Héritier de la liberté et du combat de ses pères, tous républicains et résistants, Serge Pey nous offre avec ce Trésor de la guerre d'Espagne un fabuleux kaléidoscope d'histoires vraies. Son écriture porte en elle cette force des grands écrivains telluriques comme Giono ou Faulkner, et parvient à nous rendre présente, comme intimement vécue, l'aventure de ces enfants pris dans la tourmente des guerres et des répressions. Partout on chasse, on traque et on tue l'enfant des révoltes, le fils des opprimés, qui doit pour survivre trouver les ruses de l'animal.
Il y a un tel bonheur de conter chez Pey qu'on ne peut s'empêcher de se délecter de chacun de ces épisodes tragiques ou pathétiques. Rarement une écriture aura rendu avec une telle intensité la mémoire à la vie.
Fils de réfugiés catalans, établi à Toulouse où il enseigne à l'université du Mirail la littérature et la poésie contemporaine, Serge Pey est par ailleurs un grand arpenteur d'horizons, de la Chine au Mexique ou au Nicaragua, un plasticien remarquable et un poète adulé pour ses performances shamaniques au quatre coins du monde.
Les courts extraits de livres : 04/05/2011
L'Assassinat
Devant le champ, ils étaient quatre. Puis un autre est arrivé derrière la remise. Ils étaient cinq. D'abord l'enfant vit les oiseaux se lever depuis le buisson, et un de plus avait surgi, avec un fusil à la main. Ils étaient six. L'enfant avait entendu le hennissement d'un cheval et un oiseau s'envoler derrière un rocher. Puis il avait vu le chef des gardes qui les désignait aux cinq autres avec sa cravache de corde. Lentement ils entourèrent l'homme et l'enfant avec leurs chevaux :
- C'est toi le cracheur ?
L'homme ne répondit pas. Il cracha simplement devant lui, entre les jambes du cheval, sans baisser la tête.
- Tu as six heures pour quitter cette terre et l'on ne te préviendra plus.
L'homme cracha une seconde fois entre les jambes du cheval qui fit un écart et se cabra devant son ombre. Le garde prit son revolver et visa l'homme à la tête, en tremblant. L'homme ne baissa pas les yeux. Alors le garde, en tirant son cheval de côté, prit pour cible un petit cochon noir que l'enfant et l'homme élevaient pour les fêtes. La tête du cochon explosa sous l'impact du coup de feu et son corps se coucha sur le côté, sans un bruit. Le regard de l'homme ne cilla même pas sous la déflagration et il cracha à nouveau entre les jambes du cheval. L'homme avait parlé.
- Bientôt nous t'aurons, le cracheur ! Tu finiras comme ce cochon et tu iras cracher en enfer ! dit le garde, avant de disparaître avec les autres cavaliers dans un nuage de poussière.
L'enfant regardait l'aigle qui tournait dans le ciel. Attelé à sa noria invisible, l'oiseau majestueux tirait vers eux tout le soleil au milieu des ombres. L'enfant se souvient. L'homme garda le silence un long moment, observant l'aigle qui tournait vers la montagne, peut-être pour vérifier son travail et attirer le soleil dans une autre vallée. Puis, se retournant, il dit à l'enfant :
- Donne-moi ton couteau !