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Auteur : Hernan Rivera Letelier
Traducteur : Bertille Hausberg
Date de saisie : 06/04/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Bibliothèque hispano-américaine
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782864247098
GENCOD : 9782864247098
Sorti le : 04/04/2011
Elle devait s'appeler Malvarrosa mais, à cause d'une erreur de l'officier de l'état civil ou parce que son écervelé de père était trop soûl en allant la déclarer, elle finit par s'appeler Malarrosa.
Cette petite fille marquée par le destin dès sa naissance accompagne son père dans les bouges où se déroulent ses parties de cartes et parcourt avec lui les hameaux environnants au gré des rencontres pugilistiques entre Oliverio Trébol et les "champions" locaux.
Elle vit au milieu de personnages hauts en couleur, campés avec une truculence toujours teintée de tendresse : Saladino, père irresponsable et joueur poursuivi par la guigne, Oliverio Trébol dit Tristesburnes, le gros bras au coeur tendre, sans oublier Isolina del Carmen Orozco Valverde, l'institutrice d'âge canonique qui ne désespère pas de ramener tout ce beau monde dans le droit chemin. Au fil des mois, ses vêtements masculins ne peuvent plus dissimuler les rondeurs naissantes de Malarrosa. Alors, avec une lucidité et une détermination extraordinaires, ce sera elle qui, pour la première fois, décidera de son destin.
Fidèle à sa vocation de chantre du désert et de l'épopée du salpêtre, Hernán Rivera Letelier a choisi pour toile de fond l'agonie de Yungay, un de ces innombrables villages du Nord qui ont disparu comme autant de mirages.
Hernán Rivera Letelier est né à Talca, au Chili, en 1950. Il a toujours vécu dans les déserts des mines de nitrate d'Atacama. Il y a longtemps travaillé comme ouvrier, il a fait des études secondaires à l'âge de vingt-cinq ans. Il a reçu pour ses deux premiers romans le prix du Conseil national du livre du Chili. Il est l'auteur, entre autres, de La Reine Isabel chantait des chansons d'amour, des Trains vont au purgatoire et des Fleurs noires de Santa Maria.
Elle devait s'appeler Malvarrosa. Un prénom choisi en l'honneur de sa mère, Malva Martina, et de sa grand-mère extralucide, Rosa Amparo. Cependant, à la suite d'une erreur de l'officier d'état civil ou parce que son écervelé de père était tellement bourré en allant l'inscrire qu'il pouvait à peine bredouiller un mot, elle finit par s'appeler Malarrosa. Si le prénom a une influence sur le caractère et le destin d'un être humain comme le prétendent les devins de l'onomastique, elle était destinée à être une enfant heureuse, un peu crédule si on veut, avec de jolies fossettes comme toutes les Malvarrosa du monde, mais une seule lettre ôtée de son prénom bouleversa toutes les prévisions et la transforma en ce qu'elle finit vraiment par devenir : une gamine farouche, silencieuse, solitaire, avec d'épais cheveux noirs et des yeux couleur de mirage.
Bien que née dans la compagnie San Gregorio, Malarrosa vécut dès l'âge de trois ans à Yungay, un village surgi près de la gare ferroviaire du même nom dans le canton d'Aguas Blancas, la région du désert d'Atacama qui, de par son paysage inhospitalier, ressemble le plus à une planète inhabitée. Elle avait l'air apathique ; pourtant depuis son plus jeune âge elle regardait déjà la mort en face, sans sourciller ni baisser les yeux et avec plus de cran qu'elle n'en montrerait ensuite devant le regard inquisiteur de la vieille institutrice irascible, mademoiselle Isolina del Carmen Orozco Valverde.
En effet, non seulement elle avait survécu à la tuerie de San Gregorio, été témoin d'un grand nombre de morts violentes dans les tripots et les taudis où la traînait son père, poussé par la passion du jeu, non seulement elle avait vu agoniser et mourir sa grand-mère et son grand-père maternels à deux mois d'intervalle et assisté au décès prématuré de ses deux frères, deux petits anges jumeaux morts "d'effeuillement" disait sa mère, quatre jours après leur naissance (elle avait confectionné leurs petites ailes dorées, les oeillets destinés à être déposés dans leurs menottes glacées, découpé des lunes et des étoiles pour les coller sur le drap couvrant le mur au pied duquel on les avait veillés, chacun d'eux assis sur sa petite chaise de paille) ; mais en plus, trois ans plus tôt, sa mère avait rendu le dernier soupir dans ses bras, après une longue agonie, rongée de l'intérieur par la tuberculose qui n'avait laissé d'elle qu'une enveloppe raidie et transparente.
"Elle est morte comme un petit oiseau", dit-elle seulement à la première voisine venue l'aider à préparer la veillée funèbre.
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