel, la première «victime» de Gloria. Elle l'aguiche et sème la zizanie dans son couple.
Dans une atmosphère de suspicion de plus en plus grande, le peintre, Gloria, l'agent et sa femme partent plusieurs fois en week-end. A la fin de l'automne, peu après l'une de ces excursions, Gloria disparaît. Elle est retrouvée trois jours plus tard dans le coma, violée et battue... L'enquête de police échoue, mais Marc croit savoir qui a agressé Gloria et décide de se charger personnellement de le confondre.
Philippe Djian est l'auteur de nombreux romans aux Éditions Gallimard parmi lesquels Frictions, Impardonnables et Incidences.
On a lu tous les livres de Philippe Djian et on n'avait encore rien vu : Djian vient d'inventer un nouveau signe de ponctuation ! C'est le premier signe du livre, un poing fermé, l'index tendu, toujours tourné vers la droite, il indique la sortie, un sauve qui peut, sortie de secours, un peu comme dans certains bistrots on flèche les toilettes ou les extincteurs, ou bien ce revolver imaginaire qu'un enfant mime avec sa main, pan t'es mort. Et des morts, il y en aura, forcément, c'est la vie. Il y en a quarante-huit de ces petites mains noires comminatoires qui finiront bien par nous conduire jusqu'à la fin, groggy sur le trottoir, sonné par le videur.
Djian le répète, comme un thème : "Les plus atteints, il fallait se rendre à l'évidence, avaient à peine une vingtaine d'années", mais le roman tend à démontrer le contraire. La maturité est une décrépitude infecte. Egocentrés dans des dépressions abyssales, les adultes sont traîtres, défoncés, en descente, paumés, "les jouets de remontées et de redescentes fulgurantes". Ils se servent du vin, se frottent les gencives, titubent dans des couloirs d'hôtel, bavant de la mousse d'aspirine. On ne peut pas dire qu'ils comprennent très bien ce qui se passe, et encore moins qu'ils sachent comment faire pour que ça s'améliore...
Ces disparus ne sont pas vraiment là pour représenter l'enfant. Djian ne se livre à aucune étude psychologique. Ce qui l'intéresse, c'est la perte définitive et évidente d'une partie de soi. Ou d'une partie de la réalité collective. La promptitude avec laquelle ça se débine. Quelque chose disparaît, sans laquelle on ne peut que se désintégrer.
On pourrait penser que les romanciers d'aujourd'hui ne peuvent nous toucher, nous concerner, que lorsqu'ils parlent de l'existence en termes raisonnables. C'est naturellement le contraire qui se passe avec Philippe Djian. C'est par la violence et l'excès qu'il approche la vérité de notre monde. La mise à feu de Vengeances se fait à partir d'une situation paroxystique. «Les plus atteints étaient les plus jeunes, sans nul doute, ceux qui avaient une vingtaine d'années. Environ. Il suffisait de les regarder.» La première phrase donne le thème, le même que dans Impardonnables ou Impuretés. Rien ne va plus entre les générations...
«Vivre n'est pas une promenade de santé.» Lire, oui.
Le style Djian, s'il garde une certaine distance, a perdu de sa dureté. Le récit mêle deux voix. La première, intérieure, celle du père, Marc, qui entame une descente aux enfers, et la seconde, extérieure, celle du narrateur, qui nous éclaire sur la situation de Marc...
Djian ne perd pas de temps, ni dans son écriture ni dans le mouvement du récit. L'histoire s'installe dès la troisième page lorsque, dans le métro, Marc observe, au bout de la nuit, une toute jeune fille, malade d'alcool autant que d'elle-même. Il hésite et finalement lui vient en aide...
Mais ne dévoilons pas davantage ce roman subtil qui n'accumule ni les personnages ni les décors. Juste l'essentiel. L'atmosphère y est parfaitement rendue, comme la justesse des sentiments. Le lecteur ne devine pas la page suivante. Alors la fin, n'en parlons pas !
Peintre alcoolique, Marc file un mauvais coton. Sombre et tonique, le roman de Philippe Djian distille les angoisses de l'écrivain avec énergie et humour...
On retrouve, dans Vengeances, les thèmes récurrents de l'oeuvre de Djian : les angoisses de l'adolescence, l'usure du couple, la crainte de vieillir - en somme, le mal de vivre. Pour évoquer la jeunesse d'aujourd'hui, en proie à la violence, à la boisson, à l'autodestruction, l'éternel adolescent renoue avec l'écriture "rock" de ses débuts. Son style enlevé apporte toute sa cohérence au projet.
A priori, Vengeances est un polar - et autant dire que le double talent de scénariste et de monteur que possède Djian, à un haut degré de maîtrise, fait merveille en cet exercice. Mais surtout, Vengeances, c'est du Djian pur jus, un mélange corsé de noirceur et d'alacrité, de burlesque et de désenchantement absolu.
Les plus atteints étaient les plus jeunes, sans nul doute, ceux qui avaient une vingtaine d'années. Environ. Il suffisait de les regarder.
Je l'avais réellement compris lors d'une petite réception chez nos voisins, quelques jours avant Noël. Lorsque mon fils de dix-huit ans, Alexandre, avait médusé, puis terrifié l'assistance en se tirant froidement une balle dans la tête. En s'effondrant sur le buffet.
J'étais rentré à la maison, avais réveillé Elisabeth - l'avais secouée, arrachée à son somnifère. «Regarde, Elisabeth ! Regarde ! lui avais-je fait d'une voix faible, encore tremblante. Regarde ce qui vient d'arriver. Regarde ce sang sur mes mains !» A l'entendre, je m'étais mis à pleurer comme une fontaine au moment où j'avais prononcé ces mots. Incapable de rester au sec durant des jours.
Elisabeth avait tout fait pour le sortir de là, pour le consoler, le réconforter, mais il ne voulait rien écouter. Son fils était mort, il ne pensait qu'à boire - se saouler au plus vite, sans délai, avant que la douleur ne se réveille. Ça lui semblait être une assez bonne solution, un acceptable compromis. Il avait ardemment souhaité qu'Elisabeth partît en vacances quelques semaines, ou mieux quelques mois. Jamais autant désiré quelque chose, jamais autant prié pour que sa boîte l'envoyât en mission à l'autre bout du monde et qu'il demeurât seul. Mais elle avait tenu bon, il devait le reconnaître. Elle ne l'avait pas lâché.
Les plus atteints, il fallait se rendre à l'évidence, avaient à peine une vingtaine d'années. A deux rangs devant lui, comme la rame se remettait en marche, c'était au tour d'une adolescente - une blonde qui émettait des rots retentissants depuis la station précédente -, à son triste tour de montrer qu'ils étaient bel et bien les plus déchus, les plus lamentables. Vomir dans ses souliers, de bon matin. Examiner le résultat d'un oeil hagard. Empuantir un wagon entier d'une terrible odeur de vinasse. Aimable plaisanterie. Le moins que l'on pût faire si l'on avait un tant soit peu l'esprit d'équipe.
(...)
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