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.. C'est moi qui éteins les lumières

Couverture du livre C'est moi qui éteins les lumières

Auteur : Zoyâ Pirzâd

Traducteur : Christophe Balaÿ

Date de saisie : 20/06/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Zulma, Honfleur, France

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-84304-556-1

GENCOD : 9782843045561

Sorti le : 12/05/2011

  • Les présentations des éditeurs : 20/06/2011

Tout l'art de Zoyâ Pirzâd est de brosser à petites touches impressionnistes d'une grande justesse visuelle le portrait d'une société patriarcale scellée par les usages et traditions des femmes. Et de restituer la réalité de la vie des Arméniens d'Iran pris dans l'ambiance plus vaste d'un pays d'accueil, cette Perse à la fois moderne et antique dont ce beau et fort roman dévoile pour nous la complexité culturelle et sociale.

Dans un quartier préservé d'Abadan, Clarisse, l'épouse et mère de famille à travers qui l'histoire se déploie, est une femme d'une profonde humanité, intelligente, d'une simplicité de coeur qui nous la rend spontanément attachante. Par ses yeux, on observe le petit cercle qui se presse autour du foyer : un mari ingénieur à la raffinerie, fervent de jeu d'échecs et de politique, les deux filles, adorables et malicieuses jumelles, Armène, le fils vénéré en pleine crise d'adolescence, et la vieille mère enfin qui règne sur la mémoire familiale.
Pourtant la très modeste Clarisse, cuisinière éprouvée qui se dévoue sans compter pour les siens, va bientôt révéler sa nature de personnage tchekhovien, au romanesque d'autant plus désarmant qu'il se montre on ne peut plus retenu. De nouveaux voisins se manifestent en effet, une famille arménienne débarquée de Téhéran qui va très vite bouleverser l'équilibre affectif de notre femme invisible...


  • Les courts extraits de livres : 20/06/2011

J'entendis freiner le car scolaire, puis grincer le portillon métallique de la cour. Des bruits de pas dans l'allée, au milieu de la pelouse : inutile de consulter la pendule, il est quatre heures et quart de l'après-midi.
La porte d'entrée s'ouvrit. Je m'essuyai les mains à mon tablier. «On enlève sa blouse, on se lave les mains et la figure, on ne jette pas son cartable dans le couloir !» Je glissai une boîte de mouchoirs en papier au centre de la table, puis, bifurquant vers le réfrigérateur pour y prendre le lait, je constatai qu'ils étaient quatre, debout dans l'encadrement de la porte de la cuisine. «Bonjour ! Vous ne m'aviez pas annoncé de visite ! Pendant que vous enlevez vos blouses, je prépare le goûter de votre amie.» Dieu merci, ils n'en avaient amené qu'une. J'observai la fillette qui dansait d'un pied sur l'autre entre Armineh et Arsineh. Elle était plus grande que les jumelles. Entre les deux visages aux joues rouges et replètes, le sien paraissait pâle et maigrichon. Armen se tenait légèrement en retrait ; il regardait les longs cheveux de la fillette en mâchant son chewing-gum. Sa chemise blanche sortait du pantalon, les trois boutons du haut défaits. Comme d'habitude, il avait dû se bagarrer. Je mis un quatrième couvert en me disant, pourvu que je ne sois pas encore convoquée à l'école.
Armineh se dressa sur la pointe des pieds et posa une main sur l'épaule de la fillette. «On a fait connaissance avec Emilie dans l'autobus.»
Arsineh caressa les cheveux d'Emilie. «Ils viennent tout juste d'emménager au G4.»
Je pris un autre petit pain dans la corbeille. Comment n'avais-je pas remarqué ce déménagement ? Le pavillon G4 était en face du nôtre, de l'autre côté de la rue.
Armineh me coupa dans mes réflexions : «Ils ont emménagé hier.
- Pendant qu'on était au club», ajouta Arsineh. Elles se retournèrent ensemble vers la fillette.
Comme d'habitude, la poche de la blouse d'Armineh était déchirée. «Avant, le G4, c'était la maison de Sophie.»
Nul besoin de regarder pour savoir que la poche de la blouse d'Arsineh était déchirée elle aussi. «La maman de Sophie, c'est Tante Nina.»
Le col blanc d'Armineh était dégrafé. «Oncle Garnik, c'est le père de Sophie.» Arsineh dégrafa son col. «Ce qu'il peut être amusant ! Pas vrai Armineh ?
- Il nous fait mourir de rire !» répondit Armineh en secouant la tête énergiquement.
Je déboutonnai le col de leur chemisier tout en observant la fillette qui ne prêtait guère attention aux jumelles. Elle regardait partout d'un air furtif, les mains croisées dans le dos. Ses lèvres étaient d'un rose vif, comme si elle s'était mis du rouge à lèvres. Je coupai en deux le quatrième petit pain en répétant : «On se lave les mains et la figure.»
Quand les enfants furent sortis, mon mauvais côté commença à me torturer. Qu'est-ce que cette fillette peut bien regarder comme ça ? La saleté ? La cuisine lui paraît-elle laide, ou bizarre ? Mon bon côté reprit vite le dessus : ta cuisine est peut-être en désordre, mais sale, certainement pas ! Et puis l'opinion d'une petite fille, ça ne compte pas vraiment.


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