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Auteur : Oulipo
Date de saisie : 28/05/2011
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Castor astral, Bègles, France
Collection : La bibliothèque oulipienne, n° 8
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 9782859208486
GENCOD : 9782859208486
Sorti le : 25/04/2011
Dans ce volume 8 de la Bibliothèque Oulipienne, qui vient s'insérer quelques volumes après le volume 5 et précéder de quelques autres le volume 12, on trouvera les fascicules 100 à 114 de la Bibliothèque Oulipienne.
L'Oulipo y parle fort bien de Dieu, tresse une couronne à «Stèphe», Michelle Grangaud compose un long palindrome, Ian Monk se lance dans la fractale puis la monkine, Jacques Jouet dans la redonde, Marcel Bénabou s'intéresse à l'altitude (et à la profondeur), Jacques Bens publie un Opus posthume, Harry Mathews s'intéresse de près à Sainte Catherine, Hervé Le Tellier, Jacques Jouet, Ian Monk, Jacques Bens, Michelle Grangaud et François Caradec poursuivent la série des Voyages d'hiver initiée par Jacques Roubaud, sur une nouvelle de Georges Perec.
Oui, voici, enfin réunis quatorze fascicules de la Bibliothèque Oulipienne, et non des moindres. D'ailleurs, nous vous l'avons dit, il n'y a pas de moindre.
La Bibliothèque Oulipienne est une publication régulière de l'Oulipo, sous forme de fascicules imprimés, dans son édition originale, à 150 exemplaires.
Depuis 1975, Georges Perec, puis Paul Fournel, puis Jacques Jouet, puis Olivier Salon, aujourd'hui Frédéric Forte, se sont chargés successivement du travail éditorial de ces livrets qui entendent illustrer une contrainte oulipienne en général explicitée. 163 numéros sont parus à ce jour.
Certains sont signés individuellement d'un membre ou l'autre de l'Oulipo. D'autres témoignent d'un travail à deux ou trois auteurs. D'autres enfin sont sous la signature de l'Oulipo comme groupe. Il y a des poèmes, des proses narratives, des essais et réflexions, des pièces de théâtre, des textes d'érudition, des documents... La Bibliothèque Oulipienne a vu souvent la première apparition publique d'un texte devenu classique : Alphabets de Georges Perec ; La Princesse Hoppy de Jacques Roubaud ; Fondements de la littérature d'après David Hilbert de Raymond Queneau ; Comment j'ai écrit un de mes livres d'Italo Calvino... Rapidement épuisés, ces fascicules on fait l'objet de rééditions à l'identique dans des recueils de plus large diffusion : volumes 1, 2, 3 aux éditions Seghers (aujourd'hui épuisés), puis 4, 5, 6 et 7 aux éditions Le Castor Astral.
LES AUTEURS
Marcel Bénabou, Jacques Bens, François Caradec, Michelle Grangaud, Harry Mathews, Ian Monk, Jacques Jouet, Hervé Le Tellier.
1. Et l'Oulipo créa Dieu
Homélie introductive
Mes bien chères soeurs, mes bien chers frères,
Pour commencer mon homélie de ce jour, placée sous le patronage de saint Félix, permettez-moi de vous proposer, selon mon habitude, un bref rappel historique, qui nous fera remonter jusqu'au VIe siècle avant Jésus-Christ. Au VIe siècle avant Jésus-Christ, donc, le philosophe grec Xénophane remarquait que les dieux des Africains avaient le teint noir et le nez camus, que les dieux des Thraces et des Germains avaient le teint vermeil et les yeux bleus, et que si les chevaux, les boeufs et les lions croyaient à des dieux et avaient des mains pour reproduire leurs traits, ils donneraient probablement à leurs divinités la forme de chevaux, de boeufs et de lions. Ce dont il concluait, non sans une certaine audace pour un homme du VIe siècle avant notre ère, que chaque homme crée ses dieux à son image.
J'aurais pu aisément me contenter de prendre appui sur ce vénérable autant qu'impeccable raisonnement pour justifier la proposition - à première vue provocante, voire franchement sacrilège - qui sert de thème à notre lecture de ce soir, 12 février 1998 : «Et l'Oulipo créa Dieu», et pour justifier, par la même occasion, sa corollaire, à savoir que le dieu des oulipiens ne peut être qu'un dieu oulipien.
Il m'a pourtant paru nécessaire de ne pas m'en tenir là, d'aller plus loin encore, et de montrer que, bien au-delà du cercle restreint des oulipiens, le dieu généralement révéré par ceux de nos contemporains qui se proclament croyants présente de multiples traits oulipiens.
De ces traits, voici au moins trois, qu'aucun observateur de bonne foi ne pourra sérieusement contester :
1) comme les oulipiens, Dieu est passionné par les problèmes de langage, et c'est même, comme chacun sait, par l'utilisation judicieuse de quelques mots soigneusement choisis qu'il a procédé à ses diverses créations ;
2) comme les oulipiens encore, il se manifeste surtout par l'écriture (dite sainte, ce qui n'est pas sans rappeler cette partie de l'activité oulipienne baptisée synthoulipisme) ; mais il choisit aussi, parfois, de faire entendre sa voix à quelques privilégiés ;
3) comme celles des oulipiens enfin, ses oeuvres ont besoin d'être décryptées, et peuvent faire l'objet de commentaires et de lectures multiples.
Tout se passe donc comme si, dans la construction de cette image éminemment oulipienne de Dieu, l'Oulipo avait été précédé par quelques mystérieux plagiaires par anticipation.
(...)
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