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.. Le roman de Ernest Hemingway

Couverture du livre Le roman de Ernest Hemingway

Auteur : Gérard de Cortanze

Date de saisie : 05/05/2011

Genre : Littérature, essais

Editeur : Rocher, Monaco, France

Collection : Le roman des lieux et destins magiques

Prix : 19.90 € / 130.54 F

ISBN : 9782268071008

GENCOD : 9782268071008

Sorti le : 18/04/2011

  • Les présentations des éditeurs : 14/07/2011

J'ai la profonde conviction qu'Ernest Hemingway reste un auteur mal connu. On ne voulut voir en lui qu'un géant chasseur de fauves, un correspondant de guerre rebelle, un dur à cuire pêcheur de monstres marins, un amateur de corridas, un boxeur primitif, un viscéral insatiable, un monument de virilité, violent et alcoolique. Cette panoplie réductrice ne le protégeait guère : sa légende faillit le dévorer. Il s'en plaignait souvent.

Mon ambition est de rétablir un morceau de cette vérité derrière laquelle l'auteur du Vieil Homme et la mer courut toute sa vie. Hemingway fut un romancier puissant, un journaliste de tout premier plan, un extraordinaire nouvelliste, hanté par la phrase exacte, le mot juste, l'histoire vraie, la sincérité. Mauriac disait de lui qu'il parlait le langage de la «grande liberté». Oui, mais de la solitude aussi, de celle qui contraint chaque jour l'écrivain «à faire front à l'éternité ou à l'absence d'éternité».

Auteur de soixante-dix livres traduits en vingt langues, dont Assam (prix Renaudot, 2002), Gérard de Cortanze est membre de r Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, et dirige la collection Folio biographies chez Gallimard.


  • Les courts extraits de livres : 14/07/2011

Extrait du prologue

Je n'ai jamais cherché à savoir pourquoi, mais la lecture des livres de Hemingway m'a toujours plongé dans une infinie tristesse, une profonde nostalgie. J'aurais aimé le rencontrer et suis intimement persuadé que nous aurions eu beaucoup de choses à nous dire, sur les enfants, les femmes, le travail de l'écriture, la trajectoire de l'existence, le métier de vivre. Et pourtant, je ne suis ni chasseur ni pêcheur, je déteste la guerre et les armes, ne suis guère sensible à la corrida. Mais il y a l'Espagne et l'Italie. Nous sommes très peu à aimer ces deux pays, ces deux langues, ces deux cultures d'un amour égal.
Et il y a l'enfance.
Comme Hemingway, je pense que la vie d'un écrivain, en mettant les choses au mieux, est une vie solitaire; que les groupements d'écrivains - qui n'existent plus guère, d'ailleurs -pallient la solitude, mais n'améliorent aucunement le style; que l'importance d'un écrivain grandit aux yeux du public lorsqu'il renonce à sa solitude - ce qui est encore plus le cas aujourd'hui qu'entre 1930 et 1960 -, mais que son oeuvre en souffre. Un écrivain oeuvre dans la solitude et, s'il est assez bon écrivain pour cela, il doit chaque jour «affronter l'éternité, ou son absence».
Comme Hemingway, je pense que tout écrivain devrait pouvoir écrire - a en lui - un livre qui serait comme l'épilogue de tout ce qu'il a composé. Le Vieil Homme et la mer devait servir de postface au grand livre sur la mer que Hemingway avait projeté d'écrire. Il devint un livre en soi, un roman pleinement autonome, un épilogue à tout ce qu'il avait, dit-il, «appris ou essayé d'apprendre pendant qu'il l'écrivait et essayait de vivre».
Le Roman de Hemingway n'est ni un essai ni une biographie. Il s'agit plutôt d'une promenade à l'intérieur d'une oeuvre qui parfois se retourne sur les chemins empruntés par une vie qu'elle croisa, remodela, dont elle s'inspira, à laquelle elle puisa. J'aime cette idée, formulée par Hemingway dans sa nouvelle «Père et fils», d'une écriture qui aide celui qui s'y adonne à se débarrasser de bien des choses. Et j'aime sa volonté affichée de vouloir conserver son intégrité d'artiste.
Hemingway a raison de dire, avec une certaine fermeté d'ailleurs, à son père, qu'il est important pour lui d'écrire tranquillement, en essayant de le faire aussi bien qu'il le peut, en ne visant aucun marché et en évitant le piège qui consiste à vouloir gagner coûte que coûte de l'argent. Ce désir de gains à tout prix, de gloire médiatique, a détruit nombre d'écrivains américains.
Que dirait-il aujourd'hui, lui, cet Ernest Hemingway qui écrivait cela en 1938 ?
Hemingway n'a jamais considéré l'écriture comme un travail rapide ou facile. «Dieu m'est témoin que j'ai toujours sué sang et eau», avoua-t-il un jour à Mary, sa dernière femme. Retenons cette phrase, extraite des Vertes Collines d'Afrique : «Et qu'est-ce que vous voulez ? - Écrire aussi bien que je peux et apprendre tout en vivant.»


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