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.. Murambi : le livre des ossements

Couverture du livre Murambi : le livre des ossements

Auteur : Boubacar Boris Diop

Postface : Boubacar Boris Diop

Date de saisie : 26/03/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Zulma, Honfleur, France

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-84304-550-9

GENCOD : 9782843045509

Sorti le : 03/03/2011

  • Les présentations des éditeurs : 26/03/2011

Construit comme une enquête, avec une extraordinaire lucidité, le roman de Boubacar Boris Diop nous éclaire sur l'ultime génocide du XXe siècle. Avant, pendant et après, ses personnages se croisent et se racontent, s'aiment et se confessent. Jessica, la miraculée qui sait et comprend du fond de son engagement de résistante ; Faustin Gasana, membre des Interahamwe, la milice des massacreurs du Hutu Power ; le lumineux Siméon Habineza et son frère, le docteur Karekezi ; le colonel Perrin, officier de l'armée française ; Cornelius enfin qui, de retour au Rwanda après de longues années d'exil, plonge aux racines d'une histoire personnelle tragiquement liée à celle de son peuple.

«Ce roman est un miracle. Murambi, le livre des ossements confirme ma certitude qu'après un génocide, seul l'art peut essayer de redonner du sens. Avec Murambi, Boubacar Boris Diop nous offre un roman puissant, terrible et beau.»
Toni Morrison

Romancier et essayiste, Boubacar Boris Diop est né à Dakar en 1946. Après avoir travaillé pour plusieurs journaux sénégalais, il continue de collaborer à des titres de la presse étrangère. La résidence d'auteurs «Rwanda : écrire par devoir de mémoire» lui a permis de prendre en 1998 toute la mesure du génocide des Tutsi. Né de cette expérience, Murambi, le livre des ossements a été traduit en plusieurs langues.

«Grâce à son talent de créateur, l'écrivain sénégalais fait pénétrer dans nos consciences les noms et les visages des victimes de la sanglante tragédie rwandaise. Murambi, le livre des ossements permet aussi de mesurer la responsabilité, souvent occultée, des puissances occidentales dans les grandes tragédies africaines.»
Sembène Ousmane


  • Les courts extraits de livres : 26/03/2011

MICHEL SERUMUNDO

Hier, je suis resté à la vidéothèque un peu plus tard que d'habitude. Il faut dire qu'il n'y avait pas eu beaucoup de clients au cours de la journée, ce qui est plutôt surprenant à cette période du mois. Pour m'occuper, je me suis mis à ranger les films sur les rayons, dans l'espoir que quelqu'un viendrait m'en louer un au dernier moment. Ensuite, je suis resté debout quelques minutes sur le seuil du magasin. Les gens passaient sans s'arrêter.
J'aime de moins en moins ce coin du marché de Kigali où je me suis installé il y a neuf ans. À cette époque, nous nous connaissions tous. Nos boutiques formaient un petit cercle près du carrefour. Quand les clients étaient rares, nous pouvions au moins nous retrouver autour d'une bière, entre amis, pour nous plaindre de la dureté des temps. Hélas, au fil des mois, toutes sortes de gens - tailleurs, vendeurs de légumes ou de tissus, bouchers et coiffeurs - ont pris possession du moindre morceau de trottoir. Il en a résulté un chaos assez pittoresque et sympathique, mais pas forcément bon pour les affaires.
Vers neuf heures et demie, il m'a bien fallu rentrer à Nyakabanda, presque sans un sou en poche. Sur le chemin de la gare routière, j'ai entendu des sirènes hurler et j'ai pensé qu'il y avait encore eu un incendie dans les bas quartiers de la ville.
Un char de la garde présidentielle était en position à l'entrée de la gare. Un des trois soldats en tenue de combat m'a demandé poliment ma carte d'identité. Pendant qu'il se penchait pour la lire, j'ai suivi son regard. Ça n'a pas loupé : la première chose qui les intéresse, c'est de savoir si vous êtes censé être Hutu, Tutsi ou Twa.
- Ah, Tutsi..., a-t-il dit en plongeant ses yeux dans les miens.
- C'est marqué dessus, non ? ai-je répliqué avec une petite grimace de mépris.
Il a paru hésiter un peu puis m'a rendu ma pièce d'identité en hochant la tête. Je suis reparti en maugréant mais un deuxième soldat m'a rappelé. Il avait l'air beaucoup moins commode que son collègue. Il a désigné mon pantalon et a dit avec sévérité :
- Arrange d'abord ta braguette, mon ami.
Je me suis exécuté en souriant bêtement. Je devais avoir l'air malin.
- Oh ! Merci. Je n'avais pas fait attention.
- Tu travailles dans ce marché ? «Quel crétin !» ai-je pensé.
- C'est parce que je ne travaille pas dans ce secteur du marché que je suis venu jusqu'ici pour prendre un car.
J'avais parlé sur un ton sec, pour lui montrer à quel point je trouvais sa question stupide.
- Et tu travailles où, alors ?
Vraiment un drôle de numéro. Pourquoi ce mot «alors» ? J'ai failli le lui demander, mais il ne semblait pas du tout plaisanter.
- Je suis Michel Serumundo, le propriétaire de la vidéothèque Fontana, ai-je répondu en essayant de paraître modeste.


