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Auteur : David Thomas
Date de saisie : 22/06/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Collection : Romans français
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-226-22064-6
GENCOD : 9782226220646
Sorti le : 02/03/2011
«J'étais un type qui ne parlait plus beaucoup à sa femme, se rasait intégralement le corps, s'endormait chez sonpsy, s'immergeait au fond des piscines, rêvait de son frère se faisant circoncire chez les Himbas et ne parvenait plus à écrire. Personnellement, je n'y voyais rien d'inquiétant, mais en homme qui ne sait pas lire le ciel, j'ignorais ce qui m'attendait.»
Adrien Lipnitsky, écrivain insomniaque et désenchanté, n'est pas en grande forme. Lorsqu'il comprend que ce malaise existentiel trahit l'absence de son frère, un voyageur insatiable dont il est sans nouvelles depuis un an, il décide de partir à sa recherche. Son périple le mènera en Suède où, dans le silence d'une clairière, il croit être au plus près de l'absent. Mais peut-on jamais atteindre ceux qui vous manquent ?
On retrouve le trait acide et la poésie décalée de David Thomas, l'auteur remarqué de La patience des buffles sous la pluie. Un premier roman incisif, parfois ironique et terriblement juste.
Après avoir été journaliste pendant une quinzaine d'années, David Thomas se consacre aujourd'hui à l'écriture. Il a publié plusieurs pièces de théâtre et un recueil de nouvelles, La patience des buffles sous la pluie (prix de la Découverte 2009 de la Fondation Prince Pierre de Monaco). Il signe ici son premier roman.
De plus en plus étrange à mesure qu'on y chemine, le premier roman de David Thomas entraîne le lecteur à Copenhague. Puis au nord de la Suède, dans l'Angermanland. Avec un subtil dosage d'humour et de tristesse, Un silence de clairière raconte la quête d'un homme qui ne cherche pas seulement son frère... mais peut-être, avant tout, à retrouver ses sensations. À vivre, simplement.
J'ai toujours couru après quelqu'un ou quelque chose. J'ai passé ma vie à ça. Ce jour-là, j'avais couru après un chevreuil. Quelqu'un peut me dire ce que je faisais dans cette campagne à courir après un chevreuil ?
Je marchais tranquillement à travers champs quand je l'ai vu à l'orée d'un bois. Il s'est arrêté de brouter, m'a fixé, puis a filé en bondissant comme une danseuse. J'ai aussitôt eu envie de le suivre. Je n'avais pas la prétention de le rattraper mais lui courir après était une façon de rester un peu plus longtemps avec lui. Il m'a promené pendant une bonne vingtaine de minutes en me narguant avec sa petite queue jaune pâle, puis il s'est arrêté et il s'est mis à aboyer dans ma direction. J'étais à une trentaine de mètres de lui, à bout de souffle, mais je n'avais pas flanché. Je me suis accroupi et on s'est regardés longuement. Son pelage était presque roux avec une petite tache blanche à la base du cou. Je me suis allongé sur le ventre sans faire de mouvements brusques et je l'ai laissé mener cette rencontre. On accorde toujours beaucoup de mystère aux animaux, et particulièrement aux bêtes sauvages, mais je n'étais pas sûr qu'il se passait quoi que ce soit d'intéressant dans sa cervelle de cent grammes. Peut-être avait-il juste compris que je n'étais pas dangereux. Ce qui était certain, c'est qu'il me tolérait pourvu que je respecte la distance qu'il m'imposait. Je ne sais pas pourquoi je suis resté une demi-heure dans l'herbe tiède du soir à regarder cet animal. Bien des choses sont remontées durant ce tête-à-tête. Des choses qui n'avaient rien à voir avec lui, des choses qui pouvaient paraître dérisoires comparées à la dureté de ses hivers. Des choses que seuls les hommes sont capables d'élaborer, s'imaginant sans doute donner à leur existence un semblant de densité. J'avais fini par reprendre mon souffle, j'étais calme et, comment dire, je me suis senti bien petit face à l'animal. J'eus envie de le remercier de me rappeler que je n'étais qu'un homme. Ma vie m'apparut tout d'un coup aussi fragile que les brins d'herbe qui nous séparaient.
1) Qui êtes-vous ? !
Un type qui essaye de devenir écrivain.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le manque de ceux qu'on aime.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Nous en étions tous là, à courir après nos fantômes et à construire des remparts. Et sous cet arbre, je défiais quiconque de s'atteindre soi-même.»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Du hard rock. Parce que c'est ce que le narrateur écoute en s'approchant de son frère lors de son voyage en Suède, parce que j'aime cette musique qui ne me ressemble pas et parce que ces groupes sont souvent les plus grands mélodistes (cf les «slow» de Led Zeppelin, Black Sabbath, Gun N' Roses, Mettalica, Scorpions, UFO...) J'aime, chez eux, cette capacité qu'ils ont de se donner des airs très virils et, en même temps, de composer des musiques très fleure bleue.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Du silence. En fait, je ne pense pas qu'un auteur partage quoi que ce soit avec les lecteurs. Un auteur est seul face à son manuscrit.
Puis le lecteur est seul face à son livre. S'il l'aime il se l'approprie. S'il ne l'aime pas il l'oublie. Et c'est très bien ainsi.
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