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Auteur : Pilar Hélène Surgers
Date de saisie : 04/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Lattès, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 9782709636728
GENCOD : 9782709636728
Sorti le : 11/05/2011
1898, port de Gravelines. Après six mois forcés à terre, à la suite du décès de sa mère, le jeune Pierre Blondeel embarque une nouvelle fois sur la Louise-et-Gabrielle. Au loin, l'Islande et ses eaux poissonneuses. Mais cette fois-ci, la pêche à la morue pourrait ne ressembler à aucune autre : dans le secret, Pierre nourrit un projet fou, un projet en forme de promesse...
Janvier 2011, Dunkerque. Parisien et fier de l'être, Raphaël Nemours, journaliste débutant à La Voix de la Flandre, découvre la ville en plein carnaval, alors même qu'il enquête sur d'inquiétantes magouilles politiciennes. En compagnie de son amie Agathe et du délicieux Antoine, mémoire vivante de la région, il pénétrera un univers haut en couleurs, revisitant le folklore du Nord.
Le vieil Antoine, surtout, initiera Nemours à l'épopée des pêcheurs à la morue d'antan, lui révélant une histoire humaine tissée d'amour, d'âpreté et de courage. Mais sans le soupçonner, le jeune homme n'a-t-il pas mis le pied dans un engrenage irréversible ?
Dans ce roman plein de vie où s'entrelacent les récits et les époques, c'est toute une région qui prend corps sous nos yeux, pour dessiner une saga familiale virevoltante.
Originaire de Gravelines, architecte, Pilar Hélène Surgers a navigué des années sur les mers de trois continents. Elle est notamment l'auteur de Gens du Nord et la Ch'ti-attitude, publié en 2008.
- À hisser la grand voile ! hurla-t-il.
Ça y est. On y est. On est parti, se dit Pierre Blondeel, les yeux levés jusqu'au vertige sur les voiles bombées.
C'était un jour bleu. Un samedi. Le 21 février 1898. La Louise-et-Gabrielle, une goélette toute neuve, était la dernière à appareiller du port de Gravelines. Une vingtaine de morutiers l'avait précédée vers les mers d'Islande. Les premiers voiliers étaient partis dès le 10, date des départs réglementée depuis les grands naufrages de 1839.
C'était un samedi, parce qu'on ne part pas un vendredi. C'est bien connu mais cela ne se dit pas trop. Ces superstitions semblaient ridicules... Mais aucun marin n'avait forcé le rythme pour être prêt vendredi. Sûrement pas.
Et ce samedi était un beau jour. Comme si le ciel - ou la chance - leur avait donné raison. L'air était bleu, l'aube était bleue et la brume avait envahi de bleu tout ce qu'elle touchait. Terre et mer unies. Un miracle bleu.
C'est vrai qu'il faisait froid mais bien couvert d'une vareuse et d'un pantalon de drap épais, avec dessous un caleçon long de laine et un gros pull tricoté serré par les femmes de la maison, la température était supportable.
Le moral aussi était au bleu. Pierre Blondeel, les mains sur la barre, se sentait bien sur ce beau bateau solide sous ses bottes. Il respirait déjà l'air du large avec émotion, le coeur vibrant. Six mois sans naviguer et l'hiver rigoureux qui n'avait pas incité aux balades sur terre.
La goélette latine avait quitté le bassin Vauban et progressait lentement entre les berges de la rivière, l'Aa. Les rives de sable et de verdure étaient ponctuées de petites maisons qui diffusaient une impression de nidification. De ce chenal se dégageait une atmosphère telle que de nombreux peintres comme Turner, Seurat ou d'autres s'étaient essayés à en ravir la magie.
La Louise-et-Gabrielle voguait au portant. Puis la brise s'essouffla et tomba.
Elle était maintenant encalminée. Le chenal était si plat qu'à bord on commençait à envisager de mettre le «canote» à l'eau pour la sortir des jetées, déhalée à la rame. Enfin une petite risée, toute frêle, venue de l'est, gonfla à nouveau de proche en proche toutes les voiles et même la fortune, cette grande voile carrée, ancêtre du spinnaker. Le capitaine Coubel avait fait tout envoyer à la fois par plaisir, par fierté et par nécessité. Ce petit vent sembla vraiment s'établir et on vit enfin la mer du Nord, au bout des estacades, entre les villages de Grand-Fort-Philippe et de Petit-Fort-Philippe. «La Louise avec tout dessus, c'est beau, hein !» se disaient les marins.
1) Qui êtes-vous ? !
Je suis Pilar Hélène Surgers, architecte, écrivain. Je me sens aussi marin : sur deux voiliers successifs, 10 m. puis 11 m., deux coques fer aménagées par nous à Calais, j'ai navigué des décennies et particulièrement 5 ans pleins en Méditerranée, sur l'Océan atlantique et le Pacifique.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
La mer, le carnaval, un secret qui va unir deux hommes, Pierre, le pêcheur à la morue dunkerquois du XIXe siècle, et Nemours, un jeune journaliste parisien au XXIe siècle, "exilé" à Dunkerque, de multiples intrigues à démêler.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
La première et la dernière réunies :
- A hisser la grand voile ! hurla-t-il. Ça y est. On y est. On est parti, se dit Pierre Blondeel, les yeux levés jusqu'au vertige sur les voiles bombées.
C'était un jour bleu. Un samedi. Le 21 février 1898.
(avril 2008). La nuit était douce, presque estivale avant l'heure. Une nuit cinq étoiles. Orion pointa son trapèze isocèle.
Il sembla à Nemours que la constellation lui faisait des appels.
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Il serait tant de morceaux successifs ! L'introduction de la cantate de Bach "Jesu der du meine Seele", une chanson de Nina Simone "Mood indigo", un extrait allègre du requiem de Mozart, puis "Black bird" des Beatles et un final sur l'Hymne à Jean Bart.
Il s'y entrelace un tel foisonnement de genres : roman d'aventure, roman historique, récit autobiographique et polar à suspens...
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Mon amour de la vie, de ses manifestations joyeuses, de ses pics quand ils sont heureux, des gens qui nous entourent, ma curiosité du monde, passé, présent et à venir et, in fine, ce qui nous reste quand tout est perdu, le ciel le jour, et les nuages, le cosmos la nuit, et les étoiles.
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