  • Le courrier des auteurs : 26/03/2011

1) Qui êtes-vous ? !
Je suis surtout un esprit curieux, j'ai très envie de comprendre, d'absorber ce que je vois chaque jour autour de moi, en particulier dans les villes inconnues : le visage, parfois inoubliable, d'un passant, les regards mornes et frustrés de braves gens en train d'attendre leur bus à la fin d'une épuisante journée de travail, tous les petits riens de notre vie quotidienne, apparemment dépourvus de sens ou d'intérêt... Eh bien, moi je les trouve particulièrement intéressants, j'aime m'arrêter sur ces scènes de rue, à la fois si banales et si profondément mystérieuses. N'est-ce pas fascinant de pouvoir les raccorder au passé le plus lointain des sociétés humaines ? C'est à mon avis le meilleur moyen de se rappeler à quel point tout est éphémère et dérisoire.
J'ai par ailleurs une grande passion pour l'histoire, car elle seule nous permet, d'une certaine façon, de nous souvenir d'événements que nous n'avons même pas vécus.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Murambi, le livre des ossements raconte le génocide de 1994 à travers les parcours de vie de deux amis d'enfance, l'une Tutsi et l'autre Hutu. Jessica nous fait vivre la tragédie du dedans tandis que Cornelius, de retour au Rwanda après plus de vingt années d'exil, confronté pour la première fois à l'insoutenable atrocité des tueries, découvre peu à peu qu'il est, pour reprendre sa propre expression, «le Rwandais idéal : à la fois coupable et innocent.»

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Ce serait la toute dernière. La voici :
»Il voulait dire à la jeune femme en noir - comme plus tard aux enfants de Zakya - que les morts de Murambi font des rêves, eux aussi, et que leur plus ardent désir est la résurrection des vivants.»

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Toutes les musiques funèbres du monde.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Pas forcément des réponses, que je ne suis de toute façon pas sûr d'avoir trouvées, mais plutôt de la compassion pour les victimes, en même temps que les interrogations que doivent susciter en nous de tels massacres, soigneusement planifiés et d'une si formidable ampleur. Il s'agit peut-être moins de connaître les mécanismes du génocide de 1994 que de s'imaginer un instant à la place de chacune de ses victimes. Presque tous ces innocents sont morts, souvent à la fleur de l'âge, sans rien comprendre aux joyeuses moqueries et aux cris de haine de leurs voisins. J'aimerais que cette obstination des tueurs à détruire autant la vie que la mort de leurs victimes, régulièrement constatée dans l'histoire humaine, soit méditée par chaque lecteur de mon roman.


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