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.. Un refrain sur les murs

Couverture du livre Un refrain sur les murs

Auteur : Murielle Magellan

Date de saisie : 28/05/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Julliard, Paris, France

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 9782260018568

GENCOD : 9782260018568

Sorti le : 10/03/2011

  • Les présentations des éditeurs : 21/04/2011

Cette mélodie, elle la connaissait. D'où venait qu'elle l'entendait de nouveau en moins de deux jours ? Avec cette façon similaire de décaler, de balancer les notes en dehors du temps, d'être fidèle puis de trahir... Rien en vue pourtant. Le hautbois devait s'extraire d'une rue transversale. D'ailleurs l'instrument s'était tu. Isabelle se demanda si elle avait rêvé, mais non. Les sons continuaient à résonner en elle, persistants. S'agissait-il du jeune homme à la tête étrange cette fois encore ? Celui au regard flatteur ? Ce serait un sacré hasard.

Sous les dehors d'un conte de la vie ordinaire, Murielle Magellan raconte l'étonnante renaissance, à trente ans d'intervalle, de deux femmes blessées : une mère et sa fille. Drôle, inventive, toujours bienveillante, Murielle Magellan a l'art de réenchanter la monotonie du quotidien au gré de petits miracles qu'elle fait surgir au coin de la rue.

Murielle Magellan a d'abord écrit pour le théâtre et la télévision (Pierre et Papillon ou l'Histoire d'un amour décalé, pièce jouée en Avignon puis au théâtre des Mathurins, Traits d'union, montée par Bernard Murât, Petits meurtres en famille, un feuilleton pour France 2, et La Joie de vivre de Zola, réalisé par Jean-Pierre Améris). Chez Julliard, elle a publié Le Lendemain Gabrielle en 2007. Un refrain sur les murs est son second roman.


  • Les courts extraits de livres : 21/04/2011

ISABELLE, 1987

Que ce quai est long ! Et ce train qui n'en finit pas... Les valises, la petite main de Romane dans la mienne, la course rapide d'Adrien quelques pas devant moi, l'oeil vigilant sur chacun de leurs écarts, la lassitude, l'appréhension de les laisser partir en voyage accompagné, certes ils adorent, certes le soleil tape, certes leur père les attend avec une montagne de douceurs qui amadouent, pour faire passer la pilule belle-mère, nouvelle compagne-à-papa, mais cela ne m'empêche pas de m'inquiéter, inquiétude archaïque, comme un enduit dans mes parois intérieures. Un petit sac-goûter pour chacun, un livre de coloriage, un baladeur (ou je ne sais comment on appelle ces machines qu'on ne trouve pas à moins de trois cents francs), alors je préfère dire : «Tu as pris ton truc, là, et tes cassettes ?» Adrien a tout pris, Romane aussi, tous deux me regardent avec leurs yeux penchés, un peu jouissants, «tu n'es pas trop triste ?», mais je vois bien la leur aussi, de tristesse, finalement on se ressemble dans notre sentiment mélangé de joie et d'abattement. Il y a un tel soulagement à détisser ce lien, à lâcher nos nombrils et nos coeurs et nos corps fusionnants, un tel soulagement surtout, en termes de fatigue, porter, faire les devoirs, écouter les crises, les pleurs, les peines, les questions «pourquoi, pourquoi, pourquoi...». Ouf, nous disent nos bras, et nos jambes, et nos os, ouf, séparez-vous un peu, qu'on respire.
Moi, je vais dès aujourd'hui me réfugier chez ma mère pour que ce mois de vacances passe le plus vite possible, m'occuper d'elle, de sa santé de plus en plus fragile, pendant trois semaines je me sentirai indispensable, et les huit jours restants fileront, je préparerai la rentrée, la mienne, puisque je suis la plus anxieuse des femmes (je donne toujours les mêmes cours, ou presque, depuis dix ans, et je suis pourtant chaque année terrorisée, livide, à l'idée de me retrouver face à des sixièmes, cinquièmes désinhibés et féroces, pour qui la «physique» est un mot barbare, difficile à orthographier donc à concevoir, et que je tiens à grands coups de froideur et de devoirs assommants, et avant chaque rentrée je réapprends mes leçons comme si j'étais élève moi-même, scolaire, consciencieuse, amnésique)...
Grâce à ce petit programme bien huilé, tout ira vite, j'en serai débarrassée de ce mois d'août, un petit coup de fil par jour aux enfants et le tour sera joué. Rien de bien grave n'aura été vécu. Tout sera dans l'ordre. Paisible. Comme avant.


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