Inscrivez-vous àla Lettre des Bibliothécaires.
Bibliothécaires,partagez vos découvertes.
Clubs de lecture,envoyez vos choix.
Editeurs,valorisez vos livres.
Auteur : Shilpi Somaya Godwa
Traducteur : Josette Chicheportiche
Date de saisie : 15/06/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Mercure de France, Paris, France
Collection : Bibliothèque étrangère
Prix : 26.00 € / 170.55 F
ISBN : 9782715231313
GENCOD : 9782715231313
Sorti le : 04/04/2011
Somer s'éclaircit la voix et dit : «Tu crois qu'elle va essayer de... les chercher ?» Elle ne supporte pas d'employer le mot «parents». Il confère trop d'importance à des gens qui n'ont aucun lien avec Asha autre que biologique. Avec le temps, ils sont devenus des fantômes, sans nom ni visage. Il n'y a aucun risque qu'ils revendiquent un jour un rôle dans la vie de sa fille. C'est plutôt la réaction d'Asha qu'elle a toujours redoutée, le moment où elle serait suffisamment en rébellion pour vouloir en savoir plus.
Au début, il y a eu deux couples, qu'a priori tout séparait d'abord Kavita et Jasu, deux pauvres paysans indiens pour qui la naissance d'une fille est une catastrophe, au point que, la mort dans l'âme, la jeune mère confie son bébé à un orphelinat. Ensuite, de l'autre côté de la terre, aux États-Unis, il y a Somer et Krishnan, médecins tous les deux, elle américaine, lui indien, qui ne peuvent pas avoir d'enfant. Ils vont donc décider d'adopter une petite fille en Inde - qui sera celle de Kavita.
À Asha, si jolie, si gâtée, ils vont donner amour, excellente éducation, avenir. Mais celle-ci va vouloir un jour connaître ses origines, ses racines. Sa quête ne sera pas facile...
La fille secrète est le premier roman de Shilpi Somaya Gowda, dont la famille est originaire de Mumbai, et qui vit aujourd'hui en Californie.
Croisant les destins de deux couples sur vingt ans (1984-2004), Shilpi Somaya Gowda - originaire de Mumbai (Bombay, en Inde) et vivant aujourd'hui en Californie -parvient à aborder avec finesse les questions complexes de l'adoption et de la filiation, de l'identité et de la bi-culturalité, de l'amour maternel et des liens de famille.....
La quête d'Asha ne sera pas facile. Elle aura bien des obstacles à franchir avant d'atteindre, sinon le but qu'elle s'était fixé, au moins la vérité sur ses origines dont elle avait besoin.
LE COMMENCEMENT DU DEUIL
Dahanu, Inde, 1984
KAVITA
Elle est arrivée dans la cabane abandonnée à la tombée de la nuit, dès qu'elle a senti les premières contractions, celles qui ne trompent pas. Elle n'a prévenu personne. Il n'y a rien dans la cabane, à l'exception de la natte sur laquelle elle est allongée à présent, les genoux repliés sur la poitrine. Lorsqu'elle est assaillie par la seconde vague de douleur, Kavita enfonce ses ongles dans ses paumes et mord le morceau de bois entre ses dents. Sa respiration est bruyante mais égale tandis qu'elle attend que le tiraillement s'apaise dans son ventre gonflé. Elle fixe l'ombre jaune pâle sur le sol de terre battue, projetée par la lueur vacillante d'une lampe à huile, sa seule compagnie dans les heures sombres de la nuit. Elle a essayé d'étouffer ses cris jusqu'à ce qu'elle n'y parvienne plus. Bientôt, elle le sait, quand elle éprouvera le besoin de pousser, la sage-femme du village les entendra. Elle prie pour que le bébé naisse avant l'aube, car son mari se réveille en général juste après le lever du soleil. C'est la première des deux prières que Kavita ose faire pour cet enfant, de crainte de trop en demander aux dieux.
Le grondement sourd du tonnerre au loin fait écho à la menace de la pluie qui a plané toute la journée. L'humidité flotte dans l'air et dépose de fines gouttelettes de transpiration sur son front. Quand les cieux se déchireront enfin et que la pluie s'abattra, ce sera un soulagement. La mousson a toujours eu une odeur particulière pour elle : âpre, terreuse, comme si le sol, les végétaux et l'eau se mélangeaient. C'est le parfum de la vie qui renaît.
La contraction suivante arrive si brusquement qu'elle lui coupe le souffle. La sueur a dessiné des ronds noirs et humides à travers le corsage en coton de son sari*, tendu à la hauteur des minuscules attaches entre ses seins. Par rapport à sa dernière grossesse, sa poitrine a bien plus forci, cette fois. Lorsqu'ils étaient seuls, son mari lui reprochait de ne pas se couvrir davantage, mais quand il se trouvait en présence des autres hommes, elle l'entendait se vanter, comparant ses seins à des melons bien mûrs. Elle a accueilli ce changement comme une bénédiction, car, pour son mari et les autres, cela signifiait que le bébé serait un garçon.
Une peur soudaine l'étreint, cette même peur suffocante qu'elle a ressentie pendant toute sa grossesse. Et s'ils se trompent ? Sa seconde prière, la plus désespérée des deux, c'est de ne pas mettre au monde une fille. Elle ne pourrait pas le supporter à nouveau.
Copyright : lechoixdesbibliothecaires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia