Beaucoup de fils ont écrit sur leur mère, sur l'amour ou bien la haine qu'ils se portaient mutuellement.
Ce que j'entreprends est différent. Je me suis mis à envisager la mienne non comme ma mère, mais comme un personnage de roman. Une femme dont la vie fut riche, imprévue, mouvementée, dramatique. Un être humain ni plus ni moins mystérieux que tous ceux que nous croyons connaître. Quelqu'un qui vous inspire l'envie de dessiner un portrait et le plaisir de raconter une histoire. On trouvera peut-être ici une clé pour certains de mes romans, comme Le Palais d'hiver ou Ciné-Roman.
Ici, la mère est peinte dans sa vérité, même s'il reste beaucoup à supposer, à imaginer, à inventer sur ce personnage toujours double : la mère et une inconnue.
La revue de presse Michèle Gazier - Télérama du 27 avril 2005
Dessiner en mots le visage de sa mère est pour le très discret et malicieux Roger Grenier une manière de livrer son coeur, de peindre ses propres traits sans quitter des yeux Andrélie la magnifique, sa génitrice. Il réalise là le rêve exprimé par Julio Cortázar dans Fin d'étape, «un autoportrait d'où l'artiste aurait eu l'élégance de se retirer»...
Que le lecteur se rassure, Andrélie n'est pas un énième roman sur la mère, sa vie, sa mort, son destin. La sienne, il la regarde comme «un personnage de roman. Quelqu'un d'assez singulier pour qu'il soit légitime de faire son portrait et de raconter son histoire sans en tirer la moindre leçon». Objectivité n'étant pas indifférence, il précise : «Simplement, à chaque ligne, il sera sous-entendu que nous nous aimions.»... Roger Grenier nous promène à travers son enfance sur les traces capricieuses de cette femme double qui appartenait à deux mondes, celui du XIXe siècle de son enfance et celui de la modernité... Que d'humour tendre dans ces pages où l'on retrouve le style délicat de l'écrivain Grenier. A 85 ans, il garde cette étincelle du regard noir et frondeur (le regard d'Andrélie, précise-t-il), cette impudique pudeur à dire derrière l'anecdote croustillante cet amour de la vie qu'il partage avec sa génitrice.
La revue de presse Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 21 avril 2005
Roger Grenier est le plus tchekhovien des écrivains français. S'il cède volontiers à la mélancolie, jamais il ne s'épanche. Il se méfie des grands sentiments et des gros mots. Il grave dans la demi-teinte. Même le portrait de sa mère n'échappe pas à cette règle de la pudeur ajoutée à l'art de la litote. Contrairement aux écrivains qui pleurent leur mère avec ostentation, Grenier, après avoir tenu pour acquis qu'il l'aimait, envisage la sienne «comme un personnage de roman». Avec une vraie distance et une fausse objectivité... Elle est morte à 83 ans. Elle aurait adoré cette traversée du XXe siècle dont elle est devenue, par la grâce de ce livre augmenté de photos, la très romanesque héroïne.