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Auteur : Meaghan Delahunt
Traducteur : Céline Schwaller
Date de saisie : 25/05/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Bibliothèque anglo-saxonne
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 9782864247265
GENCOD : 9782864247265
Sorti le : 14/04/2011
Trois personnages se croisent en Inde. Françoise, une photographe australienne, est venue à Bhopal dans le cadre d'une recherche sur les suites du drame de cette ville où, vingt ans plus tôt, une fuite de gaz toxique dans l'usine Union Carbide a tué des milliers de gens. Ils se sont croisés sans se connaître des années auparavant, il y a Naga, un réfugié tibétain dont la famille est morte dans la catastrophe et Arkay, un voyageur écossais qui a trouvé un refuge dans le bouddhisme. Ils étaient tous les trois pleins de promesses et d'espoirs. Françoise rassemble des photographies de leurs vies dans ce Livre rouge. Ces photos racontent leurs histoires d'amour, de lutte et de transformation - elles révèlent les gens qu'ils ont été et ce qu'ils vont devenir, les vies qui s'entrelacent et se séparent. Écrit dans une langue colorée, imaginative et évocatrice, c'est une méditation sur les relations entre l'Orient et l'Occident, la fascination qu'exercent sur les étrangers l'Inde et sa complexité, un regard aigu sur la responsabilité individuelle et collective et les manières d'être dans le monde.
«Un livre saisissant de beauté. Trois voix au-dessus d'un éparpillement de paysages colonisés. La prose incisive rend parfaitement le côté aléatoire de la vie et la véritable nature de ce que nous prenons naïvement pour des choix.»
Janice Galloway
Meaghan Delahunt est née à Melbourne et vit actuellement à Édimbourg. Elle a été finaliste du Orange Prize, Le Livre rouge est son deuxième roman, et son premier publié en France.
FRANÇOISE
Tout a commencé par une photographie. Le son et l'atmosphère qui s'en dégageaient. La photo de l'enfant dans la terre prise par Raghu Rai. C'est ce qui m'a amenée en Inde.
Je l'avais vue la première fois dans un journal. Elle avait été prise à Bhopal, en 1984, à peine quelques heures après la catastrophe. Sur d'autres photographies, Rai a pris la pyramide de corps dans les rues et l'air orphelin des survivants. Le réservoir de la Union Carbide où la réaction en chaîne a démarré. Mais c'est cette image qui m'a marquée. J'ai tourné la page et le visage de l'enfant s'est levé - telle une lune pâle enterrée dans la terre -, ses yeux opaques ouverts, la main d'un adulte lui caressant le front. Parfois on voit une image qui vous coupe le souffle, qui crie la terreur, la beauté et la douleur du monde. Parfois on voit une image qui vous montre votre avenir, qui vous met sur votre voie.
Presque vingt ans plus tard, j'étais venue ici pour voir l'exposition de Raghu Rai. J'allais rester quelques semaines puis aller à Bhopal en résidence, afin de travailler sur un projet international.
J'étais venue ici pour prendre mes propres photos.
Je me suis réveillée au moment où l'avion descendait vers l'aéroport Indira Gandhi. Quand j'ai ouvert les yeux, les lumières de Delhi scintillaient en contrebas ; bleues, oranges et vertes, semblables à des bracelets en perles de verre.
Dans le hall des arrivées, les gens tendaient partout des écriteaux et des panneaux avec des noms inscrits dessus, et l'air était écrasant. Les gens se sont rués sur les chariots. Un Américain s'est mis à crier, à pousser, s'est jeté sur un chariot, mais quelqu'un l'a devancé. L'homme a explosé : "Je viens visiter votre pays, nom de Dieu !" Quand d'autres chariots sont arrivés, les familles indiennes les ont accaparés les premières grâce à des membres postés à des endroits stratégiques près des portes et des sorties. "C'est comme ça que vous traitez les touristes ?" L'homme, qui criait encore. À ce moment-là, deux agents d'aéroport m'ont vue, seule dans mon coin. "Bientôt, m'ont-ils crié, ignorant l'homme. Bientôt, madame, préparez-vous !" D'autres chariots sont arrivés et les agents m'ont poussée en avant. L'Américain et moi avons saisi le même. J'ai reculé en trébuchant tandis qu'il donnait des coups de pied dans tous les sens comme un petit garçon, m'atteignant au tibia. "C'est le mien", a-t-il crié à sa femme, à présent triomphant, se frayant un chemin à travers la foule à coups de coude.
Je l'ai insulté en me frictionnant la jambe. Un des agents d'aéroport a levé les yeux au ciel avec un sourire.
- Vous devez savoir une chose, a-t-il dit en désignant l'homme et sa femme. Madame, il ne tiendra pas une semaine.
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