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Auteur : Jean-Christophe Rufin
Date de saisie : 04/07/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 16.50 € / 108.23 F
ISBN : 9782070134120
GENCOD : 9782070134120
Sorti le : 02/05/2011
Une courte lecture de Jean-Christophe Rufin
Jean-Christophe Rufin parle de son amour de Paris, au micro de Jean Morzadec
Sept histoires qui reviennent de loin
Sept histoires fortes, drôles, émouvantes.
Sept petits romans avec chacun son intrigue, ses personnages, son dénouement inattendu.
Sept lieux du monde, Mozambique, Kirghizie, île Maurice... qui apportent leurs couleurs et leurs parfums.
Sept occasions de donner aux grandes questions contemporaines un visage humain.
Sept instants de vie.
Un même bonheur de lecture.
Médecin, voyageur et diplomate, Jean-Christophe Rufin est né en 1952.
Il a publié aux Editions Gallimard L'Abyssin, prix Goncourt du premier roman et prix Méditerranée (collection blanche, 1997, Folio n° 3137), Sauver Ispahan (collection blanche, 1998, Folio n° 3394), Asmara ou Les causes perdues, prix Interallié (collection blanche, 1999, Folio n° 3492), Rouge Brésil, prix Goncourt (collection blanche 2001, Folio n° 3906), Globalia (collection blanche, 2004, Folio n° 4230), La salamandre (collection blanche, 2005, Folio n° 4379), Un léopard sur le garrot (collection blanche, 2008, Folio n° 4905), Le parfum d'Adam (Folio n° 4736).
Il est membre de l'Académie française depuis 2008.
Revenir de loin : "échapper à un grave danger", selon le dictionnaire. Les sept histoires que propose Jean-Christophe Rufin - il aborde, cette fois, le genre de la nouvelle - ne sont pas seulement des échos du monde, où l'on reconnaît le voyageur (Kirghizie, île Maurice, Mozambique, Sri Lanka...). Elles témoignent toutes d'une expérience de l'extrême, pas nécessairement spectaculaire : un moment où la vie bascule, quelquefois de manière heureuse (on a eu chaud, on s'en est sorti différent, plus sage), quelquefois de manière sombre (on se résigne, on se laisse emporter)...
Oui, ces sept histoires reviennent de loin. Et, comme tous les récits de voyage, elles nous parlent surtout d'ici.
De ses explorations au Mozambique, au Burkina Faso, à l'île Maurice, où un dieu hindou vient ruiner le mythe de Paul et Virginie, dans les solitudes hantées des Dolomites ou au fond d'une salle commune d'hôpital quand, interne de garde, il veillait aux frontières versatiles de la mort, Jean-Christophe Rufin a rapporté une pleine malle de ces malentendus, quiproquos, équivoques déchirantes par lesquels le monde réel se dévoile à mesure même que semblent s'y défaire les certitudes trompeuses qu'on forme à son sujet. Intrigues saisissantes, au dénouement chaque fois inouï. Du bel ouvrage, ciselé au scalpel.
Le bandeau entourant le dernier livre de Jean-Christophe Rufin annonce les couleurs. Une femme allongée, à la peau ambrée, qu'aurait pu peindre Paul Gauguin, tient une guitare sur le ventre ; est-elle indienne, africaine, caribéenne ? Une femme, tout simplement née ailleurs qu'en Europe. Le titre du recueil de nouvelles de Rufin, «Sept histoires qui reviennent de loin», ne ment pas. Ces nouvelles écrites au cordeau, style limpide et ciselé, nous entraînent dans des contrées lointaines, là où circula durant toute sa vie cet homme aux semelles de vent. On va d'un hôtel parisien à l'île de Paul et Virginie (Maurice), on se retrouve dans les Dolomites italiennes, puis à Colombo, la capitale du Sri Lanka, pour repartir dans un train Corail à la tombée de la nuit de la gare de l'Est, direction Luxembourg.
A première vue, ce sont des nouvelles. A première vue seulement. En réalité, il s'agit d'histoires. Seulement d'histoires. Un point commun ? Dire l'ailleurs, la différence. Jean-Christophe Rufin, abonné aux gros romans d'aventures (L'Abyssin, Rouge Brésil, Goncourt 2001...), aux pavés d'espionnage (Le Parfum d'Adam ; Katiba...) ou aux vastes machines d'anticipation (Globalia...), nous propose aujourd'hui, comme un repos, sept histoires du bout du monde...
