Ils sont trois dans une cabane entre village et décharge, trois hommes âgés sur lesquels le temps n'a plus de prise. Hésior, le magicien, Zeppo, le clown, et Nabaltar, le soigneur de fauves, "trois coeurs collés ensemble". Leur amante, Mira la trapéziste, est morte, et le cirque ne veut plus de l'énigme des trois hommes.
En dehors du monde, en dehors du temps, ils existent par le désir toujours vif qui les anime. Unis par leur trésor commun - le coffre contenant le dernier costume de scène de Mira -, ils fabriquent de fausses reliques qu'ils enterrent au pied des églises, des maisons. Parce que la foi ne conduit pas qu'aux saintes, qu'il n'y a pas de grand ou de petit ravissement.
Composé dans une langue à la grâce enivrante et au lyrisme brûlant, ce roman brave la mort au nom de l'amour fou.
Jeanne Benameur vit à La Rochelle et consacre l'essentiel de son temps à la littérature : romans, théâtre et poésie. Chez Actes Sud, elle a publié Laver les ombres (2008, Prix du livre en Poitou-Charentes ; Babel n° 1021) et Les Insurrections singulières (2011).
Les courts extraits de livres : 04/03/2011
Ils sont trois. Ils sont vieux.
Dans le camion bringuebalant sur la route de campagne, pas d'autre chaleur que celle de leurs corps. Il n'y a plus qu'à s'y tenir.
Doigts engourdis pressés sous les bras, les deux à l'arrière sont empaquetés dans le sommeil.
Le troisième, à l'avant, près du chauffeur, dos dressé à l'équerre des jambes maigres, scrute.
Il fallait voir tout ce blanc quand ils sont arrivés.
On ne voyait plus ni maison ni route ni bord de la route. Tout était pareil.
C'est ce que s'est dit Hesior sans baisser les paupières. Ça y est. Il n'y a plus de bord.
La neige avait tout recouvert.
Les pancartes, les noms sur les pancartes, tout avait disparu. Dans le blanc. On ne pouvait plus rien nommer.
C'était étrange ce sentiment de blanc jusqu'à l'intérieur du crâne. Là non plus on ne pouvait plus rien nommer.
Zeppo et Nabaltar dormaient. Il valait mieux.
C'était là.
Le chauffeur avait arrêté le camion. La vieille carcasse avait grincé. Au bruit, ils s'étaient réveillés. Le bruit, ils le connaissaient bien. Des années.
Hesior s'était retourné. Il voulait voir leurs yeux s'ouvrir.
Le regard perdu. Comme les choses sous la neige. Quand on se réveille, c'est toujours comme si rien n'était encore arrivé.