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Auteur : Patrick Cauvin
Date de saisie : 07/04/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Plon, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782259205504
GENCOD : 9782259205504
Sorti le : 07/04/2011
Qui est vraiment Michel Caroni et pourquoi s'insinue-t-il dans la vie du psychiatre Paul Valenti ?
A chaque séance, le présumé patient raconte un de ses rêves où apparaissent un détail et des personnages qui ont occupé une place importante dans la vie du psychiatre. Ces éléments troublants ravivent une histoire qui a bouleversé son existence : celle d'une authentique passion amoureuse.
Patrick Cauvin (de son vrai nom Claude Klotz) a vécu toute son enfance à Marseille avant de venir s'installer à Paris. Professeur de littérature pendant plus de dix ans, il est devenu l'un des romanciers français les plus populaires, avec notamment E=MC2 mon amour, Villa Vanille. Son dernier livre publié chez Plon fut Une seconde chance.
On y retrouve, en condensé, tout ce qui a fait le succès populaire de «Nous allions vers les beaux jours», «E=MC2, mon amour», «Laura Brams» ou «Rue des Bons-Enfants» : un sens de l'intrigue qui accroche dès les premiers mots, ce tempo romanesque qui retient le lecteur suspendu à un récit sans temps morts, une imagination inépuisable, une tendresse particulière envers les blessés de la vie, mais aussi un goût pour les gens ordinaires embarqués dans des histoires qui les dépassent et éclatent comme des bombes à retardement.
Une patiente
Il faudra qu'un jour j'élucide les raisons de cette incoercible montée d'indifférence.
C'est régulier. Chaque samedi, elle s'empare de moi entre 17 et 18 heures. L'heure de Madame S. Elle est ma patiente depuis trois mois.
Depuis trois mois donc, le samedi. Tous les samedis, Madame S. pince entre le pouce et l'index de sa main droite le pli de son pantalon. Elle fait glisser le tissu sur une longueur invariable que j'ai estimée à environ douze centimètres, longueur située entre le pli de l'aine et le genou. Durant tout ce temps, elle parle et le même phénomène se produit. Au bout d'environ trois minutes de monologue, un étrange sentiment monte en moi, je sais qu'il me submergera très vite et que je devrai lutter pour ne pas m'y laisser aller : tout ce que peut dire Madame S. m'indiffère.
Depuis douze ans que j'exerce, j'ai su maintenir à un degré que je crois scientifiquement acceptable la part d'intérêt qu'il me paraît nécessaire d'établir entre un patient et moi, cela pour pouvoir envisager une guérison, ou tout au moins un apaisement.
J'ai d'ailleurs souvent l'impression, mais c'est peut-être là péché d'orgueil, d'avoir moi-même trouvé la distance. La bonne distance. J'ai pensé parfois à une analogie avec un match de boxe... Chaque combattant calcule l'endroit idéal où se situer pour être efficace par rapport à l'autre. Il en va de même pour le psychothérapeute. Son intensité d'interprétation ne doit pas être motivée par le degré de sympathie ou d'antipathie qu'il éprouve à l'égard de son interlocuteur du moment.
Je me suis trouvé très rarement en position d'antipathie envers l'un de mes malades. J'ai refusé de m'occuper du problème d'un ingénieur en informatique il y a quatre ans. Son attitude condescendante dès la première séance m'avait indisposé. Il était évident que ce type possédait un ego surdimensionné, et son débit haché conférait à chacune de ses phrases une tonalité définitive qui augurait mal de nos échanges futurs. J'étais arrivé, au bout d'une heure, à lui faire admettre que son cas serait étudié avec plus de soin par l'un de mes confrères sexologues, spécialiste en troubles de l'impuissance, ce qui était la raison de sa présence. Il accepta lorsque, me plaçant totalement en situation d'infériorité, je lui avouai ne pas être suffisamment à la hauteur et en mesure de maîtriser son cas. Je lus dans ses yeux à ce moment-là que l'importance que je venais de lui conférer le comblait de joie, et il quitta les lieux en sifflotant, à la recherche de compétences supérieures susceptibles d'aborder à ses hauteurs.
J'ai repensé longtemps à ce personnage, et je crois être parvenu à une explication de mon propre comportement.
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