Sans doute est-ce là le charme de ce recueil : Rufin prouve qu'il n'est pas besoin de s'étendre sur des centaines de pages pour retenir l'attention du lecteur. Il frappe fort, là où gisent les failles.
Sept histoires qui reviennent de loin, comme lui, à l'ombre d'une couverture blanche et d'un bandeau plein de couleurs chaudes où une sirène en sari rose joue du ukulélé pour des poissons émeraude. Du Mozambique à la "Kirghizie" (sic), des Alpes italiennes aux plages de l'île Maurice, c'est un enchantement. Sept nouvelles fortes et souples, gorgées des parfums de la mer et de la terre, mais aussi extra lucides sur l'état du monde et les ressorts profonds de ces marionnettes à pulsions que sont les êtres humains...
Toutes les phrases sont sincères et ciselées, riches de souvenirs de peaux, de baignades océaniques crawlées et de lignes d'horizons perdus.
Les sept histoires inventées par Jean-Christophe Rufin «reviennent de loin». Mais d'où ? A priori d'un grand hôtel parisien, du Kirghizstan, des Alpes italiennes, d'une île de l'océan Indien, etc. Plus profondément, elles sortent de l'imagination de Jean-Christophe Rufin. C'est tout dire, mais c'est ne pas dire assez. Car qui est Rufin ? Ou plutôt de quel Rufin sont-elles issues ? De l'ancien médecin humanitaire, de l'ancien ambassadeur, du romancier, Prix Goncourt pour Rouge Brésil, récemment élu à l'Académie française ? D'un autre, qui aurait échappé à notre vigilance. Cela n'est pas exclu.
- Monsieur Paul ! La 224... Elle a tout cassé !
Virginie, la femme de chambre, était descendue en courant pour prévenir le gérant et l'avait trouvé dans son bureau. Sitôt arrivé le matin, il s'y enfermait et allumait la télévision. Ce jour-là, la première chaîne retransmettait la visite de Gorbatchev aux États-Unis. La grande affaire du moment, c'était l'effondrement de l'URSS qui se déroulait en direct.
- Tout cassé, où ça ? grogna-t-il.
- Dans sa chambre, pardi ! Elle a retourné le lit, les fauteuils, la table, tout.
- On les remettra en place.
- Non, vous ne comprenez pas. Elle a une force incroyable, pour une petite femme comme ça. Les draps, elle les a déchirés en lanières. Elle a cassé le plateau en marbre de la table. Il ne reste plus un seul miroir dans la pièce. C'est un carnage.
- Est-elle seule ?
- Il y a cette bonne femme de l'ambassade avec elle. Mais ça n'a pas l'air de la calmer du tout.
L'ambassade ! L'ambassade soviétique. M. Paul hocha la tête. Une des conséquences des événements en train de se dérouler était cette soudaine arrivée de touristes russes, avec la bénédiction de leur ambassade.
- Pendant qu'elle casse, elle n'arrête pas de jacter. Et personne ne comprend ce qu'elle dit.
- La femme de l'ambassade ne vous a pas traduit ?
- Elle ? C'est à peine si elle dit trois mots de français. La seule langue étrangère qu'elle connaisse, c'est l'allemand.
- L'allemand ? répéta M. Paul, en se redressant. Virginie opina, en se retenant de sourire. Elle savait ce qu'elle faisait. Au mot «allemand», M. Paul avait soudain marqué son intérêt. Il se leva, tira sur son gilet et éteignit la télé. L'Histoire attendrait.
- J'y vais, dit-il.
Sa carrière, il la devait aux langues étrangères et, parmi toutes celles qu'il parlait, l'allemand était sa préférée. Sa mère, d'origine alsacienne, la lui avait apprise dès l'enfance.
Dans l'ascenseur, avec la femme de chambre, M. Paul garda le visage grave et concentré du boxeur qui se dirige vers le ring. Ils n'étaient pas encore arrivés au quatrième étage qu'ils entendaient déjà les hurlements. Il prenait soudain la mesure de la gravité de la situation. La casse, passe encore, mais le tapage était intolérable dans un établissement de cette catégorie : quatre étoiles chèrement acquises, un emplacement en or à deux pas des Champs-Élysées, une clientèle haut de gamme.
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