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.. Sieyès : le révolutionnaire et le conservateur

Couverture du livre Sieyès : le révolutionnaire et le conservateur

Auteur : Erwan Sommerer

Date de saisie : 26/02/2011

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Michalon, Paris, France

Collection : Le bien commun

Prix : 10.00 € / 65.60 F

ISBN : 9782841865598

GENCOD : 9782841865598

Sorti le : 03/03/2011

  • Les présentations des éditeurs : 26/02/2011

Auteur du célèbre pamphlet Qu'est-ce que le Tiers-État ?, dans lequel il mène une charge virulente contre la noblesse, Sieyès (1748-1836) reste peu connu du grand public. Ancrée dans la philosophie politique et le droit constitutionnel, son oeuvre est d'abord celle d'un révolutionnaire qui subvertit les fondements de l'Ancien régime. Défenseur en 1789 du pouvoir constituant de la Nation, il théorise la table rase institutionnelle qui abolit l'ordre ancien au profit d'une société fondée sur l'égalité et la réciprocité. Mais cette pensée comporte des ambiguïtés.
Farouchement libérale, orientée vers la préservation de l'individu au sein du monde social, elle est étrangère à la valorisation jacobine du peuple : le meilleur régime y prend les traits controversés du gouvernement représentatif, hostile à la notion de souveraineté populaire et éloigné d'une démocratie jugée archaïque dans la France de l'époque. Sans oublier qu'en offrant à Bonaparte la constitution élitiste du Consulat, Sieyès lègue une série de questions à la postérité. Comment terminer une révolution ? Comment éviter la prolongation inutile d'une période de bouleversement institutionnel ? Et à quel moment l'exaltation de la critique doit-elle céder la place à la préservation de l'ordre établi ?

Erwan Sommerer est docteur en science politique et co-responsable du Groupe d'études sieyèsiennes (université Paris I). Il enseigne à Sciences Po et au CELSA.


  • Les courts extraits de livres : 26/02/2011

Extrait de l'introduction

En août 1795, un an après la chute de Robespierre, Sieyès déclare devant les députés de la Convention : «Rendons cet hommage solennel à la liberté individuelle, pour laquelle tout est fait, tout existe dans l'ordre politique. J'ai souvent entendu parler de la cause finale du monde et de tout ce qu'il renferme ; il est bien plus vrai de dire que la cause finale de tout le monde social doit être la liberté individuelle.» Cette idée, exprimée lors des débats sur la future constitution du Directoire, a pour lui valeur de principe fondamental. La défense de la liberté individuelle sous-tend en effet toute son oeuvre. Que ce soit en 1789 lors de son élection aux États généraux, ou dix ans plus tard à l'issue du 18 Brumaire an VIII, alors même qu'il offre le pouvoir à Bonaparte, il ne cesse de s'y référer en explorant inlassablement ses multiples formes. Sa pensée politique, à travers cette insistance, se rattache donc au libéralisme, mais à un libéralisme ambigu : la liberté que défend Sieyès est celle de l'individu poursuivant ses buts personnels à distance des affaires publiques ; une liberté «négative» sur laquelle l'État et ses lois se voient interdire d'empiéter, qui renvoie à une conception moderne exprimée par Benjamin Constant puis Isaiah Berlin. Mais cette liberté est néanmoins soumise à conditions, liée à l'unité et à l'homogénéité du corps social, et donc à l'exclusion des ennemis de la Révolution : Sieyès est ce théoricien de la nation qui invite ceux qui n'en partagent pas les valeurs à s'expatrier et qui propose des lois visant à limiter les droits de la presse pour prévenir les attaques contre les députés. Son libéralisme est ainsi individualiste, offrant au citoyen tout ce qu'il veut tant que la loi reste silencieuse, mais aussi collectif, inscrit dans une communauté morale délimitée avec soin.

Sans doute peut-on trouver dans cette ambiguïté l'explication du parcours politique de Sieyès qui, ouvrant la Révolution par ses pamphlets et par ses interventions aux États généraux, est également celui qui l'a en quelque sorte refermée en participant activement à la mise en place du Consulat avant de profiter des largesses du Premier Empire. Au cours de ces dix années, il n'a cessé de chercher les mécanismes institutionnels les plus aptes à protéger et conserver les acquis de 1789, quitte à réaffirmer pour cela l'autorité de l'État contre la logique démocratique en ôtant finalement aux citoyens la possibilité d'élire leurs représentants. Cette décennie, pendant laquelle la France passe d'une constitution à une autre, est celle où il connaît sa plus grande notoriété et son activité publique la plus riche. Admiré et jalousé en tant que spécialiste - souvent abscons et péremptoire - en science constitutionnelle, auréolé d'une gloire acquise aux premiers jours de la Révolution, il intervient à l'occasion de la plupart des crises institutionnelles et des soubresauts qui accompagnent la fin de l'Ancien Régime. Mais il ne le fait ni comme orateur, domaine dans lequel il ne brille pas, ni comme le meneur des foules parisiennes qui tiennent la rue ou envahissent les assemblées. Sieyès déteste et rejette cette Révolution-là : celle, à ses yeux, des démagogues qui substituent les discours enflammés à la réflexion philosophique, qui excitent et utilisent le peuple pour obtenir le pouvoir et en justifier les abus. Il demeure, à ce titre, étranger à la rhétorique de la souveraineté populaire, de la démocratie directe, de l'appel au peuple ou de l'égalitarisme pur. S'il se rapproche parfois des Jacobins, c'est pour servir ses propres intérêts ou lutter contre les nostalgiques de l'absolutisme monarchique. Ennemi de la noblesse, qu'il exclue, dans ses textes, de la nation légitime, il l'est tout autant de Robespierre et de ses alliés.


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