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Auteur : Laure Adler
Date de saisie : 29/06/2011
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Flammarion, Paris, France
Collection : Document
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 9782081261662
GENCOD : 9782081261662
Sorti le : 07/05/2011
Une courte lecture à voix haute de Laure Adler
«Ce livre n'est pas une biographie, juste des pages arrachées au fil de la dernière année de François Mitterrand à l'Élysée.»
1994. L'Élysée, le premier des palais de la République, demeure aussi le plus secret.
Pendant plus d'un an pourtant, la journaliste Laure Adler y a mené une enquête quasi ethnologique. Dans le ballet des courtisans, parmi le cercle toujours plus restreint des intimes, de cérémonies officielles en entretiens privés, elle a pu suivre le président François Mitterrand tout au long de l'«année de ses adieux».
Elle en a ramené un document inédit, à la fois récit et journal de bord, qui dessine un autre portrait de François Mitterrand. Ici, il commente l'actualité politique et les petites tensions de la cohabitation ; là, il parle de ses rapports à l'argent, de sa maladie qui l'emportera. Il revient aussi sur la période de Vichy et s'explique sur ses amitiés controversées : Bousquet, Pelât, le suicide de François de Grossouvre... Histoire de vie, d'amitié, de combat, Mitterrand esquissait le bilan de ses quatorze années à l'Élysée. Trente ans après son accession à la tête de l'État, cet ouvrage rappelle l'homme que fut Mitterrand, deux ans avant sa mort, alors que son mandat se terminait. Un témoignage fort, réédité, qui permet de pénétrer l'intimité de cet homme si secret.
Historienne, journaliste, ancien conseiller culturel de François Mitterrand, Laure Adler a animé «Le Cercle de minuit» sur France 2. Elle est aussi l'auteur de documents, dont La Vie quotidienne dans les maisons closes (Hachette, 1990), Les femmes qui aiment sont dangereuses (Flammarion, 2009) et du best-seller Françoise chez Grasset.
Extrait de l'avant-propos
Le jour où j'ai été nommée - par hasard - conseillère culturelle à l'Élysée - par hasard encore -, sortait mon livre sur la vie quotidienne dans les maisons closes. Le soir même - hasard toujours - Bernard Pivot m'invitait dans sa célèbre émission Apostrophes.
Ma première tâche fut de rédiger un télégramme de condoléances, ce qui me valut d'être convoquée par le Président qui me dit : «Vous voyez, ce n'est pas si drôle.» J'en profitai pour lui demander - puisque seul un coup de téléphone rapide et sans explications avait précédé ma nomination - ce qu'il attendait de moi. Il me répondit : «C'est simple : trois choses très difficiles : ne parlez jamais en mon nom, prévenez-moi avant que les décisions des ministères concernés ne soient prises et dites-moi toujours la vérité sur les dossiers, particulièrement lorsqu'elle est difficile à recevoir et à entendre.»
J'étais terrifiée. Comment être à la hauteur ? De toute façon, c'était lui qui décidait si vous étiez capable ou non. Trop tard, donc, pour se soustraire.
Affolement au service de presse en fin de cette première après-midi : avais-je prévenu par note le Président et lui avais-je demandé l'autorisation de passer à la télé le soir même ? Surtout pour parler des bordels... Je joins donc Christiane, l'une de ses secrétaires particulières, qui me donne rendez-vous avec François Mitterrand, très amusé par la situation et qui, en souriant, me fait visiter l'aile droite du palais en m'expliquant que certains historiens prétendent que des courtisanes, autrefois, y donnaient des soirées galantes..
Je ne suis pas énarque. Je n'étais inscrite à aucun parti -jamais le Président ne me posera d'ailleurs de questions à ce sujet -, je ne connaissais pas la langue administrative, pas plus que le jargon budgétaire ou les subtilités du discours politique.
À la première réunion interministérielle que j'ai été amenée à présider, j'ai mesuré mon ignorance et mon impuissance à trouver une solution à un problème dont je ne saisissais pas les enjeux. Deux issues : faire semblant de comprendre, apprendre vite cette nouvelle langue, ou jouer, d'une certaine façon, l'ingénue : ce à quoi je me suis finalement résolue. Bien m'en a pris : intermittente du spectacle, totalement inexpérimentée, je fus accueillie par mes camarades comme une companera. Ils ne ménagèrent ni leur temps ni leur énergie pour m'adouber dans cet étrange monde qu'est l'Élysée. Ils m'ont tout appris : la langue, les rites, les codes, les modes de fonctionnement, les temporalités. Je suis devenue insensiblement l'un des membres d'un seul corps travaillant pour le Président.
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