Un nombre impressionnant de soldats français, dont énormément de réservistes, sont faits prisonniers par l'armée allemande lors de l'été 40.
Alors qu'il est lui-même fait prisonnier à Ledringhem, près de Dunkerque, César Fauxbras se met à consigner tous les propos de ses compagnons de fortune. La prison se fait lieu de libération de la parole, jusqu'alors bâillonnée par le "devoir" de réserve et la peur des représailles. Les opinions sondées sont celles d'hommes habituellement muets, s'exprimant ici sans détours, bien loin du panache militaire et des opinions officielles évoquant notamment la vaillance des soldats de l'armée française.
Le ton est enlevé, gouailleur. Il sert une autre vision de l'Histoire. Les soldats cherchent à comprendre la situation, à expliquer les raisons de la défaite et de leur détention. Deux causes sont invoquées : la faiblesse de l'armée française face à l'efficacité de l'armée allemande ou bien le défaut de motivation des trouffions. C'est cette vie de trouffion qui est ici rapportée, les inquiétudes des uns, les regrets des autres - notamment le tiercé du dimanche ou l'éventuel raccourcissement du Tour de France causé par cette guerre... Les plaisanteries qui fusent sont des merveilles de français argotique.
Des projets d'évasion franchement loufoques se profilent. Le texte montre au final les limites du patriotisme et de la désertion. Grand roman de la débâcle, écrit par les mobilisés eux-mêmes, qui se pensent victimes d'une vaste "couillonnade"
La revue de presse Raphaëlle Rérolle - Le Monde du 3 mars 2011
Des paroles, donc, mais pas n'importe lesquelles : pleines de truculence, d'une incroyable drôlerie et, surtout, d'une redoutable force de subversion. Car le soldat français, tel qu'il émerge de ce recueil, n'est pas un héros. Il ne ressemble en tout cas guère à l'image que donne de lui l'historiographie récente, laquelle tend à montrer qu'il s'est plutôt vaillamment comporté. Chez Fauxbras, il est peu patriote et certainement pas homme à "mourir pour Dantzig". Pire que cela : roublard, enclin à toutes les combines pour rentrer chez lui, bien plus soucieux de défendre son village que n'importe quel port de la Baltique ou de la mer du Nord et, pour couronner le tout, près de ses sous. La guerre, il en a déjà connu une et aussi la promesse que ce serait la "der des der"...
Au cas où ce texte serait fictif, il n'en resterait pas moins une petite merveille - non d'histoire, cette fois, mais de littérature.